Nadia Ouiddar
17 Juin 2026
À 14:40
À contre-courant des grands rendez-vous cinématographiques souvent dominés par la fiction, la ville d’Agadir s’apprête à devenir le centre névralgique du cinéma du réel à l’occasion de la dix-septième édition du
Festival international du film documentaire (FIDADOC) d’Agadir. Prévu du 19 au 24 juin courant, cet événement majeur, orchestré par
l’Association de culture et d’éducation par l’audiovisuel (ACEA), investira le
Cinéma Sahara au cœur du quartier historique de
Talborjt. Le public y découvrira gratuitement une sélection exigeante de vingt-huit œuvres en provenance de seize pays, affirmant la singularité de cette manifestation qui demeure la seule plateforme nationale exclusivement consacrée au documentaire de création.
Cette édition se distingue par une programmation particulièrement attentive aux questions d’identité, de mémoire et de résistances décoloniales.
Au centre du Festival, la compétition internationale réunira neuf longs métrages qui seront départagés par un jury composé des
cinéastes Karima Saïdi, Nelson Makengo et Aurélie Sfez. Venus d’Égypte, du Sénégal, de Suisse, du Royaume-Uni ou de Belgique, ces films témoignent de la grande vitalité d’un genre en prise directe avec les convulsions du monde contemporain. Le coup d’envoi sera donné par la projection en première marocaine de
«Du Soleil et du plomb», le nouvel opus de Jérôme Le Maire tourné dans la région de Midelt, présenté en ouverture en présence de ses protagonistes.
Le Festival propose aussi des œuvres d’une brûlante actualité, à l’image du film
«Qui vit encore» de Nicolas Wadimoff, une coproduction entre la Suisse, la France et le Liban qui donne la parole à neuf survivants des bombardements sur Gaza dans un récit axé sur la résilience. Parallèlement, le documentaire
«Fatna, une femme nommée Rachid», réalisé par Hélène Harder, achèvera sa tournée des Instituts français du Maroc par une double projection marquante, d’abord sur l’écran du Cinéma Sahara, puis au sein même de la prison centrale d’Aït Melloul. Cet événement se déroulera en présence de la cinéaste et de Fatna El Bouih, figure de la défense des droits humains au Maroc.
L’année 2026 marque aussi le centenaire de la naissance du maître égyptien Youssef Chahine. En partenariat avec l’Institut des Afriques, le FIDADOC lui rend un hommage polyphonique qui mêle des projections de films restaurés, des sessions musicales et des expériences sonores. Son œuvre «Le Caire raconté par Youssef Chahine», présentée par sa nièce et collaboratrice Marianne Khoury, aura l’honneur de clore le Festival. Cet hommage met en lumière l’influence durable du cinéaste sur les nouvelles générations, une filiation artistique pleinement revendiquée par les réalisateurs égyptiens Yomna Khattab et Namir Abdel Messeeh, tous deux invités de la sélection officielle. Ce dernier présentera notamment en compétition son film intime «La Vie après Siham».
Dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, le programme «Nulle œuvre n’est une île», mené avec Lieux Fictifs et le Centre national des arts plastiques, propose onze courts métrages d’artistes femmes de la Méditerranée. Le choix de ces films a été opéré conjointement par des étudiants de l’École des beaux-arts de Marseille et des détenus de la prison des Baumettes. Ces œuvres seront projetées au Cinéma Sahara et à la prison d’Aït Melloul, permettant de faire dialoguer les initiatives de médiation culturelle de Fatna El Bouih dans les prisons marocaines avec l’expérience du studio «Image et mouvement», fondé aux Baumettes par Caroline Caccavale et Joseph Cesarini. Le cinéma s’affirme ici comme un véritable instrument d’émancipation.
Enfin, le volet professionnel et pédagogique confirme le rôle de pépinière du Festival. Depuis sa création en 2012, la Ruche documentaire soutient activement l’émergence des jeunes cinéastes du continent et de leurs diasporas, et la sélection de cette année s’enorgueillit de compter quatre films issus de cette structure. Une centaine d’apprentis réalisateurs participeront aux ateliers, enrichis par une master class animée par Namir Abdel Messeeh, tandis qu’une vingtaine de porteurs de projets soumettront leurs films en développement à un panel de producteurs et de diffuseurs internationaux. Dix-sept ans après sa naissance, le FIDADOC continue ainsi de jeter des passerelles essentielles entre les générations et les territoires.