Nation

Entretien avec Bruno Pouezzat, représentant du PNUD au Maroc

«Santé, éducation, environnement, lutte contre les inégalités, bonne gouvernance», les prochains grands chantiers ?

LE MATIN

«Santé, éducation, environnement, lutte contre les inégalités, bonne gouvernance», les prochains grands chantiers ?

Il faut se désintoxiquer par rapport aux agences de notation! Le conseil d'un président d'une des trois grandes agences devrait être pris en compte pour tout ce qui est classement ou notation qui crée tant de tensions et de controverses. Sans doute, faut-il prendre de la distance par rapport à cela.

LE MATIN: Les indicateurs et notations ont pris une place importante dans la vie des nations, en témoignent les agences de notation qui peuvent déstabiliser un pays par une simple notation. En d'autres termes, comme le soulignait le représentant palestinien à la réunion de Marrakech sur l'IDH, «les chiffres ne sont jamais innocents et ils ne laissent pas indemnes». Dans le dernier classement, le Maroc se retrouve à la 130e place perdant 16 places. Qu'est-ce qui explique cette chute ?
BRUNO POUEZZAT :
Il faut faire attention et ne pas comparer des pommes et des oranges. L'année dernière le Maroc était 114e sur 169 pays. Cette année le Maroc est 130e sur 187 pays, car entre-temps 18 pays de plus se sont insérés dans le classement. On ne peut donc comparer directement les classements 2010 et 2011 sans tenir compte de cet élément. De plus et comme depuis 20 ans, l'indice lui-même a été modifié pour essayer de l'améliorer et pour répondre aux critiques légitimes qui sont formulées à son égard. Il faut donc tenir compte de cette nouvelle méthodologie. C'est pour cela que nous ne cessons de dire qu'il n'est pas utile de comparer les classements d'une année à l'autre.

Et qu'est-ce qui serait intéressant pour mesurer les évolutions ?
Il faut comparer l'indice d'une année à l'autre. L'année dernière par exemple nous avons pu montrer grâce aux statistiques recueillies sur les 40 dernières années que le Maroc s'était avéré parmi l'un des dix meilleurs au monde dans la progression de l'indice de développement et cette progression continue entre 2010 et 2011. Je crois qu'il faut prendre ses distances vis-à-vis de cette comparaison un peu rapide entre les classements 2010 et celui de 2011 et il faut d'autre part se concentrer sur la réalité de l'indice qui continue de progresser.

Quels sont les éléments qui déterminent et qui mesurent l'indice ?
Ce sont toutes des tendances lourdes qu'il s'agit de la longévité, de l'éducation où on ne peut espérer voir des progrès à très court terme. Même si l'on devait faire une comparaison du classement d'une année sur l'autre, on ne devrait pas s'attendre à ce que ce classement ait beaucoup changé. La question qu'il faudrait se poser c'est, que fait le Maroc dans ces domaines ? Il investit de manière considérable dans ces domaines. On reconnaît des efforts considérables en termes de budget, d'attention des autorités pour encourager les enfants, filles et garçons à venir et à rester à l'école avec ce système de dons conditionnels à leur participation aux cours. Il y a aussi des efforts aussi pour améliorer la qualité de l'éducation, car ce n'est pas tout que les enfants viennent à l'école, il faudrait qu'ils y apprennent des choses qui leur soient utiles dans leur vie. Il y a aussi la question de l'environnement familial qui est souvent très difficile, d'où la nécessité de mesures d'accompagnement comme la formation qui sont prévues pour permettre une intégration dans la vie professionnelle. Dans le rapport que le Maroc a soumis lors de l'Assemblée générale en 2010 sur les 10 ans de travail vers les objectifs du millénaire pour le développement, figurent deux domaines où le Maroc doit fournir des efforts soutenus, c'est précisément la Santé et l'Education. Le niveau de ces deux domaines problématique est reflété dans l'indice sur le développement humain qui mesure les évolutions en matière de santé et d'éducation. Il n'y a pas de changement rapide à attendre dans ces deux domaines qui représentent des tendances lourdes. Il y a une compréhension partagée par les Nations unies, le gouvernement du Maroc et les partenaires techniques et financiers du Maroc sur la nécessité de continuer les efforts déjà engagés dans les domaines de la santé et l'éducation.

Dans quels domaines peut-on enregistrer les résultats les plus encourageants ?
Précisément dans la Santé avec la baisse de la mortalité maternelle où les progrès sont clairs et soutenus. Il y a d'autres dimensions où le Maroc a fait des efforts considérables, qui ne sont pas prises en compte par l'indice mais qui sont prises en compte quand on parle de durabilité du développement ou de lutte contre les inégalités. Je pense par exemple aux investissements en matière d'infrastructures rurales, les routes qui donnent accès à la santé, à ‘l'emploi, à l'école …l'adduction d'eau potable, la sanitation …ce sont des réponses aux problèmes de vulnérabilité des pauvres. Maintenant, il faudrait réfléchir sur l'adéquation de l'éducation aux besoins de l'économie du marché. Les investissements dans l'infrastructure ont été réalisés, il faut maintenant rentabiliser ces infrastructures et s'assurer par exemple de la qualité de la formation.

