Nation

Entretien avec Patrick D'humieres, président de l'institut RSE management

«Face à la crise de confiance, quel modèle de croissance durable ?»

LE MATIN

Patrick d'Humières, auteur de plusieurs ouvrages, président de l'Institut RSE Management, initiateur du «Forum français RSE» décrypte, le concept de la RSE et ses avancées.

LE MATIN : Aux derniers Etats Généraux de la Responsabilité sociétale ISO 26 000, vous définissiez la Responsabilité sociale des entreprises, RSE comme un outil dans le modèle économique, un outil de pilotage, de régulation du marché versus intérêt collectif négocié entre acteurs. Si l'on se tourne vers ces dernières années peut-on dire que l'on en prend le chemin ?

PATRICK D'HUMIÈRES: Nous avons plusieurs années de réflexion, de pratiques avec beaucoup de strates culturelles qui s'ajoutent et de règles politiques qui se croisent. Nous avons eu une période où le monde anglo saxon a apporté sa contribution, il y a une RSE en gestation en Asie où la Chine et l'Inde, le Brésil ont une réflexion originale. Le sujet a trouvé un point de consensus dans la norme ISO 26 000 il y a un an sur des éléments de définition. Cela a pris cinq années de discussion et nous n'avons pas encore une version totalement universelle.

Qu'en est-il de l'Afrique ?

L'Afrique où les enjeux de développement sont importants avec une forte demande sociale et des conséquences du changement climatique a son mot à dire et elle doit donner sa version du sujet et nous dire de quelle manière elle doit pratiquer la RSE. Comment promouvoir cette démarche en se l'appropriant ? Ce sera l'objet d'un premier forum de Douala qui se tiendra prochainement avec les pionniers de la RSE, les décideurs politiques et les experts de la question des organisations internationales et qui devrait déboucher sur l'adoption du Manifeste de Douala sur la RSE en Afrique.

A l'escale régionale de l'entreprise de Chaouia Ouardigha, vous avez rappelé le sens de la RSE : parce que, dites-vous, il n'y a pas d'entreprise qui gagne dans un monde qui perd, faire gagner le monde est probablement la façon la plus sûre de faire gagner l'entreprise. C'est là en fait une manière de concilier, de conjuguer la croissance avec le Développement durable ?

Oui, le mouvement de la croissance industrielle, économique avec son lot de blessures sociales et environnementales a suscité différentes phases de remises en cause. Le sommet de Rio de Janeiro d'il y a 20 ans, c'est le début de la critique sur le rapport à l'environnement et la mise en garde sur le développement économique qui porte atteinte à l'environnement. Il y a eu ensuite le sommet de Johannesburg plus récemment, une critique sur la gouvernance, et l'opacité des entreprises, une critique sociale sur les relations internes de l'entreprise... La grande différence, c'est que la société a une emprise plus forte sur les phénomènes, sur le plan politique et économique. Les entreprises qui faisaient le mode de développement qui leur convenait doivent aujourd'hui entrer dans des cadres. Ces cadres sont en tension avec d'autres exigences et la RSE c'est la tentation de trouver un équilibre, une forme de régulation qui sera plus satisfaisante du point de vue de ce qu'attend la société, de ce que les Etats veulent et du point de vue de l'économie qui a aussi sa logique propre. La RSE est donc une construction en recherche, nous l'avons vu à Settat où le président de la région, M. Ziatt a résumé l'équation : « peut il y avoir un emploi durable sans croissance forte et responsable et peut il y avoir croissance responsable sans responsabilité sociétale de l'entreprise ? ».

Aujourd'hui l'acuité de la crise et les dérives du marché financier illustrées par les manifestants contre Wall Street et les critiques contre le capitalisme qui privilégie le profit au détriment de l'homme font que la RSE est devenue un mouvement de fond. Où en est-on aujourd'hui ?

On est arrivé à un moment où il y a des modes de régulation, la loi, le marché.. La question qui se pose aujourd'hui, c'est peut-on trouver en ne recourant pas forcément à la loi et en voyant les limites du marché, une forme de coopération, une relation contractuelle qui permettra au développement économique d'être à la fois social, environnemental, sociétal …C'est cela la dynamique de la RSE qui doit permettre de trouver des équilibres dans une planète qui demain doit nourrir 9 milliards de personnes. L'Afrique a son mot à dire dans cette dynamique et le Maroc a déjà choisi un schéma de gestion avec le label de la CGEM qui est intéressant. Nous l'avons vu avec la présentation de M. Horani président de la Confédération qui a mis l'accent sur le 7e chantier, celui de la RSE qui implique l'activation de nouveaux moteurs. C'est un exemple de contrat entre le monde économique, la société et des principes regroupés dans la charte qui vont du respect des droits humains, à la protection de l'environnement, à l'amélioration des conditions de travail, à la prévention de la corruption, aux règles de saine concurrence, à la transparence, au respect des clients consommateurs, à la RSE des fournisseurs et sous traitants et au développement de l'engagement sociétal.

Nous avons évoqué les changements climatiques en Afrique. Dans la RSE, les enjeux du développement durable sont fortement présents. Vous êtes vous-même auteur de plusieurs ouvrages sur le développement durable. Pourquoi cette sensibilité de plus en plus forte sur cette éco-conception et consommation responsable ?

