C’est effectivement ce qui s’est passé quand le jeune écrivain a vu, un jour, un vieil homme aux cheveux blancs assis au pied d’un rocher, avec entre les mains le célèbre «Voyage au bout de la nuit» de Céline. Réussissant à le convaincre de lui relater sa vie, l’auteur se trouve devant des épisodes d’une histoire incroyable que lui-même raconte avec sa belle plume, dans ses plus petits détails révélés par le héros du roman. L’auteur apprend, ainsi, que ce vieil homme, abandonné par les siens dès sa naissance, brillant écolier, ancien instituteur, ancien marin, ancien haut gradé de l'armée, remarquablement cultivé, finit par vivre en ermite. Une histoire à couper le souffle. Écrite avec le style innovant de ce jeune écrivain et élaborée à travers la densité des événements, cette histoire donne naissance à un roman singulier où le héros est confronté à toutes les dérives du hasard. «Si quelque hasard existe, c’est uniquement pour renverser la logique. Par exemple, la notion de l’équité qui puise dans la logique est souvent bouleversée par l’iniquité et l’injustice, voire parfois par la justice même. Et c’est ce qui est de mise dans la vie. Le romancier est là pour composer des versions et proposer des explications à ces choses encore irrésolues», précise Oussaden. Les événements se suivent, ainsi, tous aussi étonnants qu’incroyables. C’est cette histoire invraisemblable, mais vraie qui a insufflé à l’auteur le titre de «L’ours». Car, selon Ouissaden, c’est le seul animal qui essaye de remonter au stade de l’homme, par ses incessantes tentatives de se mettre debout. «Pour moi, c’est un symbole de défi et de persévérance», souligne-t-il.

Donc, après «Le tapis rouge», «Amina la chamelle» et «Ainsi parlait Shéhérazade», l’écrivain marocain Mohamed Ouissaden se retrouve avec «L’ours» devant un vécu où il est question de dévoiler le tandem du réel et de l’invisible. «C’est le jeu littéraire pour lequel j’ai opté. Composer deux vies de deux natures différentes, contradictoires même, qui se complètent pourtant, me semble une manière à même de séduire. D'autant que l’être humain, dans son fin fond, croit en une présence invisible. Je pourrais soutenir ma constatation par l’existence des phénomènes non encore expliqués dans ce monde, et que l’inconscient collectif impute au monde invisible, ou au monde parallèle… incertain. Et la littérature s’élance vers les incertitudes», affirme-t-il. Signalons que ce natif de Taliouine (région de Souss-Massa/Maroc) est juriste de formation. Il est diplômé de l’ENA (École nationale d'administration) de Rabat. Son roman «Le tapis rouge», aux Éditions Marsam, a reçu en 2013 le Prix 2M pour la création littéraire. Mohamed Ouissaden est en train d’écrire son prochain roman «La photo d’Abraham» qui sera publié chez une jeune maison d’édition parisienne, «Owen Publishing», tout en se consacrant à ses études en master «Communication des Organisations» à la Faculté des lettres et des sciences humaines Ibn Zohr à Agadir.