Nation

Entretien avec Mehdi Taje, géopoliticien, spécialiste du Maghreb et du Sahel

Les enjeux géopolitiques de la guerre au Mali

LE MATIN

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on pourrait craindre que la libération du Nord Mali, vers laquelle on s’achemine avec la présence sans doute des Casques bleus, ne laisse la porte ouverte à d’autres conflits inhérents aux problèmes de sécurité, aux revendications des Touaregs, à la faiblesse de l’État-nation, aux politiques néolibérales qui appauvrissent le continent.

La gestion politique se pose dans toute sa dimension qui nécessite «une inscription des événements sur le temps long de l’histoire afin de ne pas se laisser abuser par le poids du présent», comme le souligne le géopoliticien Mehdi Taje, dans l’entretien qu’il nous a accordé. Cet expert nous livre des clefs pour mieux comprendre l’histoire qui éclaire le présent dans le temps et l’espace géographique, car ce conflit installe toute la région sahélo-saharienne dans une nouvelle étape de son histoire.

C’est aussi le Maghreb qui est directement partie prenante de ce conflit. Et ce n’est pas nouveau quand on rappelle le nom de guerre du Président Bouteflika, «Abdelkader El Mali», qui organisa dans les années 60 les bases arrière du FLN avec l’aide des Touaregs algériens et maliens.

On comprend mieux l’implication de l’Algérie dans les multiples accords qui ont ponctué l’histoire du Mali depuis 1992 sans cependant régler les problèmes. Une des solutions, selon Mehdi Taje, serait «d’aller vers la régionalisation bien comprise et le respect des ensembles homogènes», une voie vers laquelle s’achemine le Maroc pour régler le conflit artificiel du Sahara. Une autre solution serait, selon cet expert, la mise en place d’un 5+5 sahélien intégrant les cinq pays du Maghreb, le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso et le Sénégal. Un continuum sécuritaire serait ainsi établi entre les deux espaces en miroir que sont la Méditerranée occidentale et l’océan sahélien. Entretien.