Le dernier rapport du PNUD a pour thème «Durabilité et Equité : un meilleur avenir pour tous». Il met l'accent sur l'indice de l'inégalité. Que doit-on entendre par là ?
Tout le débat sur l'IDH a tendance à occulter l'utilité de l'indice comme outil d'analyse. Dans ce rapport on en donne l'explication. Les chercheurs du développement humain ont essayé durant ces deux dernières décennies d'adapter ‘l'indice pour le rendre plus parlant dans telle ou telle direction. Cette année, on mentionne spécifiquement l'indice adapté pour les inégalités et l'indice adapté pour le genre. En utilisant ce focus, on obtient des résultats frappants. On découvre dans le cas du Maroc, que si on intègre les inégalités notamment dans le domaine de l'éducation, l'indice baisse de manière considérable. Si on applique ce même focus sur des pays comme les Etats-Unis, on arrive à des chiffres presque aussi dramatiques.

Cela devrait interpeller les responsables marocains ?
Tout à fait, cela devrait interpeller les gouvernements de toute la planète. On admet certes les limites de l'indice IDH, il faudrait prendre d'autres dimensions, mais si on n'applique que cette dimension des inégalités au sein des domaines comme ceux de la Santé et de l'Education, on arrive à des résultats inquiétants. Il y a donc nécessité pas seulement de tenir compte de la moyenne, mais de concentrer leur attention sur le bas de l'échelle et de s'assurer que celui-ci progresse plus vite que la moyenne, si on veut réduire les écarts à l'avenir.

Résultats inquiétants si l'on tient compte des inégalités dans le domaine de la santé et on voit bien les différences entre le système de santé qui existe dans les régions éloignées et montagneuses et celui existant à Casablanca par exemple. Pour la question du genre, le Maroc semble avoir engrangé des résultats ?
Dans le genre effectivement, le Maroc s'en sort bien même en comparaison avec les pays de la région. C'est tout à l'honneur du Maroc pour ses efforts continus et ceux de ses partenaires. On devrait continuer à voir ses améliorations... Quand on parle de l'inégalité en matière du genre, l'indice a été adapté pour regarder particulièrement les questions d'accès à l'éducation et les questions de représentation dans les organes élus. Dans ces deux points, le Maroc a marqué des points et réduit l'écart qui existait entre l'accès des filles et des garçons à l'éducation.

Vous avez été en poste dans beaucoup de pays notamment dans les pays d'Europe de l'Est et vous avez beaucoup observé les efforts des différents gouvernements pour lutter contre les inégalités, ou du moins les réduire. Que pouvez-vous nous dire sur cette question difficile et complexe ?
Ce que l'on peut constater si l'on prend les choses en perspective, c'est que les inégalités ont cru dans la quasi-totalité des pays dans la planète au cours de ces 20 dernières années. Tout ce débat autour des manifestations autour des Indignés qui ont lieu à New York, Londres Madrid c'est justement autour des inégalités. Quand on regarde de prés les chiffres de l'évolution des revenus dans beaucoup de pays, on voit que les 20 dernières années qui ont connu une croissance rapide, se traduisent dans les détails par une perte de vitesse de la classe moyenne et par l'accroissement de la population vulnérable. Il suffit qu'il y ait une crise économique pour voir s'effondrer les réussites dans le domaine social, parce que les gens se trouvent juste au-dessus de la limite de pauvreté et qu'il suffit qu'ils perdent leur emplois pour que la précarité augmente pour les plus âgés, les enfants, les femmes.

Il y a également beaucoup d'indignés dans les pays touchés par le Printemps arabe ?
C'est un mouvement de rejet des inégalités croissantes, de l'affaiblissement des classes moyennes et de la détérioration des conditions de vie marquée par l'augmentation du chômage notamment des jeunes de plus en plus précarisés. Chômage, inégalité tout ceci alimente ce sentiment de perte de contrôle d'un modèle de société qui échappe à une proportion croissante de la population.

Il y a ces populations vulnérables et il y a les pauvres des pauvres, déjà vulnérables par leur niveau de vie et encore plus fragilisés par les conditions climatiques.Le rapport 2011 du PNUD en fait état. Que peut-on en retenir ?
Les pauvres sont d'abord les premières victimes de la détérioration de l'environnement global comme la désertification, la déforestation. Ce sont les femmes affectées à la collecte du bois et de l'eau qui souffrent le plus. Ce sont ces mêmes pauvres qui sont victimes d'une détérioration de l'environnement chez eux : les modes de cuisson créent par exemple un environnement malsain de fumée comme la mauvaise sanitation ou l'absence d'éclairage qui obèrent les performances scolaires des enfants. Tout cela perpétue le cycle de pauvreté. Le rapport souligne que les pauvres sont victimes de deux dimensions convergentes :la détérioration de l'environnement planétaire et de leur environnement. Il y a d'autre part une relation entre les inégalités et l'impact de la détérioration de l'environnement sur les pauvres. On peut identifier dans les choix de développement, des modèles qui conduisent à un compromis entre la préservation de l‘environnement et la lutte contre la pauvreté. On peut aussi identifier des modèles qui peuvent pousser les deux en même temps.

