Pourquoi le Maroc est une « mémoire de la Terre » selon l’écrivain Abdessamad Senhaji Rhazi
Et si le Maroc était l’un des rares endroits au monde capables de raconter presque toute l’histoire de l’univers et de l’humanité ? C’est la thèse spectaculaire défendue par Abdessamad Senhaji Rhazi dans son nouvel ouvrage « Le Maroc, Carrefour de l’évolution de l’atome à la culture », présenté récemment à Rabat lors d’une conférence organisée en hommage au grand paléoanthropologue Yves Coppens, célèbre codécouvreur de Lucy disparu en 2022
Abdessamad Senhaji Rhazi lors de la présentation de son ouvrage en hommage à Yves Coppens à Rabat. Ph. Rhoni
Saloua Islah
20 Mai 2026
À 09:15
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« L’homme est lié à l’univers par son origine atomique, à la vie par son origine chimique et à la société par son identité culturelle ». C’est autour de cette réflexion qu’Abdessamad Senhaji Rhazi a construit vendredi à Rabat une conférence consacrée à « Le Maroc, Carrefour de l’évolution de l’atome à la culture », un ouvrage qui reflète sa fascination pour l’histoire de l’évolution humaine et la mémoire géologique du Royaume, présenté en hommage à feu Yves Coppens, codécouvreur de Lucy, grand paléoanthropologue français et ami proche de l’auteur marocain.
Durant cette rencontre, l’architecte, écrivain et passionné de préhistoire a longuement expliqué le sens du titre de son livre. Selon lui, raconter « de l’atome à la culture » revient à retracer une seule et même histoire, celle qui commence avec les premiers atomes nés après le Big Bang avant de traverser la formation de la Terre, l’apparition de la vie puis l’évolution humaine jusqu’au langage, aux civilisations et à la culture. « Nous sommes faits d’atomes nés dans l’univers », a rappelé l’auteur, estimant que l’homme reste profondément lié à l’histoire cosmique et géologique de la planète.
Mais le cœur de l’intervention portait surtout sur la place du Maroc dans cette longue histoire de l’évolution. Abdessamad Senhaji Rhazi considère que le Royaume possède l’un des patrimoines scientifiques et préhistoriques les plus riches au monde.
Et pour en apporter la preuve, il a rappelé qu’à Jebel Irhoud, les chercheurs ont découvert le plus ancien Homo sapiens connu au monde, daté de 315.000 ans, une découverte qui avait bouleversé plusieurs théories sur les origines humaines. À Casablanca, dans la Carrière Thomas, des restes humains vieux de plus de 500.000 ans ainsi qu’un biface datant de 1,2 million d’années ont également été mis au jour. L’auteur a aussi évoqué les fossiles de dinosaures du sud-est marocain, devenus des références internationales, ainsi que les météorites rares retrouvées dans le Sahara marocain, y compris des fragments provenant de Mars et étudiés aujourd’hui dans plusieurs laboratoires scientifiques à travers le monde.
Pour l’écrivain marocain, cette concentration exceptionnelle de traces géologiques, paléontologiques et humaines explique pourquoi il décrit le Royaume comme une véritable « mémoire de la Terre ». Le scientifique a également souligné que le Maroc joue un rôle important dans l’observation astronomique grâce à des sites comme Oukaïmeden, où la qualité du ciel permet des recherches internationales sur les exoplanètes, les comètes et les astéroïdes. À ses yeux, le Royaume réunit ainsi des traces liées à l’univers, à l’histoire de la Terre et aux origines humaines dans un même espace géographique.
La rencontre a pris une dimension plus intime lorsque l’architecte et écrivain marocain est revenu sur sa relation avec Yves Coppens, disparu en 2022. Abdessamad Senhaji Rhazi a raconté que le codécouvreur de Lucy fut l’un des premiers à l’encourager à transformer sa passion pour l’évolution humaine en livre. En évoquant leur relation, l’auteur a également rappelé une audience royale durant laquelle le grand paléoanthropologue français avait restitué au Maroc des fossiles humains vieux de plus de 500.000 ans,découverts à Casablanca près de soixante ans auparavant. À travers ce souvenir, le passionné de préhistoire a surtout voulu rappeler l’importance que le scientifique français accordait au patrimoine marocain et à la place du Royaume dans l’histoire des origines humaines. Selon lui, cette terre « cache encore plusieurs pages de l’histoire de l’humanité » et mérite aujourd’hui d’être davantage protégée, étudiée et préservée.