Le matin : Pour expliquer la crise du Mali, certains observateurs avancent les conséquences de l’opération française en Libye qui a permis la dissémination des Touaregs et des armes dans tout le Sahel et principalement au Mali. Mais sans doute, pour une meilleure compréhension de la situation, faut-il revenir à l’histoire du long terme dont font état des historiens comme Fernand Braudel ou Bernard Lugan que vous citez souvent dans vos analyses ?
Mehdi Taje : L’espace sahélien, tourmenté, sous-administré et sous-défendu, est travaillé depuis longtemps par des lignes de fracture et des facteurs de tension justifiant, à la faveur de l’incubateur libyen, l’explosion de la crise malienne, risquant par effet de contagion de déstabiliser toute la zone. En tant que géopoliticien, je crois à la rémanence historique, c’est-à-dire à la nécessité d’inscrire les événements sur le temps long de l’histoire afin de ne pas se laisser abuser par le poids du présent et du sensationnel. Relativement aux événements secouant le Sahel, il convient de prendre de la hauteur, tant le panorama stratégique est brouillé par l’actualité dont la guerre au Mali constitue l’épicentre.
L’espace sahélien, véritable polygone de crises, est travaillé par des lignes de fracture inscrites dans le temps long de l’histoire et qui continuent à produire leurs effets, et par des éléments plus récents se surajoutant et amplifiant la vulnérabilité du champ. La géographie même de cet espace, dit désertique, favorise une remise en question des frontières coloniales ayant bouleversé les frontières ethniques et les équilibres traditionnels, notamment la libre mobilité des hommes et des biens, les caravanes, le commerce, la transhumance et le nomadisme. Le télescopage entre l’autorité étatique et l’autorité traditionnelle des populations nomades touarègues, Toubous, etc., participe à l’explication du système de conflits que révèle notamment la crise malienne.
Deuxième facteur : de nombreux conflits sahéliens trouvent leur origine dans la fracture Afrique blanche-Afrique noire, induite par la traite d’abord islamo-arabe puis européo-coloniale, souvent renforcée par la complicité de populations noires (ethnies différentes et rivales). Lors de la décolonisation, les États regroupant administrativement des populations caractérisées par de lourds contentieux historiques, notamment les ethnies victimes de la traite, doivent assurer la cohabitation de tribus ayant participé activement au sein de l’ancien appareil négrier. Second aspect de cette ligne de contact, la plupart des États situés entre les latitudes 10° Nord et 20° Nord sont caractérisés, dans leur architecture interne, par une fracture Nord-Sud qui traduit une opposition avant tout ethnique entre populations blanches, souvent arabisées, et populations noires.
Selon la formule de Bernard Lugan, «un rift racial qui part de la Mauritanie pour s’étendre jusqu’au Soudan et qui sépare des Afrique(s) dites “blanches” d’autres Afrique(s) dites “noires”, brise en deux la plupart des pays sahéliens». Au Mali, l’opposition fondamentale est celle des Blancs, Maures et Touaregs, et des ethnies africaines noires. La rébellion est nordiste et touareg. La fracture raciale Nord-Sud, ancrée dans l’histoire et à la base d’une profonde conscience ethnico-tribale, paraît difficilement conciliable avec le concept d’État-nation hérité de la décolonisation. Les implications philosophiques de cette question sont lourdes de conséquences. Comment, en effet, envisager que les Touaregs puissent accepter la domination de ces mêmes ethnies, consacrée par le colonisateur puis par l’État malien après la décolonisation ? De véritables murs d’incompréhension et d’hostilité se sont érigés dans le temps, minant le processus d’édification d’un véritable sentiment national, indispensable à l’émergence de l’État-nation. Tant que cette problématique ne sera pas posée de manière claire, sans dérobade, il n’y aura guère de solution durable à la crise malienne.
À ces facteurs historiques se juxtaposent de nouveaux facteurs déstabilisateurs : la défaillance politique et économique des États sahéliens, incapables d’assumer les attributs de la souveraineté sur l’ensemble de leur territoire ; la spéculation islamiste par des forces obscures qui sont loin de toute foi religieuse, encore plus de l’islam ; les sécheresses et famines amenées à s’amplifier compte tenu des effets attendus du réchauffement climatique ; la pauvreté, la précarité économique et sociale et le manque de perspective d’avenir pour une nombreuse jeunesse désœuvrée ; la forte croissance démographique (en 2040, la population sahélienne devrait doubler pour atteindre 150 millions d’habitants) ; la montée en puissance des trafics en tous genres et notamment du trafic de drogue en provenance d’Amérique Latine ; le terrorisme incarné essentiellement par AQMI, les rivalités et tensions entre États sahéliens, les ingérences des puissances extérieures instrumentalisant les facteurs de tensions afin de mieux contrôler les richesses avérées et potentielles (pétrole, gaz, uranium, fer, or, cuivre, étain, terres rares, etc.), enfin les effets induits de la guerre en Libye. En effet, la déstabilisation de la Libye, suite à l’intervention de l’OTAN, a libéré des forces (dissémination d’armes sophistiquées, retour massif de réfugiés sahéliens et de Touaregs armés incorporés à l’armée de Kadhafi), aboutissant au réveil de la rébellion touareg au Mali, matérialisé par l’attaque le 17 janvier 2012 par le MNLA contre les localités et garnisons militaires du Nord Mali. La suite, nous la connaissons ! Rappelons l’interjection du Sphinx à Œdipe : «Comprends ou tu es dévoré».