Le rapport utilise l'IDH et l'indice de la pauvreté multidimensionnelle pour identifier les types d'intervention qui conduisent à ce triple gain, à savoir réduire la pauvreté, l'inégalité et la détérioration de l'environnement tout en préservant les succès du développement humain. Le développement n'est pas synonyme de la détérioration de l'environnement. J'ai passé comme vous l'avez évoqué une décennie dans l'ancienne Union soviétique où le mot d'ordre était « on s'occupera de l'environnement quant on en aura les moyens ! »Le résultat, c'est que le territoire de l'ancienne Union soviétique est un cimetière de désastres comme la Mer d'Aral, exemple de désertification causée par l'homme. Il y aussi la pollution des zones de l'exploitation nucléaire et toutes les banlieues industrielles des grandes villes sont des zones lunaires à cause de cette politique et sans pour autant que l'on puisse dire que ce pays a compensé ce déclin par des progrès sociaux ! Dans le rapport, il y a un effort d'identification d'alternatives qui permettent de réconcilier développement économique et protection de l'environnement et cela peut aller très loin. C'est ainsi que l'adaptation de l'IDH aux inégalités sur le genre regarde aussi l'accès aux contraceptifs. On a démontré de manière statistique que donner aux femmes davantage de contrôle sur l'espacement des naissances aurait un impact positif sur la réduction de la consommation d'énergie et de production de Co2 !
Notre région connaît une avancée du désert inquiétante. Or l'on sait dans les oasis par exemple et c'est l'une des conclusions du rapport que « les communautés rurales pauvres sont touchées de façon disproportionnée par la dégradation des écosystèmes et bénéficient de manière disproportionnée de la protection» Les oasis sont la zone que les Nations unies ont choisie en discussion avec le gouvernement pour concentrer nos efforts. Nous y sommes déjà très actifs, mais il est clair que les efforts pour réaliser dans les oasis des modèles de productions agricoles qui soient moins consommatrices d'eau, qui permettent de préserver la couverture végétale, de créer des emplois et de maintenir sur place une population active sont difficiles. Or ce sont ceux qui connaissent les techniques sophistiquées de collecte et de gestion d'eau, de sélection d'espèces naturelles qui partent vers la ville. Pour faire avancer le débat, à l'UNESCO, les oasis sont une catégorie de paysages culturels qui sont retenus, c'est important pour le Maroc mais aussi pour le monde entier, pour toutes les zones arides de la planète.

Vous allez au PNUD commencer un nouveau cycle de programmation commune des Nations unies 2012-2016. Quelles seront vos priorités d'action ?
Dans le document UNDAF, cadre commun de programmation des Nations unies que nous avons signé avec le ministère des Affaires étrangères, nous avons sélectionné 5 thèmes sur lesquels nous allons nous concentrer durant les 5 prochaines années : la santé, l'éducation, la réduction de la vulnérabilité et des inégalités, la bonne gouvernance particulièrement sensible au genre, l'environnement et la lutte contre les changements climatiques. Le Maroc a atteint un stade de développement où nous ne pouvons plus justifier un transfert de fonds, mais nous restons un réceptacle d'expériences de connaissances et un pôle fédérateur de coopération au niveau de la planète. C'est ce que nous proposons d'amener au Maroc en mettant à la disposition du Maroc, des expériences et des réussites d'autres contrées de la planète et permettre au Maroc de promouvoir ces propres réussites qui peuvent être pertinentes en Afrique par exemple. Je pense aux réalisations de l'ONEP en matière de préservation de l'eau et de promotion de son centre de formation international auprès de pays qui ont des problématiques similaires. Dans un autre registre, le ministère des Finances a développé un système d'information géographique qui permet de répertorier de manière dynamique tous les projets d'aide au développement financés par des donateurs extérieurs, mais aussi les projets nationaux financés sur le budget national. Il serait pertinent de développer cette expertise à l'extérieur du Maroc.

Quels sont les prochains rendez-vous des Nations unies ?
2012 correspond au 20e anniversaire de la réunion de Rio de Janeiro. Le Brésil invite la communauté internationale pour se pencher sur les priorités de la planète et pour faire avancer les discussions sur les changements climatiques.
En 2012, nous aurons aussi un débat sur la négociation de nouveaux objectifs au-delà de 2015 ! Tous les pays reconnaissent qu'il faut maintenir à tout prix les efforts dans les circonstances du ralentissement économique. Il y aura une nouvelle liste des Objectifs du millénaire qui intégrera des questions comme la bonne gouvernance où le consensus global a beaucoup progressé.

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