Culture

Quand les contes traversent les langues : la francophonie réinventée pour les enfants

Comment éveiller un enfant de six ans à la diversité des langues sans l’asphyxier sous les sous-titres ? Pour le réalisateur français Patrick Volve, la réponse tient en une formule magique : lui raconter une histoire qu’il connaît déjà par cœur. Actuellement en compétition dans plusieurs festivals, sa nouvelle série d’anthologie en animation 2D, «Il est une fois», s’empare de dix contes traditionnels pour les disséminer aux quatre coins de la francophonie. Du «Petit Chaperon rouge» belge aux «Trois petits cochons» corses, en passant par un grand méchant loup en moto, ce voyage poétique et décalé mêle le folklore européen aux accents, argots et dialectes du monde entier.

21 Mai 2026 À 16:05

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L’un des épisodes phares de la collection transpose «Boucle d’or et les trois ours» dans les montagnes berbères du Maroc. Ici, les ours deviennent des macaques de l’Atlas et les dialogues font cohabiter le français, l’arabe dialectal (darija) et l’amazigh.

La force du récit partagé

Selon Patrick Volve, la notoriété des œuvres originales, qu’elles soient signées des frères Grimm, d’Andersen ou de La Fontaine, sert de filet de sécurité narratif pour le jeune public. «Les enfants entre 6 et 10 ans connaissent déjà "Le Petit Chaperon rouge” ou "Boucle d’or”», souligne le réalisateur. «En reprenant des contes qu’ils ont en tête, on peut mélanger les dialectes et les langues. Même s’ils ne comprennent pas chaque mot, ils saisissent toute l’histoire. Cela leur donne une boussole culturelle sans avoir besoin de sous-titres qu’ils ne savent pas encore lire.»

Ce pari créatif s’est avéré payant lors d’une récente projection au Maroc, où les enfants sont restés captivés par Boucle d’or, ici un garçon, faisant écho à leur propre pluralité linguistique. Si le cinéaste concède que l’écriture s’est faite intégralement en France – s’en remettant au talent des comédiens originaires des régions concernées pour ajuster les voix et les expressions en studio –, le résultat offre une texture nord-africaine vivante qui a immédiatement résonné dans la salle.

En installant Boucle d’or dans l’Atlas ou en envoyant une intrigue vibrer dans les rues de Brazzaville, «Il est une fois» rappelle que les histoires se transforment dès qu’elles traversent les océans.

Alors que la collection de dix films poursuit sa route internationale via les circuits de distribution, l’épisode congolais séduit le Canada tandis que Berlin a jeté son dévolu sur l’escapade québécoise, Patrick Volve planche déjà sur son prochain projet pour la jeunesse.

Il s’agira d’une adaptation du livre Clarissa et Septimus, qui raconte l’amitié entre un castor et une lérote bien décidée à ne pas hiberner pour découvrir les joies du patinage sur glace. Une fable tendre qui abordera, en toile de fond, la question du dérèglement climatique et de l’adaptation du monde animal. Si «Il est une fois» a prouvé une chose, c’est bien que l’on peut faire confiance à l’intelligence des enfants pour capter la complexité du monde. Même avant de savoir lire.
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