Économie circulaire

Recyclage contre gaspillage

,LE MATIN
05 Juin 2011
20110606-p-127852300.jpg Selon plusieurs avis, il existe au Maroc énormément de potentialités dans le secteur du recyclage. Malheureusement, celles-ci ne sont pas exploitées. Ph. R.T.

Le débat lancé dernièrement par les médias sur les défaillances de la gestion déléguée des déchets devra aussi sensibiliser l'opinion publique aux coûts élevés que devront supporter les communes en matière de construction et de fonctionnement des décharges publiques contrôlées.

Ces unités ne sont pas de simples grandes fosses où seront enterrés des déchets, mais des structures qui fonctionneront comme des usines. Par exemple, le stockage des déchets, sous l'action de l'eau de pluie, entraînera une fermentation naturelle, qui produira le «lixiviats». Ce liquide est dangereux et il faut savoir le maîtriser pour ne pas polluer les eaux souterraines.

Autre danger à surveiller, les émissions du biogaz dégagé de ces décharges. «Face aux coûts élevés des décharges publiques contrôlées, il serait judicieux pour le Maroc de s'orienter vers le recyclage, élément clé de l'économie circulaire. Le recyclage est une industrie vertueuse dans un monde qui connaît une réduction accélérée des ressources naturelles», a indiqué Philippe d'Adhémar, directeur général de la Compagnie marocaine des cartons et des papiers (CMCP), lors des Assises de l'imprimerie et de l'emballage, organisées du 31 mai au 4 juin à Casablanca. L'économie circulaire, rappelons-le, est un système de production qui a pour objectif de réduire, de récupérer, de réutiliser, de réparer et de recycler les productions. Cette politique est déjà mise en œuvre en Chine de manière très volontariste. D'autres puissances lui ont emboîté le pas comme le Brésil et l'Inde.

Avec l'envolée des cours mondiaux des matières premières, due à l'augmentation de la demande internationale, l'Union européenne (UE) a décidé d'opter pour une société de recyclage. «Le recyclage au Maroc du vieux papier et carton est d'à peine 30%, alors qu'il se situe à 70% dans l'Union européenne (UE). L'Allemagne est le leader dans ce domaine. En Espagne, 80% du papier produit vient du recyclage», a ajouté Philippe d'Adhémar.

Selon plusieurs avis, il existe au Maroc énormément de potentialités dans le secteur du recyclage. Malheureusement, celles-ci ne sont pas exploitées. «En Europe, le tri est obligatoire à la source, alors qu'au Maroc, nous trouvons dans nos poubelles tous genres de déchets : épluchures domestiques, plastique, canettes, verre, journaux, magazines et carton», a souligné Said El Anba, gérant de Sorepac, une société de collecte et de transformation du papier et carton. Pour les spécialistes, ces défaillances du secteur, résultent de la non-application de loi sur les déchets faute de décrets d'application. «la Loi sur les déchets va connaître le même sort que la loi sur l'eau de 1995. Il a fallu attendre plus de 16 ans pour commencer à parler d'installation de compteurs sur les puits», a lancé un participant à ces assises. Les progrès réalisés dans l'UE résultent, en revanche, de la présence d'un cadre réglementaire. Dans ces pays, il existe même des lois interdisant de mettre dans les décharges des produits recyclables. Par ailleurs, tout industriel ayant mis sur le marché un produit emballé doit payer une écotaxe qui assure sa fin de vie. Cette politique a permis la création d'éco-organisme, des sociétés chargées de collecter ces écotaxes pour les distribuer aux communes selon leur effort de recyclage. Les écotaxes ont aussi contraint les industriels à se lancer dans l'éco-conception avec la fabrication de produits ayant moins d'impact sur l'environnement.

Au Maroc, malgré les avantages du recyclage, ce secteur continue de souffrir d'une image négative dominée par l'informel. Au-delà de l'innovation technologique, le recyclage peut utiliser une main-d'œuvre peu qualifiée et participer à l'insertion professionnelle des chômeurs. Mais avant toute chose, il faut commencer par sensibiliser la population, comme la création, en France, des «ambassadeurs du tri», des personnes chargées d'éduquer la population aux gestes de recyclage. L'économie «verte» attire de plus en plus de jeunes diplômés. Son chiffre d'affaires représente actuellement 370 milliards de dollars, soit un progrès de 437% par rapport à 2004, réalisé principalement en Europe et en Asie.

Décharges sauvages

«Le Programme national des déchets ménagers (PNDM) et assimilés vise à assurer la collecte des déchets ménagers et à atteindre, à l'horizon 2020, un taux de collecte d'au moins 90%, à mettre en place 350 déchargées contrôlées dans les villes et les centres urbains, à fermer et à réhabiliter toutes les décharges sauvages existantes», indique dans un document le secrétariat d'État à l'Environnement. Cette politique vise également «à organiser et développer la filière de tri-recyclage-valorisation pour atteindre le taux de 20% de récupération et de recyclage des déchets générés, avec des actions pilotes de tri à la source».



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