Avant d’évoquer les problèmes de transition d’un État que certains qualifient de «failli», pourriez-vous analyser l’impact de l’onde de choc de la guerre du Mali dans la région du Maghreb qui paie le prix de sa désunion ?
L’éclatement d’un foyer d’instabilité au Sahel menace la stabilité et la sécurité des pays du Maghreb sur le long terme. Il n’est plus possible de poser la problématique du Maghreb en l’isolant du flanc sud-sahélien. Une concertation permanente s’impose entre les pays du Maghreb sur le présent et l’avenir de la scène sahélienne. Malheureusement, nous en sommes loin ! En effet, les pays maghrébins en transition démocratique ou en phase pré-révolutionnaire s’exposent aux diverses menaces projetées par le vide sécuritaire caractérisant le flanc sud-sahélien dopé par l’insécurité libyenne. La Tunisie doit faire preuve de la plus grande vigilance. À titre illustratif, hormis la montée en puissance des trafics, l’enracinement d’un foyer jihadiste au nord du Mali se surajoutant à la Libye risque, à l’image de l’Irak et de la Syrie, d’attirer de nombreux Tunisiens imprégnés par la doctrine salafiste et jihadiste et aspirant à défendre une terre de l’islam agressée par les mécréants. Or ces éléments, une fois la guerre achevée, sont susceptibles de revenir au pays encore plus radicalisés et aguerris, compte tenu de leur expérience de la guerre asymétrique. Selon des sources locales, les combattants tunisiens seraient d’ores et déjà environ 300, les autorités tunisiennes évoquant le chiffre de 50. Cette menace s’applique aussi au Maroc où les autorités ont déjà démantelé des cellules se revendiquant d’AQMI et visant à enrôler de jeunes Marocains pour aller combattre au Sahel et au Mali.
Les initiatives et positions divergentes des uns et des autres ternissent l’image d’un Maghreb désuni et distant de ses obligations stratégiques communes. L’édification du Grand Maghreb est une nécessité régionale et une nécessité également dans le contexte de la mondialisation et de la multiplication des initiatives d’intégrations dans le monde. L’affirmation du Grand Maghreb comblerait un vide stratégique tout en forçant une plus grande responsabilité internationale dans le présent et l’avenir de la zone Maghreb-Sahel. Plus globalement, Méditerranée, Maghreb et Sahel constituent une matrice travaillée par des forces et des logiques communes. C’est ainsi que la Méditerranée connaît aujourd’hui une vraie question nord-africaine connectée étroitement à une vraie question sahélienne.
Le danger réel risquant d’impacter durablement les équilibres des sociétés sahéliennes est la prise de contrôle du pouvoir par des groupes vivant de rentes criminelles. Ainsi se produit le basculement d’une criminalisation économique vers une criminalisation politique. La crise malienne, notamment le coup d’État du 22 mars 2012, et la crise institutionnelle qui perdure révèlent à quel point la menace du crime organisé est invasive, bien plus sournoise et déstabilisatrice que quelques centaines de criminels se revendiquant de l’islamisme radical et disséminés sur une superficie équivalente à celle de l’Union européenne. Piraterie au large du golfe du Bénin avec des ramifications à terre, prises d’otages, multiplication des trafics, blanchiment d’argent, etc., alimentent une économie de l’ombre en mesure de menacer durablement la sécurité des États sahéliens, condamnant tout espoir de démocratie et de bonne gouvernance. Marginalisé, le crime organisé a proliféré, connaissant un effet de souffle du fait de la mondialisation et des effets de la fragmentation des continents affectant de nombreuses régions du monde. Profondément défaillants, les États sahéliens, dépourvus de capacités militaires, policières, douanières, administratives, offrent un terreau propice à l’infiltration d’organisations transnationales criminelles s’emparant progressivement du pouvoir et aboutissant in fine à un renversement de souveraineté sur ces territoires. Dans ce contexte, il convient de ne pas se focaliser sur un ennemi de confort (AQMI) et réfléchir plutôt à des stratégies de contre-ingérence et de lutte contre cet ennemi gangrénant les États sahéliens de l’intérieur et prospérant à la faveur de la dérégulation et de la précarité stratégique, de la faillite des États, de l’explosion démographique, de la pauvreté. Là sont l’urgence et l’enjeu d’avenir pour la région et pour le Maghreb ! À titre illustratif, 50 tonnes de cocaïne, soit environ 15 à 20% de la production mondiale, transitent annuellement par le Sahel à destination de l’Europe devenue le premier marché en termes de consommation. Route de la cocaïne en provenance d’Amérique Latine et route de l’héroïne en provenance d’Asie Centrale se rejoignent érigeant le Sahel en véritable hub du narcotrafic.
Parallèlement, outre le conflit malien, un deuxième foyer, pour le moment circonscrit, menace la stabilité de la zone : le conflit opposant dans le Sud libyen les Toubous aux tribus arabes, essentiellement les Zwei à Koufra. L’insécurité chronique du sud de la Libye, livré aux milices, aux trafiquants et aux jihadistes menace la zone péri-tchadienne, risquant d’embraser l’ensemble du théâtre sahélien jusqu’aux confins du Darfour : la contagion n’est plus qu’une question de temps. Compte tenu du jeu des alliances entre les Toubous tchadiens soutenant le Président Déby et les Zaghawa, ce dernier pourrait se trouver contraint de soutenir militairement les Toubous libyens, de crainte de voir se soulever contre lui les Toubous du Tchad (même ethnie à cheval sur les deux frontières), socle de son pouvoir.

