Société

Comportements

La quête du buzz peut-elle nous faire perdre nos valeurs humaines ?

Nabila Bakkass Nabila Bakkass ,

Un immeuble s’effondre, un accident de la circulation, un cadavre jeté sur la rive ou tout simplement une dispute dans la rue… ces scènes, qui sont censés nous interpeller et nous amener à apporter de l’aide, sont devenues l’occasion de réaliser un scoop photographique et le partager sur les réseaux sociaux avec pour objectif de créer le buzz. On les voit partout ces personnes qui brandissent leurs smartphones pour immortaliser un moment fort émotionnellement, voire dramatique. « Voyeurisme » ou curiosité, le phénomène nous pousse à se poser la question : Sommes-nous en train de vivre un revirement des valeurs humaines ? Ce réflexe apparaît avec force pendant ce mois du Ramadan où la «Tramdina» (violence ayant lieu pendant le jeûne) est de mise.

Déclaration d’Imane Hadouche, master-coach et comportementaliste

«La recherche assoiffée du buzz à travers une publication «virale», qui va faire la célébrité de son auteur, peut rapidement détruire toutes les barrières morales. Le monde virtuel est un monde qui peut s’avérer dangereux pour toute personne souffrant de troubles ou instable émotionnellement et psychologiquement. Mais on ne peut pas blâmer les réseaux, les téléphones ou encore la technologie. Rien n’est tout à fait bon ou mauvais et tout dépend de ce que chacun en fait. Finalement, on ne peut que reconnaître que tout est question d’éducation et surtout d’éthique humaine.»


La «Tramdina» alimente le «voyeurisme» 

Filmer une scène de violence dans la rue durant le Ramadan (Tramdina) est devenue une habitude. Sur les réseaux sociaux, ce type de comportement semble plaire aux internautes qui le «likent», le partagent et le commentent. Pour ne pas généraliser, reconnaissons que certains le critiquent et mettent en garde contre ce type de publication qui ne fait qu’aggraver la pulsion «voyeuriste» chez les autres. La «Tramdina», soulignons-le, est une attitude qui n’est pas conforme aux comportements souhaités durant le mois sacré.


La curiosité maladive est un vice existant chez la plupart des gens. Elle se traduit très souvent pour une personne par la volonté irrépressible de découvrir en avant-première tout ce qui se passe autour d’elle. Avec la propagation des technologies de l’information et de la communication, les moindres fait et nouvelle se trouvent à la portée de tout le monde. Dès lors, on constate que ce développement a négativement impacté nos relations humaines et nos rapports aux autres. Face à un événement plus ou moins grave, notamment un accident de la circulation, une noyade ou même l’effondrement d’un immeuble, les gens s’érigent en spectateurs à la recherche d’un ongle pour prendre une photo au lieu d’aider les victimes. Ce phénomène se pose avec acuité pendant le mois du Ramadan où la «Tramdina» (violence ayant lieu pendant le jeûne) est de mise. Comment expliquer ce genre de pratiques ? Nous avons posé la question à Imane Hadouche, master-coach et comportementaliste. Cette dernière n’a pas mâché ses mots : «Ce type de comportements a toujours existé».
Poussant la réflexion plus loin, l’experte estime qu’une telle attitude peut être assimilée au «voyeurisme» qui, au départ, constituait un trouble psychologique à connotation sexuelle avant de basculer vers plusieurs catégories, allant jusqu’au «voyeurisme morbide». En effet, clarifie-t-elle, «les médias ont été les premiers à développer ce ‘’voyeurisme morbide’’. Des scènes de violences ont été d’ailleurs diffusées au journal télévisé, notamment pendant les reportages réalisés dans les régions touchées par des guerres, des révolutions ou des émeutes». Pour Imane Hadouche, «cela a non seulement contribué à décomplexer les voyeurs, mais leur a permis de donner sens à leur curiosité malsaine puisque c’est devenu une manière d’exposer la réalité nue dans un métier censé être noble». Dans le même sillage, la master-coach, révèle que «ce type de comportements cache un véritable besoin de reconnaissance qui se nourrit du nombre de ‘’vues’’, de ‘’likes’’ et de ‘’partages’’ et qui peut pousser une personne à voir le monde et les événements, uniquement à travers ce prisme».

