26 Juin 2026 À 12:35
Jeudi, à 18 heures précises, Essaouira a rallumé ses lumières de fête avec le coup d’envoi de la 27e édition du Festival Gnaoua, donné depuis Bab Doukkala. En quelques minutes, les ruelles de la cité des Alizés se sont muées en un vaste fleuve humain, porté par les qraqeb, les tambours, les chants traditionnels et l’élan d’une foule venue célébrer une mémoire musicale toujours vibrante.
La parade inaugurale a réuni plusieurs confréries et traditions musicales marocaines dans une même célébration artistique. Derrière les Maâlems gnaoua défilaient les Aïssawa, les Hamadcha et les Jilala, dans une procession où chaque groupe conservait son identité, ses rythmes et ses codes.
Sur plusieurs centaines de mètres, le cortège a traversé la médina jusqu’à la grande scène, escorté par une foule compacte et les applaudissements nourris des spectateurs massés tout au long du parcours. Les youyous des femmes répondaient aux percussions, tandis que petits et grands esquissaient des pas de danse au milieu de la foule.
Les visages disaient à eux seuls l’esprit du festival : des Marocains venus de différentes régions, des visiteurs européens, américains, africains et d’ailleurs se retrouvaient dans la même foule, portés par la même joie de célébrer la musique et les traditions d’Essaouira.
Après cette entrée spectaculaire, la soirée s’est poursuivie sur la grande scène avec un spectacle d’ouverture pensé comme une fusion musicale, appelé à figurer parmi les moments marquants de cette édition. Sur scène, quatre univers que tout semblait éloigner ont pourtant trouvé un équilibre étonnant, dans une création où chaque tradition gardait sa singularité tout en s’ouvrant aux autres.
Le Maroc était représenté par Mehdi Nassouli, figure de la jeune génération gnaouie. À ses côtés, la troupe rwandaise iBuhoro, qui signait sa première participation au festival, a marqué les esprits en faisant découvrir au public toute la force de ses danses traditionnelles, entre gestuelle précise, chants scandés avec intensité et costumes saisissants.
Le dialogue se poursuivait avec la chanteuse indienne Ganavya, dont la voix, tour à tour douce et profondément expressive, rappelait les grandes traditions vocales du sous-continent indien. Sara Moullablad complétait cette création multiculturelle, tandis que le flûtiste et compositeur français Sylvain Barou en assurait la direction artistique.
Le plus surprenant tient sans doute au temps de préparation de cette création originale, qui n’a nécessité que trois jours de travail avant d’être présentée au public, affirme Sylvain Barou.
La soirée s’est poursuivie avec plusieurs maâlems parmi les plus attendus de cette édition, à commencer par Maâlem Mohamed Kouyou, venu de Marrakech, qui a retrouvé face à lui un public déjà familier de son répertoire. Dès les premières notes de «Ya Sandia», «Lalla Aïcha», «Sidi Hamou», puis de l’incontournable «Baba Mimoun», des milliers de spectateurs ont repris les refrains à l’unisson, transformant la grande scène en un immense chœur populaire.
Comme souvent au Festival Gnaoua, les concerts ont fait alterner répertoire traditionnel et créations fusionnelles, permettant au public de passer d’un univers musical à l’autre avec une fluidité qui fait toute la singularité de ce rendez-vous.