Spécial Salon de Genève

un patrimoine à réhabiliter

Vendredi prochain, le 30 novembre, marquera le cinquième anniversaire de la promulgation de la loi 69-99 relative aux archives. Grâce à l’Institution «Archives du Maroc», créée en vertu de ce texte, notre pays s’efforce de rattraper le retard accumulé dans ce domaine depuis des décennies. Qu’est-ce que les archives ? Quelles sont leurs catégories ? Comment ont-elles été gérées jusqu’à 2007 et comment les valoriser et les préserver ?

22 Novembre 2012 À 15:43

Véritable patrimoine de la nation, les archives revêtent une importance cruciale. Elles représentent une mine inépuisable d’informations et un important canal de transmission du savoir. Conserver et valoriser les archives nationales revient en fait à préserver la mémoire collective des  Marocains.Vendredi prochain, le 30 novembre, marquera le cinquième anniversaire de la promulgation de la loi 69-99 relative aux archives. Après plus de 50 ans d’indépendance, le Maroc s’est doté en 2007 d’une loi… qui attend toujours ses décrets d’applications. C’est dire le retard énorme pris par notre pays dans ce domaine et tout ce que cela suppose comme pertes de documents et de données et avec eux des pans entiers de notre histoire.Avec ce nouveau texte de loi, l’espoir est permis de voir les choses s’améliorer dans les prochaines années. Mais au-delà du cadre juridique, c’est sur les mentalités qu’il faudrait agir. Selon Jamaâ Baïda, directeur des Archives du Maroc, il est primordial de mener un véritable travail de sensibilisation pour pousser les gens à changer la conception qu’ils se font des archives. «Nos compatriotes, à tous les niveaux, doivent prendre conscience de tout l’intérêt patrimonial des archives, en plus de leur valeur en tant que preuve de la gestion administrative dans un État de droit», souligne-t-il. En effet, la gestion des archives ne doit plus être considérée comme une tâche ingrate qu’on confie à un fonctionnaire pour le sanctionner ou le «placardiser». Malheureusement, jusqu’à présent, cette conception reste de mise dans certaines administrations et entreprises. «Lorsque ces archives cessaient d’être actives, on les jetait tout simplement dans des caves humides ou bien on s’en débarrassait en vue de libérer de l’espace pour les bureaux des fonctionnaires. Ces pratiques, qui existent encore sans pour autant être généralisées, ont très probablement privé le Maroc d’un patrimoine irremplaçable», déplore M. Baida. En tout cas, le Maroc semble bien décidé à se réconcilier avec ses archives et à les traiter avec les égards qu’elles méritent. L’institution «Archives du Maroc» est créée. Elle est en train de se doter des moyens matériels et humains qui lui permettront de s’acquitter de sa mission. Certes, le pari est loin d’être gagné et beaucoup de choses restent à faire. Mais un grand pas en avant a déjà été franchi.

 

Qu’est-ce que les archives ?

Demandez autour de vous la définition du terme archives et vous verrez les réponses. On vous dira certainement qu’il s’agit d’«un document ou un ensemble de documents anciens, c’est de la paperasse d’une entreprise ou d’une administration dont on n’a plus besoin et qui est entreposée dans une cave quelque part !» Une définition bien simpliste, mais qui reste communément partagée par la plupart des gens. Sauf que la compréhension des «archives» de cette manière est certainement fausse. Car son acception est bien plus globale. Selon le premier article de la loi n°69-99 relative aux archives du Maroc : «Les archives sont l’ensemble des documents, quels que soient leur date, leur forme et leur support matériel, produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par tout service ou organisme public ou privé, dans l’exercice de leur activité. La constitution et la conservation de ces documents sont organisées dans l’intérêt public tant pour les besoins de la gestion et de la justification des droits des personnes physiques ou morales, publiques ou privées, que pour la recherche scientifique et la sauvegarde du patrimoine national.» Une définition officielle, mais qui traduit l’importance primordiale des archives. Il faut savoir qu’au fur et à mesure de notre activité, qu’elle soit personnelle ou pour le compte d’une administration ou entreprise privée, nous produisons des documents sous plusieurs formes et de diverses natures qui sont baptisés «archives» dès leur création. Afin de préserver la mémoire collective, le document d’archive doit être transféré et conservé par l’institution des Archives, à travers des pratiques archivistiques appropriées, en vue d’en assurer la «communicabilité» pour le grand public.

