Nadia Ouiddar
20 Juillet 2026
À 10:00
Le Matin : Qu’est-ce qui vous a inspirée pour imaginer la collection «Néo Beldi» ?
Sara El Ouarga : Ce qui m’a inspirée pour imaginer la collection «Néo Beldi», c’est avant tout la richesse de notre héritage marocain. Nous avons un patrimoine exceptionnel, rempli de savoir-faire, de couleurs et de détails qui méritent de continuer à vivre dans notre quotidien. Mon envie était de le réinterpréter avec une approche contemporaine, tout en restant fidèle à son identité. Cette collection raconte le voyage de la lumière tout au long de la journée. Elle se décline en trois temps : le jour, le crépuscule et la nuit. Chaque pièce traduit cette évolution à travers ses couleurs, ses matières et ses détails, en créant une garde-robe qui accompagne naturellement chaque moment de la journée.
Quels codes du vêtement traditionnel marocain avez-vous souhaité réinterpréter, et comment les avez-vous adaptés aux attentes d’aujourd’hui ?J’ai voulu ré-interpréter les codes du vêtement traditionnel marocain en mettant l’accent sur ce qui fait sa richesse : les matières, les broderies et le savoir-faire artisanal. Pour moi, il ne s’agit pas de reproduire le traditionnel, mais de le faire évoluer. Lorsque les matières sont simples, je cherche à les enrichir à travers les détails : des broderies, de la passementerie, de la «Sfifa» ou de «Laâkad», réalisés avec le savoir-faire de nos artisans. À l’inverse, lorsque je travaille des matières déjà très riches, j’essaie de mettre en valeur leur beauté en gardant des lignes plus épurées, afin que chaque détail puisse s’exprimer. C’est cet équilibre entre simplicité et richesse qui définit ma vision : préserver nos techniques artisanales tout en les intégrant dans des vêtements contemporains, pensés pour être portés au quotidien.
Comment avez-vous travaillé le choix des matières, des coupes et des couleurs pour créer cette identité contemporaine ?Le choix des matières, des coupes et des couleurs s’est construit autour du fil conducteur de la collection : le voyage de la lumière, du jour jusqu’à la nuit. C’est ce récit qui a guidé chaque décision. La première partie, dédiée au jour, se compose de couleurs claires et lumineuses, de matières fluides et légères, avec des broderies discrètes et des détails délicats qui évoquent la douceur de la lumière du matin. La transition vers le crépuscule se traduit par une palette plus chaude, inspirée du coucher de soleil, avec des nuances de bronze, de rouge et de tons ambrés. Les matières gagnent en caractère et les détails deviennent plus présents, tout en restant élégants. Enfin, la nuit révèle une expression plus intense de la collection. Les couleurs s’assombrissent, les matières deviennent plus riches et plus texturées, tandis que les broderies, la passementerie et les finitions prennent davantage d’importance. Les coupes sont plus affirmées et les silhouettes plus sophistiquées, pour traduire le caractère captivant et mystérieux de la nuit.
Quelle est, selon vous, la pièce emblématique de cette collection, et pourquoi ?Il est difficile de choisir une seule pièce, car chacune a été pensée avec la même attention et raconte une partie de l’histoire de la collection. Elles me tiennent toutes particulièrement à cœur.
S’il fallait en retenir une, ce serait le kimono. C’est la pièce maîtresse de la collection, celle qui incarne le mieux ma vision. J’aime sa polyvalence : il peut être porté de différentes façons et s’adapter à des styles et des occasions variés, du quotidien à des moments plus habillés. C’est une pièce intemporelle qui traverse les saisons et les usages. De même, j’ai un attachement particulier au bomber en brocart. Il apporte une dimension plus affirmée à la collection, avec davantage de caractère. Il revisite une silhouette contemporaine en y intégrant une matière riche et un savoir-faire artisanal, créant ainsi un équilibre entre modernité et héritage.
À quel public s’adresse le «Néo Beldi» ? Cherchez-vous à toucher une nouvelle génération de consommateurs ?Le «Néo Beldi» s’adresse à toute la famille et à toutes les générations. J’ai voulu créer une collection dans laquelle chacun peut se reconnaître. Oui, j’ai également à cœur de toucher la jeune génération. Je souhaite qu’elle soit fière de son patrimoine et qu’elle porte le vêtement marocain avec fierté, non seulement lors des grandes occasions, mais aussi dans son quotidien. Pour moi, notre héritage est vivant : il peut évoluer, s’adapter aux modes de vie d’aujourd’hui et parler à toutes les générations. Le «Néo Beldi» est justement cette rencontre entre tradition et modernité. Il montre que le vêtement marocain est intemporel, qu’il peut être revisité sans perdre son identité et qu’il a toute sa place dans le vestiaire contemporain.
Diamantine accompagne les jeunes créateurs. En quoi cette démarche peut-elle contribuer au renouvellement de la mode marocaine ?Je pense que soutenir les jeunes créateurs est essentiel pour faire évoluer la mode marocaine. Notre patrimoine est une formidable source d’inspiration, il mérite d’être réinterprété par de nouvelles générations, avec leur créativité et leur vision du monde. C’est dans cet esprit que nous avons lancé, en partenariat avec une école de renom, un concours dédié aux jeunes talents. Cette initiative leur offre une véritable opportunité d’exprimer leur créativité, de mettre en avant leur savoir-faire et de bénéficier d’un accompagnement concret. Le lauréat présentera très bientôt sa propre collection, et je trouve cela particulièrement important. Donner leur chance aux jeunes créateurs, c’est investir dans l’avenir de la mode marocaine, encourager l’innovation tout en valorisant notre héritage, et permettre à de nouvelles voix d’écrire le prochain chapitre de notre création.
Pensez-vous que cette nouvelle vision du vêtement marocain puisse renforcer le rayonnement du savoir-faire national, au Maroc comme à l’international ?Oui, j’en suis convaincue. Le savoir-faire marocain est d’une richesse exceptionnelle et il mérite d’être vu, porté et reconnu bien au-delà de nos frontières. En proposant une vision plus contemporaine du vêtement marocain, on montre qu’il est à la fois ancré dans son histoire et parfaitement adapté aux modes de vie d’aujourd’hui. Cela permet de toucher une nouvelle génération, au Maroc comme à l’international, tout en mettant en lumière le travail remarquable de nos artisans.
Pour moi, le rayonnement de la mode marocaine passe par cet équilibre : préserver l’authenticité de notre héritage tout en l’inscrivant dans une création actuelle, capable de dialoguer avec le monde.