Vous évoquez la complexité du jeu algérien, mais aussi dites-vous les ambiguïtés algériennes. Qu’entendez-vous par là ?
L’Algérie a attentivement suivi les péripéties de la crise : nous lui devons les accords entre Alger et Bamako passés en 2006 ainsi que la médiation ayant permis la signature du pacte national du 11 avril 1992. Or ces accords n’ont pas saisi les problèmes de fond, ils n’ont fait que geler temporairement les antagonismes. La suite, nous la connaissons.
Dans cet espace, l’Algérie, le Maroc et antérieurement la Libye développent des dispositifs diplomatiques, militaires et secrets obéissant à des calculs de neutralisation de l’autre. Les rivalités sont vives, l’enjeu étant de s’assurer le leadership sur un Sahel tourmenté et vulnérable, mais offrant de multiples opportunités. En effet, l’effacement programmé de la Libye en tant qu’acteur régional majeur dans la zone ouvre un large boulevard à un monopole stratégique pour l’Algérie qui n’a jamais caché, depuis 1962, ses visées à l’égard de ces espaces, notamment le théâtre saharien.
Alger, compte tenu de son histoire, de la présence de Touaregs sur son territoire et de ses ambitions, développe depuis de longues années une stratégie complexe. Sans nier l’existence au Sahel d’un noyau dur d’islamistes radicaux vecteurs d’un message politico-religieux et ayant recours au terrorisme et à la violence armée, une deuxième clef d’analyse posée à titre d’hypothèse permet de mieux cerner la portée d’AQMI au Maghreb et au Sahel. À l’intérieur de l’État algérien se situent des centres de décision aux stratégies divergentes qui mènent une lutte interne pour le pouvoir et le contrôle des richesses nationales. Certes, l’Algérie a envoyé des instructeurs dans le nord du Mali et participé à l’équipement de l’armée malienne afin de lutter contre AQMI. Certes, Alger a piloté de nombreuses réunions à l’échelle régionale et internationale tout en créant en avril 2010 le CEMOC (Comité d’état-major opérationnel conjoint) visant à coordonner les efforts de quatre pays du champ (Algérie, Mauritanie, Mali et Niger) dans la lutte contre le terrorisme.
Cependant, le CEMOC semble centré sur les intérêts algériens, trois pays du Maghreb (Maroc, Tunisie et Libye) étant exclus de cette structure, ce qui témoigne de la persistance de démarches désarticulées, souvent déterminées par la sourde défiance qui divise les riverains de l’océan sahélien, alors que la menace dicte une action concertée, en mesure d’identifier des intérêts convergents. Or face à la minute de vérité, le CEMOC s’est avéré totalement inefficace, révélant l’engagement erroné sur le plan stratégique de l’Algérie qui se retrouve isolée sur le plan régional et international.

La revue «Herodote» ou «le Monde diplomatique» font état des richesses de la région. Le Président du Niger, M. Oussoufou, vient dans un débat à TV5 de demander la renégociation des accords sur l’uranium avec la société Areva. L’arc sahélien est riche de gisements de fer, d’uranium, d’or… ce qui attire, dites-vous, les convoitises étrangères ?
L’insécurité endémique et persistante et la guerre au Mali doit être analysée avec prudence et remise en perspective par rapport aux stratégies des puissances étrangères. L’arc sahélien attire toutes les convoitises du fait des richesses de son sous-sol et des futurs projets de désenclavement des ressources énergétiques (TGSP, etc.). Fournisseur prépondérant d’énergie à l’horizon 2030, le Sahel suscite des rivalités pour le contrôle des gisements (lieux de production), enjeu majeur, mais également des itinéraires d’évacuation dessinant jour après jour une nouvelle géopolitique des tubes. Une superposition de la carte des conflits et des ressources à l’échelle africaine est édifiante. Ainsi, la menace terroriste est amplifiée, voire nourrie, afin de permettre à des États en rivalité pour la prise de contrôle des richesses (Chine, Russie...) de se positionner militairement au sein de ce couloir stratégique reliant l’océan Atlantique à la mer Rouge et offrant la possibilité de peser sur les équilibres géopolitiques et énergétiques du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.