Le buzz, mais à quel prix ?
Filmer un moment fort, voire dramatique, et le diffuser sur les réseaux sociaux est devenu un quasi-réflexe dans la société. Peut-on alors parler d’un changement au niveau des comportements et des mœurs ? Répondant à cette question, Imane Hadouche n’a pas hésité à affirmer qu’il s’agit évidemment d’un énorme changement dans notre manière de communiquer, «qui requiert un temps d’adaptation et qui implique aussi un changement au niveau des habitudes et des comportements». Cela dit, ajoute-t-elle, tout changement devrait être accompagné d’une adaptation évolutive et positive et jamais le contraire. «Les téléphones portables, les réseaux, les applications et les plateformes avaient pour objectif de nous faciliter la vie, de créer et de maintenir des liens, d’échanger en citoyens du monde, de communiquer rapidement et efficacement, et l’enjeu serait de savoir s’adapter à cette évolution tout en gardant notre humanité et notre éthique morale, parce que le dérapage est facile», avertit Imane Hadouche.
Interrogée sur des astuces pour composer avec ce changement, l’experte note que tout un effort de sensibilisation doit être réalisé, particulièrement auprès des jeunes. Pour la master-coach, il est important aussi de sensibiliser les individus à l’importance de rester prudents et vigilants par rapport à ce qui peut être filmé et diffusé et ce qui peut donner lieu à des poursuites judiciaires et des pénalités. D’ailleurs, rappelons-le, tout ce qui touche au droit à l’image et à la protection de la vie privée peut engendrer de graves conséquences. «Filmer ou prendre en photo son repas dans un restaurant pour le diffuser est un geste anodin, mais si d’autres personnes non consentantes se trouvent sur la vidéo ou la photo, cela leur procure le droit de déposer plainte, selon la nouvelle loi contre les crimes électroniques», tient-elle à rappeler. De même, ajoute l’experte, «quand on filme une scène où une personne est exposée à un danger, cela peut impliquer juridiquement l’auteur de la photo ou de la vidéo, et ce, pour non-assistance à personne en danger».
Sur un autre registre, Imane Hadouche tient à attirer l’attention sur le fait qu’il est recommandé, au niveau comportemental, «d’éviter les réseaux sociaux quand on traverse une phase de déséquilibre émotionnel, d’instabilité psychologique, ou lorsqu’on souffre de troubles du comportement avérés». En effet, clarifie-t-elle, si les troubles peuvent être traités et accompagnés dans la vie réelle par le cercle proche qui comprend le malaise, le comportement virtuel peut s’avérer irréversible, et la trace de cette exposition, souvent incomprise, reste indélébile et peut compliquer la rémission et le traitement. En guise de conclusion, il est inévitable de noter que le progrès technologie joue un rôle important dans l’accès à l’information, mais ne justifie en aucun cas la perte d’humanisme. 


Des jeunes témoignent

Rajaa Hnine


«Le phénomène du buzz est devenu très fréquent. Face à une catastrophe, les gens se précipitent non pas pour apporter de l’aide aux victimes, mais plutôt pour prendre des photos, filmer des vidéos ou carrément faire des ‘’lives’’. L’objectif étant de créer le buzz, ce qui est honteux. On se souvient tous de l’image de la fille décédée dans la fenêtre de sa chambre suite à un incendie. La fille tentait de s’échapper de la fenêtre, en vain. Des vidéos illustrant la scène ont été partagées massivement sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie instantanée. Au lieu de filmer, les gens auraient pu chercher un soudeur dans une tentative de sauver la petite, d’autant plus que l’incendie a eu lieu au premier étage. Je pense que nous sommes en train de vivre un réel changement de comportements.»


Chaimaa Ouahb


«Aujourd’hui, tout le monde veut créer le buzz. Les effondrements des maisons qui ont eu lieu récemment à Derb Moulay Cherif à Casablanca en sont le véritable exemple. Alors que les autorités interdisaient aux gens de s’approcher de l’endroit de la catastrophe, des gens se précipitaient et prenaient même le risque juste pour filmer la scène. Ils ne se préoccupaient pas du tout des victimes qui avaient besoin d’aide. J’ai l’impression des fois que ces personnes font plus rapidement que la presse qui est censée être la première source d’information. Tout le monde veut créer le buzz, obtenir des ‘’likes’’, être la star et avoir de l’argent via internet. Auparavant, les gens étaient plus dans l’aide et la solidarité que dans la quête du buzz. Ils ne pouvaient pas rester les bras croisés face à une catastrophe.»