La question qui est posée à travers le Développement durable (DD) c'est comment faire du développement et permettre à la population d'accéder à un niveau de vie satisfaisant, dans des conditions compatibles avec des principes politiques de droit et des principes de la réalité de la planète en préservant des ressources limitées et des principes de coopération parce qu'il y a un enjeu de répartition. La croissance et la performance économique posent la question du bon niveau de rémunération. La RSE apporte une réponse qui n'existait pas dans le monde anglo-saxon où les entrepreneurs peuvent gagner de l'argent sans limite ou dans le monde très administré, planifié, communiste qui n'a pas abouti. Dans la réflexion en cours, on se demande puisque l'Etat et le Marché n'ont pu apporter de réponse, qui peut le faire ?

Question importante, qui peut le faire ?

Dans une entreprise, la question du manager c'est comment faire avec sa population locale, avec les différentes composantes, les parties prenantes ? Comment les faire entrer dans une vision de développement de long terme. Auparavant, le schéma classique, ce sont les actionnaires, les salariés, les clients ; avec la RSE on essaie d'intégrer dans une vision de projection les attentes de la société en terme de sécurité, de santé, de préservation de l'environnement …Ce sont des exigences qui peuvent être intégrées soit au nom de l'efficacité de l'intérêt économique ou au nom d'une conviction.

Mais attention, la RSE peut devenir demain une contrainte. Avec le principe de diligence raisonnable étendue aux chaînes d'apprivoisement des multinationales, avec les appels d'offres qui sélectionnent les fournisseurs, la mondialisation pourra abattre de nouvelles cartes de plus en plus contraignantes pour les entreprises africaines ?

La RSE devient une exigence. Mais nul n'est obligé d'en faire et les entreprises pourront continuer en respectant la loi. Mais d'autres entreprises labellisées RSE seront préférées car la dynamique est partie. Le mouvement pour le moment est volontaire, nous sommes au niveau des Etats, des grands donneurs d'ordre, dans l'incitation, mais l'évolution est là, celle de tenir de plus en plus compte des entreprises labellisées RSE. Pourquoi ? Parce que l'entreprise va y trouver un avantage, une contrepartie a son effort, la collectivité aussi. Nous sommes dans une logique mixte, d'incitation au progrès pour favoriser un développement durable.

On sait que les organisations internationales, Nations unies, OIT, OMC, OCDE travaillent sur le sujet. En France, il y a eu une pression des ONG, il y a eu Grenelle et plusieurs forums dédiés à la question. Comment la dynamique RSE a-t-elle pris en France ?

C'est comme partout, cette dynamique c'est le résultat d'une demande de la société qui par le consommateur, l'actionnaire, l'investisseur exige de plus en plus la transparence, le respect de l'environnement.. Le premier levier, c'est la non-acceptation par la société de comportements anti sociaux. Les produits des sociétés qui ne respecteront pas ces conditions seront par exemple boycottés. Vous avez donc une pression de la société qui s'exerce. Les Etats peuvent aussi par le biais des marchés publics exercer une pression. Vous avez le mouvement des investisseurs qui ne veulent pas de « coups cachés » et préfèrent les entreprises transparentes. Les vrais leviers sont là.

Les présidents et directeurs généraux de ces 19 banques de développement viennent de fonder à Washington l'International Development Finance Club' (IDFC) et ont signé la charte du nouveau réseau. Les membres du Club sont, l'Agence française de Développement (AFD), la CDG au Maroc, différentes banques du Chili, de Colombie, du Brésil, de Grèce, du Honduras, de Chine, du Venezuela, de Croatie, d‘Afrique du Sud, d'Indonésie, de Turquie, du Japon, de Corée du Sud, du Mexique, de Russie et la KFW Allemande, dont le PDG de KFW Bankengruppe, Ulrich Schröder a été élu comme président de club dont les membres ont décidé de regrouper leurs forces pour lutter contre le changement climatique, trouver des financements durables pour les infrastructures publiques et participer au développement social. En un mot d'intégrer la RSE ?
Les grands bailleurs de fonds ou institutions publiques dont l'argent provient des Etats ne doivent pas financer n'importe quoi et n'importe comment. Il y a une exigence publique et ils ne veulent pas prendre de risques. Cette tendance est essentielle, et le développement durable social et environnemental est au cœur de leur responsabilité. La RSE va devenir un paramètre sur lequel on va juger les entreprises, demain cela sera plus contraignant.

Vous avez évoqué dans vos ouvrages cette comptabilité sociétale qu'il faut intégrer, généraliser et standardiser. C'est le champ de l'IASB, des autorités de marché, de l'ISO… ?

C'est un sujet concret, car le socle de la RSE, ce n'est pas la signature de bonnes intentions, mais une dynamique qui s'appuie sur une comptabilité sociétale. Nous mesurons par exemple la création de carbone d'une société et dans notre institut RSE Management nous fondons notre contribution sur un aspect de la RSE qui est la transparence. Une entreprise doit faire en sorte qu'elle puisse dire dans ses rapports financiers ou autre rapport où elle en est. Nous aidons les entreprises à mesurer leur situation, leur performance sociale, environnementale, nous faisons du reporting en attendant la construction d'outils de reporting universel intégré aux comptes, vérifiable, comparable, opposable.

Suite à une erreur technique, nous republions l'intégralité de l'entretien qui a été tronquée des deux dernières questions-réponses.

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