 

Histoire des archives marocaines

 

C’est en 1926 que la Bibliothèque générale et archives (BGA) fut érigée en établissement public avec pour vocation de recevoir et de conserver les archives administratives. Après l’indépendance, la BGA a continué à remplir ses missions en recevant un fonds d’archives très important. En 1968, à la suite d’une décision ministérielle, les dépôts d’archives se faisaient au niveau du ministère de la Communication et du secrétariat général du gouvernement, puis les administrations étaient autorisées à gérer leurs propres archives.Ce n’est qu’en 2007, et après des recommandations de l’Instance équité et réconciliation, que le projet de loi relatif aux archives fut approuvé, permettant ainsi de combler le vide juridique constaté dans ce domaine. Promulguée en novembre de la même année, cette loi définit et réglemente les archives nationales et crée «Archives du Maroc», un établissement public chargé «principalement de sauvegarder le patrimoine archivistique national, d’assurer la constitution, la conservation, l’organisation et la communication des archives publiques à des fins administratives, scientifiques, sociales ou culturelles».Inaugurée en mai 2011, l’institution des Archives du Maroc compte actuellement parmi les vingt établissements publics stratégiques du Royaume. Elle est désormais sur les rails, mais il lui reste beaucoup à faire pour atteindre ses objectifs et gérer au mieux le patrimoine national.

 

Catégories d’archives

 

Les archives se présentent sous deux différents types :Les archives publiques : elles sont produites par les administrations et les pouvoirs publics (ministères, fondations, établissements publics…) dans le cadre de leurs activités. Elles sont généralement appelées «Archives nationales» et leur communicabilité est régie par la loi. Les archives privées : elles sont l’apanage de leurs propriétaires privés, qu’elles soient des personnes physiques (individus), des partis politiques, des entreprises privées, etc. Leur gestion et leur communication sont prescrites par leurs détenteurs et tributaires d’une réglementation particulière. Le fait de distinguer entre les archives publiques et les archives privées semble parfois difficile à établir, vu que les acteurs des administrations publiques adhèrent à des associations ou des partis politiques et ils ont leurs dossiers qui se rapportent à des activités officielles et qui sont des archives publiques. Aussi bien que des documents qui les concernent en tant que militants associatifs, députés, etc., qui constituent leurs archives privées.

 

Archives électroniques

 

Le numérique constitue une véritable révolution dans l’histoire de la mémoire de l’humanité, en ce sens qu’il facilite et améliore sa transmission. En effet, l’information est devenue une donnée omniprésente dans la société, le numérique a ainsi, modifié nos habitudes de travail, Internet et l’utilisation du mail ont modifié les pratiques des échanges entre les individus ou entre les entreprises qui, en parallèle, sont tenues de conserver ce type de documents. Jusqu’à nos jours, celles-ci pratiquent un archivage papier, mais que faire de la documentation électronique qui se développe de plus en plus ?L’Unesco résume cette problématique de la manière suivante : «Tant que l’information a emprunté des supports physiques pour circuler, elle faisait trace. Même sans s’en préoccuper, il reste toujours quelque chose de la trace, quelque chose qui se transforme en archive. Mais l’informatique a ce défaut congénital : si l’on ne sauvegarde pas, on efface.» Les archives numériques de valeur patrimoniale doivent donc être protégées et préservées à long terme au même titre que les autres catégories de documents qui possèdent une valeur historique. Cependant, l’archivage électronique nécessite l’intégration de nouvelles pratiques et la mise en place de systèmes robustes pour bien gérer ce capital informationnel résultant des activités de l’organisation, et implique également des investissements importants en ressources humaines, matérielles, et surtout en temps.L’archivage des documents, qu’ils soient numérisés ou nativement électroniques, doit s’inscrire dans une démarche à long terme, sécuriser les documents et les données et limiter leur modification afin d’assurer leur conformité et les rendre facilement accessibles. À côté des outils de gestion électronique des documents (GED) adaptés aux documents en cours, il existe des solutions d’archivage électronique pour les documents figés, tels le coffre-fort électronique, la bandothèque…

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