Que peut-il advenir en termes de stratégie militaire, mais aussi en termes de stratégie politique dans un pays profondément divisé où l’État-nation semble être utopique ?
Le 26 janvier 2013, l’armée française et les troupes maliennes ont repris le contrôle de l’aéroport de Gao, ville située à plus de 1 200 kilomètres de Bamako. Néanmoins, la guerre dans laquelle est impliquée la France est une guerre atypique en milieu désertique qui risque de s’inscrire dans la durée. En effet, comme en mer, contrôler les villes (Gao, Tombouctou puis Kidal, etc.) pouvant être assimilées à des îles ne signifie pas que l’on contrôle les vastes étendues désertiques.
Face à ces difficultés, militaires français et africains devront faire preuve de réalisme et de pragmatisme : seuls les Touaregs du MNLA encadrés par des soldats français seront en mesure de nettoyer ces immensités sahariennes. En l’occurrence, ces derniers, conscients de cette réalité, ne cessent de proposer leur appui depuis le début de l’intervention militaire française. Ils fixent néanmoins des conditions : un dialogue politique avec les autorités de Bamako et une large autonomie du territoire qu’ils revendiquent, l’Azawad.
Les Touaregs ne souhaitent pas être les auxiliaires d’une victoire de la France rétablissant la domination des populations du Sud et drainant dans son sillage une armée malienne avide de revanche. Or, d’ores et déjà, de nombreuses ONG internationales dénoncent des crimes et des exactions commises par des troupes maliennes ou des milices inféodées contre les populations du Nord. En se basant sur l’analyse géopolitique, nous en revenons au cœur de la problématique malienne, ancrée dans le temps long de l’histoire, qui ne doit pas être éclipsée par le brouillard incarné par les fondamentalistes islamistes qui n’ont fait qu’instrumentaliser la fracture raciale et ethnique afin de se positionner sur l’échiquier malien et contrôler les multiples trafics : tant que la fracture raciale et ethnique ne sera pas surmontée, aucune solution durable ne sera envisageable à la guerre au Mali.
L’exemple malien prouve qu’une balkanisation supplémentaire du Sahel serait catastrophique si l’on tient compte de l’histoire ancienne, de la colonisation et de la décolonisation. Walvis Bay (rétrocédée à la Namibie le 28 février 1994), l’Érythrée (27 avril 1993), le Soudan du Sud (9 juillet 2011) et maintenant l’Azawad posent la problématique du principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Il est temps que ce principe soit réexaminé et que la réponse fondamentale soit mieux méditée, la restauration des nations historiques devant prévaloir sur les entités coloniales dressées artificiellement par les métropoles dans l’intérêt des calculs impériaux de l’époque. L’Afrique doit se réapproprier sa propre destinée. Il est temps d’aller vers la régionalisation bien comprise et le respect des ensembles homogènes sur la base des nations historiques ayant précédé le découpage colonial. Sans innover, sans s’interroger sur des formes plus souples de territorialité transcendant les lignes de fracture et les clivages du passé, le problème touareg et d’autres ne pourront pas être surmontés sur le long terme.
Si l’on se réfère à la période des empires sahéliens, la structure politique dominante dans cet espace consacrait, sur le modèle des Cité-États de la Grèce antique, une large autonomie des villes devant payer tribut à un État central. Dès qu’il s’affaiblissait, son autorité était systématiquement remise en cause par des tribus ou confédérations vivant souvent à la périphérie.

