Régions

Archéologie

Casablanca, une «mine» préhistorique

LE MATIN

Un fossile de fémur démontre une présence humaine de plus d'un million d'années.

Un fossile de fémur démontre une présence humaine de plus d'un million d'années.

Un programme de recherches conduit depuis 1978 a permis, récemment, de découvrir un nouveau reste humain fossile dans la carrière Thomas I. Ce fossile est un des plus rares fémurs humains découverts sur le continent africain. Casablanca est mondialement connu pour son patrimoine préhistorique. Des sites majeurs y ont été découverts dès le début du siècle.

Lorsqu'on circule sur la route côtière de Casablanca en direction d’El Jadida et que l'on dépasse le très remuant quartier de Aïn Diab, il faut prendre un moment pour s'arrêter. Là, à l’ancienne carrière Thomas on risque de fouler l’un des plus vieux vestiges de l’histoire de l’humanité. Même si cette carrière n’attire pas l'attention, à première vue, tant elle ressemble un terrain vague, qui attend la construction d’habitations. Carrière désaffectée depuis la fin des années 80, formée par trois parois et des remblais dont la moitié a été remblayée par les propriétaires au milieu des années 90, elle abrite pourtant l’un des sites préhistoriques les plus remarquables du pays et de la région.

Selon Abderrahim Mohib, chercheur en préhistoire et conservateur principal des monuments et des sites, la découverte d’un niveau archéologique «L» dans la carrière Thomas 1, daté d'environ 1 million d'années, riche en outillages acheuléens anciens et en restes d'hippopotame représente aujourd'hui la trace de l'occupation humaine la plus ancienne au Maroc. «Les trouvailles démontrent aujourd'hui que l'aventure humaine des hommes préhistoriques débute au sud-ouest de Casablanca avec la culture matérielle acheuléenne au niveau archéologique “L” du site de Thomas I. L'existence d'une présence humaine très ancienne, il y a 1 million d'années, est donc certaine dans le gisement de carrière Thomas 1 à Casablanca», nous informe Abderrahim Mohib. Les recherches archéologiques menées dans les carrières Thomas et dans d’autres sites préhistoriques sont menées dans le cadre d’un programme de recherches qui porte le nom de «Préhistoire du Grand Casablanca». Le programme a débuté en 1978 dans le cadre de la coopération entre le Maroc et la France, établie par le Service de l’archéologie du ministère des Affaires culturelles et poursuivie aujourd’hui par l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine. Les opérations sont menées dans un contexte urbain où s’exerce une forte pression immobilière, et les sites subissent des agressions qui mettent en péril leur préservation à long terme. Dernièrement, un nouveau reste humain fossile de première importance, un fémur rapporté à Homo Rhodesiensis, a été identifié dans la grotte à hominidés de la carrière Thomas I à Casablanca.
Ce fossile Thomas I est un des plus rares fémurs humains découverts sur le continent africain pour tout le Pléistocène moyen (de 780 000 à 125 000 ans). Il peut être comparé à un autre fossile marocain provenant d'Aïn Maarouf (province d’El Hajeb).

«Ces restes nous renseignent sur la taille, la robustesse et la locomotion de nos lointains prédécesseurs. Le spécimen de Casablanca nous montre aussi que ces hommes pouvaient être la proie des carnivores et des charognards. D’après les nombreuses datations radiométriques et études géologiques effectuées sur le site, l’âge du fossile est estimé à 500 000 ans minimum», nous rapporte Abderrahim Mohib. Ce niveau avait déjà livré plusieurs restes humains : en 1969 une hémi-mandibule, entre 1994 et 2006 des restes dentaires (prémolaires et incisives), en 2008 une mandibule complète, en 2009 un fragment de mandibule d’enfant et quelques autres fragments crâniens sont les premiers de cet âge découverts au cours de fouilles scientifiques rigoureuses. Aujourd’hui, la carrière Thomas I est un gisement incontournable pour la connaissance des premiers peuplements d’Afrique du Nord-Ouest à un moment clé de l’évolution humaine (homo vers les hommes anatomiquement modernes) et la communauté scientifique et les responsables doivent se mobiliser pour en assurer la protection définitive. 

Le berceau préhistorique au Maroc

La métropole dispose d'un riche passé historique. Ses origines s'enracinent dans les temps les plus reculés de notre histoire ancienne. Les recherches ont permis d'identifier et de repérer dès le début du siècle dernier de nombreux sites préhistoriques et paléontologiques exceptionnels. Aujourd'hui, les sites majeurs de la préhistoire ancienne au Maroc qui existent encore et qui ont été mis en évidence par l'équipe de scientifiques sont : le gisement de Sidi Abderrahmane cunette, la carrière Thomas I, le gisement d'Ahl Loghlam et la grotte des Rhinocéros à la carrière Oulad Hamida I. Les études archéologiques et géologiques entamées sur le territoire de Casablanca depuis la fin du 19e siècle ainsi que les travaux de construction et l'ouverture de vastes carrières de pierre et de sable pour la construction du Port de Casablanca (à partir de 1907) sont à l'origine de la découverte de multiples sites préhistoriques et paléontologiques.

Restez informés de l'actualité en continu