Culture

Le Festival d’animation, moteur discret de formation et d’emploi dans le monde arabe

Réunis à la Médiathèque de l’Institut français dans le cadre du FICAM 2026, des acteurs clés de l’animation au Maroc, en Égypte et au Liban ont redéfini le rôle des festivals. Loin d’être de simples vitrines artistiques, ces événements s’imposent désormais comme des interfaces stratégiques entre formation, industrie et emploi, dans un secteur en pleine mutation.

20 Mai 2026 À 11:00

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Comment former et insérer professionnellement une jeunesse de plus en plus nombreuse dans un secteur de l’animation en pleine transformation technologique et économique ? La question a dominé les échanges entre Hind Kharifi, chargée de la direction artistique du Festival international de cinéma d’animation de Meknès (FICAM), Youhana Nassif, fondateur et directeur d’Animatex, le plus grand Festival d’animation d’Égypte, et Nicolas Fattouh, fondateur du Festival Beirut Animation Nights.

Le constat partagé est celui d’un décalage persistant entre les besoins du marché, les formations académiques et les politiques publiques. Dans ce contexte, les festivals apparaissent progressivement comme des acteurs de substitution, capables de relier des mondes encore trop éloignés.



Pour Hind Kharifi, le FICAM a profondément élargi son rôle au fil des années. Après plus de deux décennies d’existence, le Festival ne peut plus se limiter à la seule diffusion d’œuvres. Il s’inscrit désormais dans une logique plus large de médiation culturelle et professionnelle, qui touche aussi bien le jeune public que les étudiants et les jeunes créateurs. Elle rappelle que l’ambition du Festival est de créer des passerelles durables entre les différents niveaux de l’écosystème, en partant de l’initiation des enfants jusqu’à l’accompagnement des premiers projets professionnels. Cette dynamique passe par des ateliers, des rencontres avec des studios, des résidences d’écriture et des espaces de networking qui permettent aux jeunes talents d’accéder concrètement au monde du travail. Cette vision est partagée par Youhana Nassif, qui défend une approche très opérationnelle du Festival. À la tête d’Animatex, il insiste sur la nécessité de rapprocher les étudiants de la réalité professionnelle. Selon lui, de nombreuses formations restent encore déconnectées des exigences actuelles du secteur. Les festivals viennent alors combler ce vide en proposant des ateliers animés par des professionnels, mais surtout en facilitant la rencontre directe entre étudiants et studios, parfois jusqu’à l’embauche sur place.

Dans cette logique, le Festival devient aussi un espace de marché, où la création ne se limite pas à la présentation d’œuvres mais s’ouvre à des opportunités concrètes de collaboration et d’emploi.

Au Liban, la situation est encore plus fragile. Nicolas Fattouh, fondateur du Festival Beirut Animation Nights, décrit un environnement marqué par l’absence de soutien public et les limites économiques structurelles du pays. Dans ce contexte, le Festival repose sur une logique de survie et d’inventivité, articulée autour de projections, de masterclasses internationales et de défis de création qui encouragent la collaboration entre artistes. Cette approche vise à compenser le manque d’infrastructures et à maintenir un lien actif entre les créateurs locaux et les réseaux internationaux. Faute d’un marché local structuré, les coproductions étrangères deviennent souvent une condition essentielle à la circulation des œuvres et à leur production. Au-delà des différences de contexte, les intervenants s’accordent sur un point central : les festivals jouent désormais un rôle structurant dans la chaîne de valeur de l’animation. Ils ne sont plus seulement des lieux de diffusion, mais des espaces où se construisent des parcours professionnels, où se tissent des réseaux et où s’inventent, parfois, les débuts de carrière. Dans un environnement où les institutions peinent à suivre le rythme des transformations du secteur, ces événements apparaissent comme des infrastructures souples mais essentielles. À Meknès, cette réalité s’est imposée avec évidence : dans l’ombre des projections, ce sont peut-être les métiers de demain qui se dessinent.
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