Nation

Entretien avec Ahmed D. Hussen, ministre canadien de l'Immigration, des réfugiés et de la citoyenneté

«La politique migratoire adoptée par le Maroc est non seulement en phase avec le Pacte, mais elle est éminemment humaine»

author Brahim Mokhliss,

En marge de sa participation à la Conférence intergouvernementale pour l'adoption du Pacte mondial sur les migrations, le ministre canadien de l'Immigration, des réfugiés et de la citoyenneté, Ahmed D. Hussen, a bien voulu accorder un entretien au «Matin». Il y évoque le Pacte de Marrakech, ses objectifs, les défis migratoires face à la montée du populisme ainsi que les expériences canadienne et marocaine en la matière.

Le Matin : Dans quel but prenez-vous part à la Conférence intergouvernementale sur la migration de 2018 qui se tient à Marrakech ?
Ahmed D. Hussen
: Tout d’abord, j’aimerais féliciter S.M. le Roi et le peuple marocain pour l’organisation de cette conférence internationale. Je suis très honoré d’être présent et comme vous le savez nous soutenons le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et nous sommes ravis d’être ici et de prendre part à cet évènement.

Vous êtes favorables au Pacte mondial et à la tenue de cette conférence au Maroc. Pouvez-vous nous parler des raisons qui sous-tendent cette position ?
Nous soutenons le fait que le Royaume du Maroc organise cet évènement. Nous allons également signer ce Pacte mondial. Je rappelle que nous avons été impliqués dans la rédaction des deux pactes, que ce soit le Pacte mondial sur les migrations ou celui sur les réfugiés. Nous avons eu des concertations avec des experts et avec les parties prenantes au niveau du Canada pour arriver à cette version finale. D’ailleurs, Madame Louise Arbour, ancienne juge de la Cour suprême du Canada, est l’envoyée spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour les migrations internationales et est chargée du processus du Pacte sur la migration.

Quelles seront les retombées de ce Pacte mondial pour l’humanité et sur les migrants en particulier ?
La migration est un phénomène mondial et c’est la première fois qu’autant de pays se rassemblent pour en parler et discuter afin d’en faire processus sûr, ordonné et régulier. C’est ce que le Canada essaye de promouvoir, sachant que la migration est un phénomène qui est très ancien qui pose, bien sûr, des défis, mais qui comporte énormément d’avantages pour les pays d’accueil. Dans des rassemblements comme celui-ci, on peut parler de toutes les dimensions relatives à la migration, avoir une approche centrée sur les droits de l’Homme, parler de la politique à développer concernant la migration des enfants, des avantages de la migration, mais également relever les défis qui existent pour les surmonter ensemble.

Cela signifie-t-il qu’il va y avoir un avant et un après-Pacte mondial sur la migration après son adoption ?
Tout d’abord, ce qu’il faut savoir par rapport à ce pacte, c’est qu’il n’est pas contraignant. C’est un cadre de travail qui met en avant les avantages de la migration et qui présente également certains défis auxquels il faut faire face quand il s’agit d’immigration illégale. Il s’agit donc surtout d’un cadre de travail qui n’est pas contraignant. Un cadre qui aura besoin d’un suivi lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Il va falloir en discuter un peu plus profondément. Il est bien d’avoir une migration sûre, ordonnée et régulière et d’éviter l’immigration illégale.

C’est vrai que ce pacte n’est pas contraignant, mais il y a des pays qui ont refusé de le signer. Que pensez-vous de cette position ?
Pour répondre à cette question, je voudrais souligner encore que ce pacte ne menace en aucun cas la souveraineté des autres pays. Chaque État a le droit de développer sa politique migratoire et d’établir ses règles en la matière. Ce pacte est un cadre de travail, une plateforme qui permet aux différents pays de travailler ensemble sur ces points en relation avec la migration. Des partis politiques dans certains pays qui sont contre l’immigration se sont opposés à ce pacte. De toute façon, ils s’opposent à tous ce qui est en relation avec l’immigration. Mais deux points ont été très clairs dans le pacte. Le premier, c’est que ce pacte est non contraignant, le deuxième, c’est que ce pacte ne représente pas une menace pour les pays qui vont l’adopter, car ils ont toujours le droit de mettre en place leur propre politique et leur propre stratégie en matière de migration.

Quels sont les acteurs qui seront appelés à faciliter l’implémentation des dispositions de ce pacte ? Par exemple, la maire de Montréal a appelé les élus et les villes à jouer un rôle dans ce sens ?
Tout à fait, nous pensons qu’on devrait impliquer les gouvernements locaux et les élus et c’est l’approche qui a été adoptée par le Canada qui a impliqué plusieurs parties prenantes, dont les élus, mais également les régions et les provinces ainsi que les entreprises du secteur privé, qui ont un rôle très important à jouer à ce niveau.

