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Enseignement supérieur : de la gouvernance à la performance

author Mounia Senhaji,

La mission traditionnelle de l’université qui était la transmission et la diffusion des savoirs a laissé place à de nouvelles missions dictées essentiellement par les défis économiques, notamment l'orientation et l'insertion professionnelle.

La mal-gouvernance, mère de tous les maux ? Elle l’est en tout cas pour le mal de l’enseignement supérieur public au Maroc comme se sont accordés à le dire les intervenants d’une conférence organisée jeudi dernier par Toulouse Business School Casablanca (TBS) sur la thématique : «Quel modèle de gouvernance pour un enseignement supérieur performant ?».

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L’État est le premier à avoir été pointé du doigt pour son manque de vision dans ce sens, et qui plus est par Lahcen Daoudi, ministre délégué chargé des Affaires générales et de la gouvernance et ancien ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres. Pour lui, l’État a pris la décision de démocratiser l’accès à l’enseignement sans mettre en place les moyens nécessaires pour réussir cette transition. «L’État n’a pas les moyens de ses ambitions. La généralisation de l’enseignement s’est faite au détriment de la qualité. Il n’a pas pu généraliser tout en gardant au moins le même niveau de qualité qu’il y avait auparavant», a-t-il déploré. Ce manque de vision a également généré un système éducatif morcelé. «Aujourd’hui, on ne peut plus continuer avec un système éclaté et un enseignement public et privé», a relevé le ministre.
Abdellatif Miraoui, président de l’Université de Cadi Ayyad de Marrakech, a de son côté indiqué que si la démocratisation de l’enseignement a avancé à grande vitesse, le mode de gouvernance, lui, n’a pas changé au même rythme. «La démocratisation de l’enseignement s’est effectuée avec un rythme si rapide que le progrès au niveau de la gestion de l’université a été sacrifié. Et aujourd’hui, nous sommes en train d’en payer le lourd tribut». Le mode de gouvernance n’a pas non plus été revu et  corrigé suivant le changement ayant marqué les missions de l’université. Miraoui 
explique que la mission traditionnelle de l’université qui était la transmission et la diffusion des savoirs a laissé place à de nouvelles missions dictées essentiellement par les défis économiques, notamment l'orientation et l'insertion professionnelle. 

Conclusion : à de nouvelles missions, nouveau mode de gouvernance. Un mode de gouvernance qui soit plus agile et où l’université jouit de plus d’autonomie dans la gestion de ses propres affaires.
Sur le même sujet, Mohamed Derrabi, DG de TBS Casablanca, a insisté sur l’impératif de définir avec exactitude la mission de l’université. «Il faut avant tout définir et s’accorder sur cette mission qui est le premier chapitre de la gouvernance. Il faut également déterminer la partie qui va le faire et décider à qui cette mission va servir», a-t-il signalé. Et d’ajouter qu’une bonne gouvernance repose sur trois piliers : le management participatif, l’organisation autonome et la responsabilité.

Amine Bensaid, président de l’Université Mundiapolis, estime pour sa part que, pour une université performante, il n’y a pas que la gouvernance. Citant une étude de la Banque mondiale, le responsable a décliné trois éléments dont la somme mène à la performance : gouvernance, talents et ressources financières. «Il faut que l’État puisse dire : je sais comment faire pour avoir la gouvernance, les talents et les ressources financières pour un tel système pour servir tant d’étudiants avec telle qualité», a-t-il ajouté.
Mais s’il y a une idée qui a fait l’unanimité chez les quatre intervenants, c’est bien système des fondations comme modèle de gouvernance pour un enseignement supérieur performant. Pour Lahcen Daoudi, «Il faut absolument qu’on ait des fondations. Ce système a l’avantage d’être à but non lucratif et peut bénéficier des dons». Mohamed Derrabi a également vanté les mérites de ce système, sans oublier toutefois de signaler que le privé peut aussi être à but non lucratif quand il réinvestit ses bénéfices uniquement dans l’éducation comme c’est le cas de TBS. 
Pour Miraoui, il est vrai qu’«on aurait mieux gagné à ne mettre en place que des fondations à but non lucratif», mais comme ce n’est pas le cas, «il faudra au moins donner la possibilité et les moyens à l’université publique d’être géré de la même manière». Verra-t-on un jour une université publique à gestion privée ? 

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