Saloua Islah
28 Juin 2026
À 15:05
Durant trois jours, la Cité des Alizés a vécu au rythme des sonorités gnaouies, des fusions artistiques et des performances réunissant des musiciens venus d'Afrique, d'Europe, d'Asie, des Amériques et du monde arabe. Les différentes scènes du festival ont offert un dialogue permanent entre le patrimoine ancestral gnaoui et les expressions contemporaines des musiques du monde.
La soirée de clôture, organisée sur la scène Moulay El Hassan, a été marquée par la prestation du Maâlem Hamid El Kasri, figure emblématique de l'art gnaoui. Avec son charisme et sa maîtrise du guembri, l'artiste a transporté le public dans un univers où spiritualité, puissance rythmique et émotion se sont entremêlées. À travers un répertoire mêlant tradition et modernité, il a une nouvelle fois démontré la capacité de la musique gnaoua à transcender les frontières culturelles.
L'un des temps forts de cette dernière soirée a également été la création collective réunissant le Maâlem Hassan Boussou et plusieurs musiciens internationaux, parmi lesquels Alexandre Herichon, Mohamed Derouich, Jacques Schwarz-Bart, Cheikh Ndoye, Karim Ziad et Meryem Assid. Entre guembri, qraqebs, balafon, cuivres et batterie, cette rencontre artistique a donné naissance à une fusion musicale audacieuse où improvisation et dialogue instrumental ont conquis le public.
Le festival a également offert l'une des collaborations les plus attendues de cette édition avec la rencontre entre Hamid El Kasri et l'artiste brésilien Carlinhos Brown. Mêlant les rythmes gnaouis aux percussions afro-brésiliennes, les deux artistes ont livré une prestation vibrante, entraînant les festivaliers dans une communion musicale où la scène et le public ne faisaient plus qu'un.
Au-delà des concerts, cette 27e édition a confirmé la vocation du Festival Gnaoua comme espace de réflexion et de transmission. Le Forum des droits humains, organisé pour la treizième année consécutive en partenariat avec le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), a réuni chercheurs, artistes, écrivains et acteurs de la société civile autour du thème « Jeunesses du monde : liberté, identité, avenir », ouvrant le débat sur les défis auxquels sont confrontées les nouvelles générations.
Le festival a également poursuivi son engagement en faveur de la formation à travers le programme Berklee at the Gnaoua and World Music Festival, organisé avec le Berklee College of Music des États-Unis. Pour la troisième année consécutive, cette initiative a permis à de jeunes musiciens de bénéficier d'ateliers et de masterclasses animés par des artistes de renommée internationale.
Dans la même dynamique, le partenariat avec l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) a été consolidé autour de la Chaire des Transitions, qui poursuit ses travaux de recherche sur le patrimoine gnaoui, ses évolutions et ses hybridations contemporaines, renforçant ainsi la dimension académique et patrimoniale du festival.
Cette édition a réuni 43 Maâlems gnaouis, venus des différentes régions du Royaume, aux côtés de centaines d'artistes internationaux. Une participation qui témoigne du rôle joué par le festival dans la préservation de cet héritage inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, tout en favorisant son renouvellement à travers la création contemporaine.
Au fil des éditions, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde s'est imposé comme bien plus qu'un rendez-vous musical. Il est devenu un laboratoire de création, un espace de dialogue entre les cultures et une vitrine du rayonnement culturel du Maroc. Une fois encore, Essaouira a confirmé sa place de capitale des musiques du monde, où les traditions continuent de se réinventer au contact des sonorités venues des quatre coins de la planète.