Justement, le Canada est un pays d’immigration par excellence et un bel exemple d’intégration des migrants. Quelle est la recette de ce succès ?
Pour nous, l’installation et l’intégration des nouveaux venus, que ce soit des réfugiés ou ceux qui arrivent chez nous pour des raisons économiques, sont considérées comme porteuses de valeurs ajoutées. Nous investissons un milliard de dollars par an pour des programmes d’installation et d’intégration des réfugiés et des migrants. Nous avons des programmes de soutien pour l’apprentissage de la langue, la préparation au marché du travail et pour la sensibilisation au cadre juridique et aux valeurs en vigueur au Canada. Ceci n’est pas uniquement le résultat de notre volonté de les installer, mais c’est aussi et surtout une obligation dictée par la loi qui nous impose de favoriser leur intégration. Quand ces réfugiés et migrants réussissent, c’est le pays qui réussit. Je voudrais également mentionner le cas du Maroc qui a élaboré une politique très progressive, que ce soit en tant que pays de transit ou en tant que destination finale. J’ai appris que le Maroc a octroyé des autorisations de travail aux étrangers qui sont venus de manière irrégulière. Cela est non seulement en phase avec le Pacte, mais aussi une démarche éminemment humaine. Je voudrais saisir cette opportunité pour féliciter les responsables marocains pour cette initiative.

En plus de cette politique nationale, le Maroc a proposé une feuille de route africaine en matière de migration dans le cadre de l’Union africaine. Pensez-vous qu’une telle feuille de route sera applicable ?
Oui, absolument. J’ai l’honneur de faire part du panel de haut niveau auquel a pris part l’Union africaine et l’un des comités de l’ONU. Je dois dire que le Maroc a une avance par rapport aux autres pays. Il voit la migration comme une problématique régionale continentale. La plupart des migrations ont lieu en Afrique entre pays africains et très peu sortent du continent. Il est très important d’avoir cette vision. Je voudrais souligner par ailleurs que notre gouvernement, dès son installation, a décidé de revoir la politique de développement international. Après cette révision, il a été décidé de mobiliser les aides et les investissements là où il y aura le plus d’impact, mais également pour aider les États les plus fragiles avec un intérêt tout particulier pour les filles et les femmes. C’est quelque chose qui est en phase avec le Pacte de la migration. Nous considérons que le Maroc utilise une bonne approche basée sur des éléments tangibles, ce qui est en ligne avec le Pacte sur la migration et aussi en ligne avec notre politique au Canada.

Dans les relations bilatérales entre le Maroc et le Canada, existe-t-il un cadre de coopération consacré à la question de la migration ?
Le Maroc est un partenaire très important pour le Canada. Nous avons des relations qui remontent à des décennies. Nous avons depuis quelque temps développé des relations bilatérales contrées sur la lutte contre le changement climatique. Nous avons des relations qui portent sur la lutte contre le terrorisme et, maintenant, pour ce qui est du Pacte sur les migrations. En matière de migration, le Maroc et Canada ont des politiques complémentaires. Par exemple, au Canada nous voulons augmenter le taux de migrants francophones pour atteindre le pourcentage d’ici 2023 de 4,4% de l’ensemble des immigrés. Nous y sommes presque arrivés grâce à la synergie qui existe entre le Maroc et le Canada. Le Maroc a une population très jeune qui a de très bonnes compétences, ce qui répond à nos besoins concernant les profils des migrants. Il y a aussi la nature des échanges commerciaux qui sont très bien entre les deux pays et qui sont, d’ailleurs, en faveur du Maroc qui exporte plus qu’il n’importe du Canada. Ces relations vont être encore meilleures une fois que l’Accord de libre-échange entre les deux pays sera signé. Ce projet est finalisé du côté canadien et il est sur la table des responsables marocains qui sont en train de l’examiner de plus près. Une fois adopté, cet Accord va permettre une meilleure mobilité des travailleurs entre les deux pays.

La montée du populisme et de l’extrémisme dans beaucoup de pays constitue une menace pour les immigrés. Que faire face à cette situation et pour les protéger ?
C’est pour cette raison que le Maroc, le Canada et les autres pays soutiennent ce pacte. Il s’agit de promouvoir les avantages de la migration pour les pays d’accueil. C’est une façon de combattre la polémique anti-immigration en recourant à une approche basée sur des preuves et des éléments concrets. Il s’agit de montrer et de mettre en avant les contributions positives des immigrés au développement des pays hôtes. 

«La politique migratoire adoptée par le Maroc est non seulement  en phase avec le Pacte, mais elle est éminemment humaine»

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