Francfort reste la grande messe mondiale de
l’Aftermarket. Du 8 au 12 septembre courant,
Automechanika a réuni 4.400 exposants venus de 80 pays et plus de 112.000 visiteurs professionnels représentant 173 nationalités. Un rendez-vous toujours solidement ancré dans les métiers traditionnels de la rechange, mais dont les halls racontaient cette année une histoire sensiblement différente.
Filtres, freins, batteries, lubrifiants, équipements d’atelier ou pièces moteur occupaient toujours leur place. À leurs côtés, logiciels, outils de diagnostic, solutions connectées, intelligence artificielle (IA) et technologies dédiées aux véhicules électrifiés ont cependant pris une ampleur difficile à ignorer.
Le salon lui-même avait placé l’IA, l’électromobilité, la numérisation et les véhicules définis par logiciel parmi ses grands thèmes.
Cette évolution répond à une transformation profonde du véhicule. La multiplication des
systèmes électroniques, des aides à la conduite, des architectures haute tension et des fonctions pilotées par logiciel impose de nouvelles compétences aux ateliers. Identifier une panne ne dépend plus seulement de l’expérience mécanique. Il faut désormais être capable de lire des données, d’interroger les calculateurs, de calibrer un
système d’aide à la conduite avancée (ADAS) ou d’intervenir sur un système électrique complexe. Les
Innovation Awards ont donné une bonne mesure de cette nouvelle réalité. Parmi 185 candidatures, les solutions distinguées comprenaient notamment un robot autonome d’inspection de véhicules, un assistant de diagnostic reposant sur l’intelligence artificielle ou encore un système numérique consacré au retour et à l’évaluation des pièces usagées. Bosch a notamment présenté un assistant de diagnostic utilisant l’IA pour accélérer la recherche de pannes, tandis que ZF a mis l’accent sur la formation haute tension, les outils numériques et l’accompagnement des ateliers face à des véhicules de plus en plus complexes. La boîte à outils du réparateur ne disparaît pas. Elle s’enrichit désormais de logiciels, de données et d’algorithmes.
Le nouveau format
HighTech4Mobility symbolisait d’ailleurs cette évolution.
Installé dans la Festhalle, il réunissait industriels, spécialistes du logiciel, startups et acteurs de l’après-vente autour des données véhicule, de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et des nouveaux services numériques.
Réparer davantage, mais autrement
Cette montée en puissance du numérique ne signe pourtant pas la disparition de la pièce. Elle modifie plutôt la manière de la diagnostiquer, de la remplacer et, de plus en plus souvent, de la remettre en état. Le remanufacturing figurait ainsi parmi les sujets importants de cette édition. L’objectif est simple : prolonger la durée de vie d’un composant plutôt que de systématiquement le remplacer par un neuf. Une logique connue depuis longtemps pour les alternateurs, démarreurs ou étriers de frein, mais qui s’étend désormais aux composants des véhicules électrifiés.
Le
Green Award décerné à
Autocraft en apporte une illustration. Son programme
«Revive EV Battery Workshops» repose sur la réparation et le reconditionnement des batteries haute tension. L’idée n’est plus de considérer systématiquement une batterie défaillante comme un bloc à remplacer, mais d’identifier les éléments concernés et d’intervenir lorsque cela est techniquement possible. Automechanika avait également consacré une nouvelle Remanufacturing Day à ces pratiques, en partenariat avec Apra Europe. Dans un contexte où le coût des pièces, l’accès aux matières premières et les objectifs environnementaux deviennent des sujets de plus en plus sensibles, cette approche prend une nouvelle dimension économique.
Le phénomène dépasse d’ailleurs la seule
électromobilité. Le marché mondial de
l’après-vente continue de progresser, porté notamment par l’allongement de la durée de vie des véhicules et le poids croissant du marché indépendant. Selon les données présentées par les organisateurs avant le salon,
Frost & Sullivan anticipait une croissance mondiale de 5,8% du secteur en 2026. Cette croissance ne signifie donc pas que
l’Aftermarket conservera les mêmes recettes. Les équipementiers cherchent désormais à associer la pièce au service : données techniques, assistance au diagnostic, plateformes numériques, formation et accompagnement deviennent progressivement aussi stratégiques que le produit lui-même. Pour les ateliers indépendants, l’enjeu sera surtout de suivre le rythme. Diagnostic ADAS, véhicules électriques, haute tension et nouvelles techniques de réparation figuraient parmi les formations proposées à Francfort.
Ce qui se joue aujourd’hui dans les halls d’Automechanika concerne aussi, à terme, le marché marocain. Avec la progression des véhicules hybrides et électriques et l’arrivée de modèles toujours plus connectés, distributeurs, équipementiers et réparateurs devront à leur tour élargir leurs compétences.
L’électrification ne met donc pas fin à la réparation. Elle en déplace les frontières. Après avoir appris à remettre en état les moteurs thermiques et leurs périphériques, l’Aftermarket se prépare désormais à réparer des batteries, diagnostiquer des logiciels et exploiter les données d’une voiture devenue elle-même un véritable réseau roulant.
Le Maroc au rendez-vous de Francfort
Déjà rencontré à Automechanika Istanbul, le pavillon marocain a de même fait le déplacement à Francfort. Organisée en partenariat avec l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), cette présence collective a permis à huit fabricants marocains d’exposer leur savoir-faire au cœur du plus grand rendez-vous international de l’Aftermarket automobile. Siprof, Plastex Maroc, Sinfa Cables, Bright Sud, Flexi Ressorts, Plastics Plating, AZS Manufacturing et SM2F ont ainsi représenté l’industrie nationale dans les halls de Messe Frankfurt.
Pièces, composants, câblage ou encore solutions industrielles : leur présence témoigne des ambitions des entreprises marocaines sur les marchés internationaux. Après Istanbul, Francfort constitue une nouvelle vitrine pour ces acteurs qui cherchent à développer leurs débouchés à l’export et à nouer des relations avec distributeurs, équipementiers et professionnels venus du monde entier.
Automechanika Frankfurt 2026 en chiffres
Automechanika Frankfurt 2026 a accueilli plus de 112.000 visiteurs professionnels venus de 173 pays. Parmi eux, 70% étaient étrangers, preuve du caractère très international du rendez-vous. Les 4.400 exposants représentaient pour leur part 80 pays et couvraient l’ensemble de la chaîne de valeur de l’après-vente automobile.
De même, le Salon proposait près de 500 événements, entre conférences, formations, démonstrations et nouvelles zones thématiques.
HighTech4Mobility faisait partie des principales nouveautés de cette édition, aux côtés de l’Experience Park, de la Pit Lane ou encore de la Classic Alliance. Les organisateurs ont par ailleurs annoncé que 90% des exposants prévoyaient déjà de revenir lors de la prochaine édition. Du côté des visiteurs, 96% se sont déclarés satisfaits de leur passage à Francfort et 89% recommanderaient le salon. Une fidélité qui confirme le rôle d’Automechanika comme principal rendez-vous mondial de l’Aftermarket automobile.