Si la mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la corruption est effectuée à travers la Commission nationale anticorruption (CNAC) présidée par le Chef du gouvernement, le suivi est quant à lui assuré par le secrétariat permanent rattaché au département de la Réforme de l’administration et de la fonction publique ainsi que par les représentants du secteur privé. Dans ce contexte, le PMO (Project Management Office) souhaité par le ministère chargé de la Réforme de l’administration et de la fonction publique sera chargé de suivre et d’accompagner l’exécution de la stratégie nationale de lutte contre la corruption.
Ce dispositif, qui sera placé sous l’autorité du secrétariat permanent du CNAC, devra permettre d’accompagner le secrétariat permanent pour s’assurer de l’alignement de 236 projets programmés dans le cadre de la stratégie nationale élaborée, de suivre le respect des objectifs fixés, de proposer des orientations des programmes et des projets le cas échéant, d'identifier et gérer les risques relatifs à la mise en œuvre de la stratégie… Il aura également pour mission d’accompagner les coordonnateurs de programme, d'organiser les réunions de la CNAC, de préparer et mettre en œuvre le programme de communication lié à la stratégie et d'établir les procès-verbaux des réunions des coordonnateurs des programmes.
Il est à signaler que le déploiement du portefeuille des projets programmés dans le cadre de la stratégie nationale se fait en trois phases, avec un total de quelque 236 projets. Une première phase avait démarré fin 2016 sous l’ancien gouvernement et était caractérisée par des projets facilement identifiables avec des textes législatifs allant en parallèle avec la stratégie nationale. Dans la deuxième phase, de 2017 à 2020, l’objectif est de modifier, en profondeur, les rapports vis-à-vis de la corruption au sein de la société en général. La troisième phase, dite de «maturité», est en perspective entre 2021 et 2025. Elle devra s’appuyer sur les changements occasionnés par les deux premières phases en se concentrant également sur la préparation du nouveau cycle de stratégie décennale.
Par ailleurs, on se le rappelle, la lutte contre la corruption a été déclarée comme priorité nationale par plusieurs gouvernements à partir des années 1990. Cette volonté s’est concrétisée par l’élaboration de plans d’action nationaux de prévention et de lutte contre la corruption en 2005 et en 2010. Elle s’est également concrétisée par des engagements internationaux et nationaux. En effet, le Maroc a ratifié la Convention des Nations unies contre la corruption en 2007 et s’est attelé à la mise en œuvre de ses dispositions à travers plusieurs réformes, notamment juridiques et institutionnelles.
Cependant, malgré les avancées considérables qu’a connues le Maroc, l’impact des différentes réformes engagées sur les citoyens reste limité et le classement du Maroc dans les indices et les indicateurs internationaux doit être amélioré. Le gouvernement est aujourd’hui conscient de l’importance d’une approche stratégique globale et intégrée impliquant l’ensemble des parties prenantes concernées, à savoir le secteur public, le secteur privé ainsi que la société civile. À cet effet, une stratégie nationale concertée de prévention et de lutte contre la corruption a été élaborée et validée dans ses dimensions nationales et sectorielles. La stratégie nationale de lutte contre la corruption vise à changer progressivement les comportements et améliorer les dispositifs institutionnels, juridiques et opérationnels qui permettent de prévenir et de lutter efficacement contre la corruption. Elle s’articule autour des cinq piliers principaux que sont la gouvernance, la prévention, la répression, la communication-sensibilisation et la formation-éducation. C’est pour répondre à cet enjeu que cinq facteurs clés de succès ont été identifiés. Le premier est celui d’assurer une adhésion et une participation progressive de l’ensemble des parties prenantes pour ne pas créer de rupture fondamentale. Deuxièmement, construire une stratégie qui agit à la fois sur les causes systémiques et les comportements. Troisièmement, concevoir une stratégie opérationnelle s’appuyant sur des programmes clairs, chiffrés et déclinés en projets dont la mise en œuvre doit permettre de montrer des résultats tangibles. Quatrièmement, assurer la pérennité de la stratégie à travers la mobilisation des ressources humaines et financières nécessaires et la mise en place d’une gouvernance appropriée. En dernier lieu, assurer la conformité avec les dispositions de la Convention des Nations unies contre la corruption et les autres conventions et accords internationaux qui traitent du sujet.