Ainsi, selon vous, une nouvelle philosophie de l’Afrique s’impose ! Quels seraient les principes et les piliers de cette philosophie ?
Relativement à la problématique malienne, une indépendance de l’Azawad, territoire n’ayant pas d’assise historique, serait vectrice de nombreux risques :
• Risque sérieux de déstabilisation du Niger et de l’Algérie par effet de contagion. En effet, Alger n’a pas intérêt à un État touareg indépendant, sachant le risque de contagion à l’égard de sa communauté touareg, le risque de balkanisation de son flanc sud-sahélien et de la forte probabilité que ce nouvel État soit totalement sous l’emprise des puissances occidentales. La présente crise conforte plutôt la cause marocaine, les menaces de balkanisation dans la région provoquant une prise de conscience générale quant au danger de multiplier des États fantoches, nécessairement faibles, dans l’espace saharien. Le détricotage de la région ne serait profitable à personne sur le long terme.
• Les Touaregs eux-mêmes, divisés et ne se reconnaissant pas dans leur grande majorité dans les revendications indépendantistes du MNLA, ne représentent qu’une minorité de l’ensemble des ethnies peuplant le nord du Mali. En réalité, comme le souligne Bernard Lugan, il est possible, en collant aux réalités ethniques, de distinguer trois Azawad : à l’ouest, l’Azawad arabe, car peuplé principalement par des populations arabes ou arabisées, au nord, l’Azawad touareg et au sud-est l’Azawad composite de la vallée du fleuve Niger peuplé des ethnies Peuls, Maures, Songhaï, etc. Par voie de conséquence, accorder l’indépendance à ce territoire sur la seule base des revendications émanant d’une minorité de Touaregs ouvrirait la voie à des affrontements intercommunautaires selon les lignes de clivage décrites ci-dessus.
À notre sens, le retour au statu quo antérieur n’étant plus concevable, il conviendrait d’initier une réflexion relativement à un nouveau concept de l’État malien associant les intérêts des uns et des autres par des procédures admises par tous et non contraignantes. Il s’agit d’être en mesure de transcender les clivages du passé par l’affirmation à titre illustratif d’une confédération malienne reposant sur des mécanismes dessinant un nouvel équilibre entre un Sud et un Nord devant apprendre le vivre ensemble.
Il en va de la stabilité du Mali, de la stabilité du Sahel, mais également de la stabilité du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.Ultérieurement, à l’image du Dialogue 5+5 établi en Méditerranée occidentale, et compte tenu de la montée en puissance des menaces soulignant l’interdépendance accrue entre le Maghreb et le Sahel, il faudra œuvrer à la mise en place d’un 5+5 sahélien intégrant les cinq pays du Maghreb, le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso et le Sénégal. Un continuum sécuritaire serait ainsi établi entre les deux espaces en miroir que sont la Méditerranée occidentale et l’océan sahélien.
Dans l’absolu, si cette vision et cette structure existaient déjà, nous n’en serions pas là actuellement !
De même, afin de surmonter les tensions entre national et transversal, entre centre et périphéries, entre riverains et Sahariens, entre nomades et sédentaires, il conviendrait de se référer aux règles du droit maritime tout en les adaptant aux spécificités de l’océan sahélien. En définitive, la crise malienne ouvre la voie à une nouvelle ère au Sahel et en Afrique de l’Ouest où les réalités ethnico-géographiques prévaudraient sur les élites politiques post-coloniales et où l’Occident se donne un nouveau destin.

Amadou Hampâté BÂ Mali

Hamadou Hampâté Bâ est l’auteur africain le plus souvent cité pour sa phrase : «En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle». Il est né en 1901 au Mali, en Bandiagara, et il est mort en 1991. Disciple de Tierno Bokar, il a consacré sa vie à sauver de l’oubli les trésors de la tradition orale du monde peul. Son héritage écrit est considérable, son activité inlassable ; d’importantes responsabilités lui ont été confiées dans l’administration, dans la diplomatie de son pays et à l’UNESCO. Il est pour l’Afrique noire le gardien de la mémoire, de la tradition orale qu’il a bien souvent couché sur papier et est devenu, de ce fait, le défenseur vigilant d’une civilisation si longtemps méconnue. Né avec ce siècle à Bandiagara, au pied des falaises du pays Dogon, mort en 1991 à Abidjan, Amadou Hampâté Bâ, historien, écrivain, conteur, poète, penseur, frère des hommes, est surtout connu en France pour la lutte qu’il mena à l’UNESCO, de 1962 à 1970, en faveur de la réhabilitation des traditions orales africaines en tant que source authentique de connaissances et partie intégrante du patrimoine culturel de l’humanité.
Le livre «Amadou Hampaté Ba amkoullel, l’enfant peul», formé à travers l’enseignement de ses maîtres soufis, est un roman tableau de mœurs et une fresque historique qu’il faut lire pour comprendre cette civilisation.

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