Nadia Ouiddar
16 Mai 2026
À 11:19
Meknès s’éveille au rythme de l’image animée. Jusqu’au 20 mai, la 24e édition du Festival international de cinéma d’animation de Meknès (FICAM), organisée par la Fondation Aïcha en partenariat avec l’Institut français du Maroc, transforme la Cité impériale en un carrefour de création mondiale. Sur le thème «La jeunesse fait son cinéma d’animation», cette édition 2026 place l’audace et la transmission au cœur de son ADN.
La jeunesse aux commandes
Le Festival s’est ouvert le vendredi avec une ambition renouvelée : donner le pouvoir à ceux qui façonnent les imaginaires de demain. Comme le souligne Fabrice Mongiat, directeur délégué de l’Institut français à Meknès, cette édition célèbre «l’audace, la créativité et l’engagement des nouvelles générations», tout en rappelant le rôle crucial du Festival dans la transformation des industries culturelles au Maroc et en Afrique.
Un hommage à la vision de Fayez Al-Sabbagh
Le temps fort de cette journée d’ouverture est l’hommage vibrant rendu à Fayez Al-Sabbagh, le visionnaire derrière «Spacetoon». Pour des millions de spectateurs dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), son nom est synonyme des premières émotions cinématographiques. Pionnier du doublage et de la production, il a su ancrer des œuvres mondiales dans la culture arabe, insufflant des valeurs d’amitié et de courage à travers des héros devenus éternels. Sa présence à Meknès, pour une conférence inaugurale intitulée «Grandir avec les images», permet de mesurer l’impact indélébile de son travail sur l’éducation et l’éveil des jeunes esprits depuis plus d’un quart de siècle.
Une compétition de haut vol et un panorama d’exception
Le FICAM confirme son statut de plateforme de référence avec trois compétitions internationales majeures : le court métrage, le long métrage et la compétition VR (réalité virtuelle). Le jury des courts-métrages, présidé par la réalisatrice française Sandra Desmazières, aura la lourde tâche de départager une quarantaine de films. Elle est entourée du producteur canadien André Kadi, de Yves Bouveret et de Yassine Lahrichi.
La sélection est un voyage à travers les styles : de la poésie de Sylvain Chomet («Marcel et Monsieur Pagnol») en ouverture, aux thématiques fortes comme l’enfance soldat dans «Allah n’est pas obligé» de Zaven Najjar, ou les défis climatiques de «Planètes». La clôture, avec «La vie de château, mon enfance à Versailles», offrira une note de tendresse confirmant la maturité d’un cinéma qui s’adresse désormais à tous les âges.
Meknès, une ville qui respire l’animation
Le FICAM ne reste pas confiné dans l’Institut français (IF), les salles obscures du Cinéma Dawliz ou du Théâtre El Mennouni. Il irrigue la cité. Le concept «Ciné Médina» porte le Festival au cœur de Dar Lakbira, du quartier Anassi et jusqu’à Moulay Idriss Zerhoun. Cette volonté de proximité se traduit par des projections en plein air et des interventions artistiques urbaines, faisant de l’animation un bien commun.
Le Forum des métiers : construire l’avenir
Parallèlement aux projections, le Festival déploie son volet professionnel avec le Forum des Métiers. Cette année, le débat se concentre sur «la relation formation-emploi». Studios, recruteurs et étudiants se réunissent pour créer des passerelles concrètes, discutant notamment de l’évolution des pratiques pédagogiques face aux mutations technologiques, sous la houlette de Jean-Paul Commin, expert européen de l’animation.
Le jury du Grand Prix Aïcha de l’animation
• Yassine Lahrichi (président du jury – Maroc) : expert issu de l’industrie du jeu vidéo (Ubisoft) et cofondateur de la société de production Neverseen.
• Wassim Boutaleb Joutei (France) : réalisateur diplômé des Gobelins, ayant signé des séries pour France Télévisions et Canal+ («Les Minus», «Le Loup»).
• Mohamed Ghazala (Égypte) : vice-président de l’ASIFA (Association internationale du film d’animation) et directeur de l’École des arts cinématographiques de l’Université Effat.
Le Festival se transforme en une véritable université d’été pour les jeunes talents :
• «Ateliers de Maîtres» : Marie De Banville (scénario), Jean-Luc François (story-board), Mehdi Abdi (Character Design), Cécile Bertin (couleur en mouvement) et Clément Potin (3D sur Blender) accompagnent les étudiants vers la professionnalisation.
• «L’Art au bout des doigts» : L’artiste meknassi Anass Doujdid, lauréat du Grand Prix Aïcha de l’animation (FICAM 2019), anime des ateliers d’initiation pour les scolaires.
• Le studio «Darija Kids» propose une immersion ludique dans le doublage en darija marocaine. Ce studio et chaîne YouTube spécialisés dans la création de contenus ludo-éducatifs pour enfants en darija marocaine proposent aux jeunes participants de s’immerger dans l’univers des personnages animés, d’expérimenter le doublage et de découvrir les coulisses de l’animation.
• «Leçon de Cinéma» : Ne manquez pas Pierre-Luc Granjon, magicien de l’écran d’épingles, le samedi à 16 h à la Médiathèque de l’Institut français (IF) de Meknès.
L’expo-événement : «Le cirque du bien et du mal»
À la Galerie de l’Institut français (IF), le jeune prodige marocain Whosji, lauréat du Grand Prix Aïcha de l’animation, explore les zones grises de la morale. À travers une esthétique «Cartoon» aux tons pastel, il interroge l’absurde de notre société. Son exposition «Le cirque du bien et du mal» crée un pont inédit entre l’image fixe et le mouvement : certaines œuvres s’animent sous les yeux des visiteurs via des mini-animations, prouvant que la relève marocaine possède déjà une signature visuelle puissante et internationale.
Rendez-vous professionnels & Débats
• Le Forum (samedi 16 mai, 15 h) : «Les producteurs face aux défis de la jeunesse». Un échange crucial sur l’écart entre formation et réalité du terrain en présence d’André Kadi, Yves Bouveret, Olivier Catherin et Yassine Lahrichi.
• «Thé à la Menthe» : des débats quotidiens animés par Alexis Hunot à la Cafète de l’IF.
♦ L’animation comme mémoire : avec Zaven Najjar et Ali Rguigue.
♦ L’IA et le «Scroll» : l’écriture face aux formats mobiles avec Patrick Volve.
♦ Respect des cultures : un échange entre Michel Ocelot et Olivier Catherin.
• Focus Maroc : présentation de la série «Maghariba Fi Samae» par le studio Artcoustic et focus sur les 20 ans du Grand Prix Aïcha.