18 Octobre 2012 À 19:48
❶ Le Matin Eco : sur quoi ont porté vos récents entretiens avec le président du Conseil économique et social marocain ?Jean-Paul Delevoye : un an et demi après ma précédente visite au Maroc, je suis revenu voir le président du Conseil économique et social marocain, Chakib Benmoussa, et je lui ai exprimé mon admiration pour la qualité du travail accompli durant cette période courte, malgré la jeunesse de cette institution. Il va sans dire que le Conseil a gagné largement en crédibilité auprès de la population grâce aux sujets auxquels il s’est attaqué, à savoir l’emploi, la santé, l’éducation... Ces problématiques ont été abordées par le Conseil, il faut le reconnaître, sans complaisance.
❷ Existe-t-il une convergence entre les sujets traités par le Conseil marocain et le vôtre ?Évidemment. D’ailleurs, ma réunion avec M. Benmoussa et son équipe m’a confirmé ce constat. Le Conseil économique et social français a abordé aussi de nombreuses questions traitées par le Conseil marocain, notamment celles de l’égalité entre les sexes, de l’emploi, de la santé, de l’éducation, etc. Notre institution et la vôtre peuvent se targuer d’être des espaces de discussion neutres où les débats peuvent se construire avec une volonté d’apaisement et de réflexion dans l’objectif de trouver des solutions.
❸ Y a-t-il donc une ressemblance dans les prérogatives des deux Conseils ?Tout à fait. Les deux institutions ont les mêmes pouvoirs, sauf qu’en France, le Conseil a la prérogative d’être saisi par les citoyens à travers ce qu’on appelle «la pétition citoyenne». J’estime, dans ce sens, que le Conseil marocain devra également être doté de ce pouvoir parce que les citoyens à travers le monde exigent aujourd’hui d’être co-constructeurs du futur. Ils ne veulent plus subir une décision sans l’avoir comprise. Il ne faut pas oublier que le Conseil remplit aussi une mission de prédiction. Cette institution mène, en effet, des réflexions à court, à moyen et à long termes pour une bonne visibilité sur l’avenir.
❹ Votre institution existe depuis plus d’un demi-siècle. Comment a-t-elle donc évolué ?Le Conseil a gardé les mêmes prérogatives depuis plusieurs années. Le débat a été lancé à l’époque des gouvernements sous la Présidence de Sarkozy autour du rôle que devait remplir le Conseil. Je pense que l’exécutif s’est vite rendu compte qu’il fallait ouvrir «une chambre» aux citoyens. C’est ainsi que ce dernier a contribué à faire évoluer notre institution en instaurant la parité, en y introduisant des organisations représentant les jeunes et en intégrant des associations du monde écologique et environnemental. Ces démarches nous ont permis d’avoir une meilleure représentativité de la société civile. Le Conseil a aussi été doté de pouvoirs supplémentaires grâce auxquels il peut être saisi par le Premier ministre, par le président de l’Assemblée nationale et par le président du Sénat.
❺ Quelle évaluation faites-vous du travail réalisé par le Conseil économique et social au Maroc ?J’estime que son travail est d’une très grande qualité. J’ai été impressionné par la teneur des avis et la richesse des débats lancés au sein de cette institution. Le Conseil traite des sujets difficiles qui peuvent influencer l’avenir du pays. C’est justement le rôle que doit remplir une telle institution.
❻ Quel rôle la France peut-elle jouer pour la consolidation des relations entre le Maroc et l’UE et promouvoir l’idée de statut avancé ?Je pense que tous les Marocains savent qu’ils peuvent compter sur la France pour accompagner le développement au Royaume et être à l’écoute des problématiques marocaines. Nos deux pays partagent des liens historiques de partenariat et des relations d’amitié, de respect et de soutien réciproques. Partant de ces convictions, il apparaît évident que le gouvernement français nourrit la volonté de bâtir avec le Maroc un partenariat encore plus renforcé, dans la mesure où le statut avancé renforce d’office les relations qu’entretient le Royaume avec l’Europe. Les pays européens l’ont ouvertement déclaré : si leur avenir passe par l’Est, leur stabilité passe forcément par les politiques au Sud. Il devient donc nécessaire d’associer d’une manière plus large le bassin méditerranéen à une politique économique globale et à long terme.