Nadia Ouiddar
04 Octobre 2026
À 15:36
Sous les yeux d'invités venus des milieux artistiques, culturels et médiatiques, la cérémonie de clôture a rendu hommage à la réalisatrice québécoise Anaïs Barbeau-Lavalette et à l'actrice marocaine Ibtissam Laaroussi, saluées pour la constance et le renouvellement de leurs parcours. Une performance chorégraphique de la compagnie Salma Meryem Chraibi, célébrant l'émancipation et la force des femmes, a ensuite clos la soirée.
Organisé du 28 septembre au 3 octobre par l'Association Bouregreg, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Festival international du film de femmes de Salé (FIFFS) se veut une vitrine pour la cause féminine, pour la déconstruction des stéréotypes et pour le débat sur leurs enjeux dans les productions cinématographiques. Retour sur le film qui a marqué cette édition, sacré parmi neuf œuvres en compétition et reparti avec un second prix, celui de la meilleure interprétation féminine, remporté ex æquo par Khayriya Nazmi et Lamar Faden.
Une quête au cœur du désert et du sacré
Le film s'ouvre sur un déplacement collectif vers La Mecque. Shahad Ameen, qui connaît l'atmosphère du Hajj depuis sa ville natale de Jeddah, place le départ de son récit dans ce cadre spirituel. Dans un bus rempli de pèlerins, Janna, 12 ans, voyage avec sa grand-mère Sitti et sa sœur aînée Sarah. Mais cette dernière, réfractaire aux cadres établis, disparaît dans la foule.
Commence alors, pour la fillette et son aïeule, une recherche urgente à travers l'Arabie saoudite. L'enquête sert de fil conducteur, mais le film dépasse vite l'intrigue à suspense : le voyage devient celui d'une transformation intérieure, au fil de secrets enfouis qui remontent à la surface et révèlent les blessures d'une famille sur plusieurs générations. En chemin, les deux femmes croisent des figures contrastées, comme Ahmed, un intermédiaire débrouillard, ou une tante installée à Jeddah, qui éclairent la coexistence de modes de vie très divers.
Le territoire et les trois générations
La mise en scène s'appuie sur les recherches menées par la réalisatrice sur le chemin historique de la Hijra, l'émigration du Prophète (paix et bénédiction sur lui), et investit des espaces qu'il a autrefois traversés. Ce choix donne au film une dimension sacrée et fait de chaque décor le reflet de l'état d'esprit des personnages. Des plaines arides aux montagnes escarpées, ces vastes étendues contrastent avec l'enfermement du bus initial.
Au centre du périple, trois générations de femmes se côtoient : Sitti, attachée aux usages, Sarah, en quête d'autonomie, et Janna, qui observe et apprend. Le film évite tout jugement moral sur elles et les laisse exister dans leur vérité propre, sans hiérarchie. Sitti incarne la mémoire et la rigidité des règles, mais c'est aussi elle qui transmet à Janna les savoir-faire nécessaires pour se débrouiller hors des sentiers battus. La transmission passe moins par les discours que par l'apprentissage concret du territoire, et la liberté s'invite ainsi au cœur de la tradition. C'est sur ce terrain que Khayriya Nazmi, qui incarne Sitti, et Lamar Faden, qui prête ses traits à Janna, ont séduit le jury.
Une mise en scène du contraste
La caméra part de cadres resserrés, attentifs aux visages et à la lumière, puis s'ouvre peu à peu sur l'immensité du paysage saoudien, qui passe parfois de la sécheresse du désert à d'inattendues chutes de neige. Cette esthétique du contraste accompagne la maturation du regard de Janna.
Par son langage visuel et la sincérité de son propos, «Hijra» touche bien au-delà de son ancrage culturel, des publics arabes et musulmans aux spectateurs internationaux. Shahad Ameen ne signe pas une œuvre de rupture frontale, mais une méditation poétique sur la transmission, la quête de soi et l'acceptation de l'autre. Sur les routes sacrées d'Arabie, la recherche de Sarah devient le cheminement d'une famille qui apprend à regarder ses femmes telles qu'elles sont : diverses, complexes, irréductibles à un modèle unique.
Palmarès
Longs métrages de fiction
• Grand Prix : «Hijra» de Shahad Ameen (Arabie saoudite).
• Prix spécial du jury : «Calle Málaga» de Maryam Touzani.
• Prix de la première œuvre : «Shana» de Lila Pinell (France).
• Meilleure interprétation féminine (ex æquo) : Khayriya Nazmi et Lamar Faden, pour «Hijra».
• Meilleure interprétation masculine : Patrick Hivon, pour «Amour apocalypse» d'Anne Émond (Canada).
• Mention spéciale : «The World of Love» de Yoon Ga-eun (Corée du Sud).
Films documentaires
• Grand Prix : «La Cour des grands» de Hind Bensari (Maroc).
• Mention spéciale : «Wolobougoude» de Camille Varenne (France).
Prix jeune public
• Long métrage : «2 Rwah» d'Alaa Akaaboune.
• Court métrage : «Tatouage de Bezza» de Fatima Zahra Oubaha.
• Mention spéciale : «Cette Baraka qu'on appelle grand-mère» de Zineb Zidane.
Prix parité «L'Autre Rive»
• «Quitte ou Double» de Rachida Saadi (Maroc).