Hamza Benjelloun


«Je pense que la quête du buzz constitue un phénomène récent. Les individus, jadis, avaient un véritable esprit de solidarité et n’hésitaient pas apporter de l’aide aux autres quand il le fallait, notamment face à des événements négatifs, voire dramatiques. Reconnaissons-le, les choses ont complètement changé aujourd’hui et l’on constate sur les réseaux sociaux que chacun profite de l’autre pour se faire remarquer, obtenir des ‘’likes’’ et susciter l’intérêt. D’ailleurs, sur certains réseaux sociaux, notamment Instagram, des personnes publient des vidéos avec des contenus les mettant, ou mettant autrui, en position dégradée. Je tiens ainsi à attirer l’attention sur le fait que ce phénomène nous touche directement en tant que jeunes.»

Zineb Makboul


«Le phénomène de la quête du buzz a été accentué par l’évolution technologique ayant marqué ces dernières années. Auparavant, les citoyens n’avaient pas tous un accès à internet et donc on n’avait pas ce souci de l’image ou du buzz. Ils vivaient le moment présent et la réalité telle qu’elle se présente. Le premier réflexe qu’ils avaient face à une catastrophe c’était de se donner corps et âme pour apporter de l’aide aux victimes. On a tous à l’esprit ces souvenirs de jeunes voisins qui se précipitaient pour apporter leur soutien. Aujourd’hui, le souci du présent est très présent et je pense que c’est l’un des inconvénients du progrès technologique.»


Quand le photographe pointe les scènes de rue 

Les photographes sont des hommes de terrain qui ont souvent le contact avec les événements qui se passent un peu partout dans le monde. De l’art conjugué à la réalité, ces passionnés du métier nous font découvrir, sinon rappeler des scènes qu’ils ont immortalisées. C’est l’exemple du jeune photographe Soufyane Fares qui avait exposé au restaurant Le Goéland à Rabat, des Scènes de rue #Tramdina. Le sujet de travail de l’artiste constituait une invitation du grand public à un moment de réflexion sur des scènes de vie quotidienne des Marocains dans l’espace public/commun. En d’autres termes, il s’agissait d’une manière d’interroger le public sur des scènes où il se reconnaît. Cette thématique a donné naissance à un premier focus sur un phénomène que nous vivons dans certaines périodes de l’année et qui se manifeste de manière flagrante dans la rue #Tramdinaune. L’exposition était composée d’une collection de photos qui jettent une lumière sur cet état d'esprit mi-léthargique mi-énervé dans lequel sont plongées certaines personnes pendant le mois du Ramadan ou qui est simplement à l’opposé l’état d’introspection personnelle rendant les gens plus calme et plus dans une posture de contemplation. Avec le regard amusé et l’œil critique bien aiguisé de Soufyane Fares, on s’identifie sans aucun doute à des situations qu’on a déjà vécues ou déjà vues dans la rue. L’artiste investit l’espace publique et se saisit de ses lieux et ses mises en scène spontanées, capturant ses couleurs, ses lumières, ses lignes et ses silhouettes. Tous ces éléments font d’ailleurs la beauté et la complexité du paysage public.  


L’impact de l’image violente sur le cerveau

De nombreuses études ont été réalisées traitant de l’impact des images violentes sur le cerveau. Il s’agit, selon Imane Hadouche, de la normalisation avec la violence. « Concrètement, l’individu qui s’expose fréquemment à un contenu de violence finit par considérer ce type d’actes comme étant normal et commence à perdre en terme d’empathie », souligne-t-elle. A cela s’ajoute, précise l’experte, l’individu risque lui-même de devenir violent et avoir le comportement d’un pervers narcissique. Le risque devient encore plus élevé quand il s’agit d’un enfant qui regarde ce type de scènes. 


Ces valeurs humaines qui se font de plus en plus rares…

Elles constituent l’essence de la vie et nous guident tout au long de notre existence. Qu’on le veuille ou non, elles impactent nos décisions envers nous-même et envers les autres. Il s’agit là des valeurs humaines qui, de l’avis de plus d’un, se font de plus en plus rares. On cite, à titre d’exemple, le respect, la solidarité, l’écoute, l’empathie et la fraternité. Comme toute autre dimension philosophique, ces valeurs doivent être nourries au quotidien au risque de les perdre, et par conséquent, perdre ses repères. La question qui se pose serait de savoir les nourrir. Cela passe par des actions concrètes et en donnant l’exemple. Cela dit, face à un phénomène dramatique, il faut faire preuve d’empathie et de solidarité  au lieu de rester spectateur ou, au pire, filmer la scène, comme si l’autre n’était pas un être humain. Il faut aussi savoir que le développement de ces valeurs dans notre société passe, notamment par l’éducation. En effet, si l’on veut avoir une génération qui contribue activement à l’évolution de son pays, il faut bel et bien lui inculquer ces valeurs humaines. 

 

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