Nadia Ouiddar
27 Septembre 2026
À 14:05
Trois soirées, des artistes venus d’horizons différents et une même volonté : faire de la scène un espace de rencontre. Pour sa 28e édition, Jazz à Rabat a une nouvelle fois misé sur les échanges entre musiciens européens et marocains, en proposant des créations et des collaborations spécialement conçues pour le festival.
La dernière soirée, organisée samedi au Parc Hassan II, a donné un aperçu de cette démarche avec quatre propositions musicales aux identités bien distinctes. Une soirée qui a commencé par la rencontre entre le trio autrichien Ulrich Drechsler’s Azure Trio et le projet «Tamzaj» de Younès Fakhar.
«Tamzaj», une nouvelle lecture du patrimoine marocain
Avec «Tamzaj», Younès Fakhar défend un projet qui cherche à faire dialoguer le patrimoine musical marocain avec les musiques du monde. La prestation présentée à Rabat s’inscrit ainsi dans une démarche d’ouverture, sans renoncer à l’ancrage marocain du projet. «Je suis très heureux d’être présent aujourd’hui à cette édition de Jazz à Rabat, en partenariat avec l’Union européenne», a déclaré l’artiste au Matin. «Je suis également heureux de présenter un nouveau projet, «Tamzaj», qui est un mélange artistique marocain, profondément ancré dans notre patrimoine, avec des musiques du monde.»
Pour cette création, le musicien a choisi de confronter son univers à celui d’Ulrich Drechsler’s Azure Trio. «Aujourd’hui, je vais présenter ce projet avec la formation Azure, qui a accepté de tenter cette expérience et de partager cette création avec moi», explique-t-il.
Sur scène, cette rencontre a donné naissance à un dialogue entre les sonorités marocaines et les couleurs du jazz contemporain. Une manière pour Younès Fakhar de poursuivre son travail autour de la transmission et de l’ouverture du patrimoine musical marocain à d’autres langages.
«Nous avons réussi, grâce à Dieu, à faire entendre la musique marocaine et à la porter au-delà de nos frontières. La musique marocaine est aujourd’hui présente sur les scènes internationales et, grâce à ce Festival, elle trouve aussi sa place dans ces rencontres artistiques», souligne-t-il.
Pour l’artiste, Jazz à Rabat constitue justement un cadre favorable à ce type d’expérimentation. «Le festival se distingue par ces rencontres et par cette volonté de donner à la musique marocaine la place et la valeur qu’elle mérite, une valeur qui est très grande et qui est, à mon sens, universelle», ajoute-t-il.
L’Europe et le Maroc réunis par la musique
Cette logique de rencontre est aussi au cœur de la présence européenne dans cette édition. Daniele Dotto, chef de délégation adjoint de l’Union européenne au Maroc, était présent samedi soir au Parc Hassan II pour la clôture du Festival. Il rappelle que cette édition intervient dans un contexte particulier, puisqu’elle s’inscrit dans le cadre des 30 ans de la signature de l’Accord d’association entre l’Union européenne et le Maroc, ainsi que dans celui du Pacte pour la Méditerranée.
«C’est une édition particulière pour deux raisons notamment, parce qu’elle se tient dans le cadre des 30 ans de la signature de l’Accord d’association entre l’Union européenne et le Maroc, mais aussi dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée, qui promeut, entre autres, la culture et la coopération entre les deux rives de la Méditerranée en matière de culture», explique-t-il au Matin.
Cette dimension européenne s’est concrétisée à travers les collaborations entre artistes. «Comme toutes les années, Jazz à Rabat se déroule dans un esprit de fusion entre les orchestres, les groupes européens et les groupes marocains», souligne Daniele Dotto, précisant que huit États membres de l’Union européenne étaient représentés cette année, aux côtés de six groupes marocains.
Au-delà de la programmation, le responsable européen insiste sur le processus de création qui accompagne ces rencontres. Des artistes qui ne se connaissent pas nécessairement avant leur arrivée au Maroc se retrouvent, répètent ensemble puis montent sur scène. «Nous avons déjà vu, lors des deux soirées précédentes, des fusions absolument extraordinaires. Encore une fois, c’est l’essence même du jazz : ces groupes qui ne se connaissent pas, qui se rencontrent pour la première fois ici au Maroc», relève-t-il.
Selon lui, cette expérience dépasse même le temps des concerts. «Les groupes européens nous disent qu’ils ne veulent pas repartir du Maroc, tellement ils aiment l’atmosphère et l’environnement. Ils répètent et, le lendemain, ils sont prêts à jouer ensemble pendant de longs moments», poursuit-il. Une expérience qui, à ses yeux, illustre la capacité de la musique à créer des passerelles. «La musique et l’échange culturel sont un moyen de dialogue entre nos cultures, entre nos pays et entre nos civilisations», affirme-t-il.
Du jazz au flamenco
Après cette première rencontre, la soirée s’est poursuivie avec Antonio Lizana Quintet. Figure de la scène jazz flamenco espagnole, Antonio Lizana a proposé une prestation où le saxophone, le chant et la danse se sont associés pour construire un spectacle à la fois musical et visuel. La présence de la danse flamenca a donné au concert une forte dimension scénique. Les mouvements du danseur, les frappes de pieds et la gestuelle propre au flamenco se sont inscrits dans le dialogue avec le saxophone et la voix, créant une succession de séquences rythmées et expressives.
La dernière partie de la soirée a été confiée à Abir El Abed Sextet. La formation a exploré un territoire musical où les traditions arabo-andalouses rencontrent le flamenco, le jazz, le blues et la musique gnaoua. Cette dernière prestation a ainsi prolongé le fil conducteur de la soirée : partir ales clairement affirmées pour les confronter à d’autres influences et créer de nouvelles sonorités.