Le rideau est tombé samedi soir sur la première édition du
Marrakech Comedy Festival, laissant derrière lui trois jours de spectacles, de rires et de rencontres qui ont confirmé l’appétit du public marocain pour l’humour sous toutes ses formes. Organisé au Palais des Congrès de Marrakech, l’événement a rassemblé humoristes marocains et francophones autour d’une ambition commune : offrir à la ville ocre un nouveau rendez-vous culturel consacré à la comédie.
Dès la soirée d’ouverture, le ton était donné. Sous la direction artistique de l’humoriste
Eko, le gala arabophone a affiché complet et plongé les spectateurs dans un univers où traditions marocaines, autodérision et regard sur la société se sont entremêlés. Porté par une mise en scène inspirée de l’âme de Marrakech, avec la célèbre place Jamaa El Fna en toile de fond, le spectacle a mis à l’honneur une nouvelle génération d’humoristes marocains tout en célébrant les figures populaires du patrimoine local.
Une ouverture festive portée par Eko et la nouvelle scène marocaine
Vêtu d’un costume de « guerrab », accompagné de la troupe Bola Bola Dekka Marrakchia et de DJ Red Supa, Eko a donné le coup d’envoi d’une soirée mêlant musique, humour et références culturelles marocaines. Le maître de cérémonie a enchaîné les interventions et présenté une série d’artistes qui incarnent le renouvellement de la scène humoristique nationale.
Amine Belghazi a ouvert le bal avec un univers nourri de souvenirs d’enfance et de situations absurdes du quotidien. Soufiane Figuigui s’est attaqué aux dynamiques familiales et aux relations fraternelles, tandis que Ghita Kitane a proposé une performance mêlant actualité sportive, société et regard féminin. Seifeddine Settif, Marouane Nbalsi, Ahmed Boudrouze et Azzedine Fetouhi ont également contribué à cette fresque humoristique, chacun avec son style et ses thématiques.
Parmi les moments les plus marquants de cette soirée inaugurale figure l’apparition de
Malik Bentalha, accueilli chaleureusement par le public. L’humoriste franco-marocain a partagé plusieurs séquences avec Eko dans un registre nourri de références à la culture marocaine et aux codes populaires du Royaume.
Selon les organisateurs, cette première soirée a largement dépassé les attentes, avec une salle comble et des billets écoulés plusieurs semaines avant l’événement. Pour
Karim Debbouze, producteur et cofondateur du festival aux côtés de Malik Bentalha, ce lancement réussi constitue une étape importante dans la construction d’un rendez-vous appelé à s’inscrire dans la durée.
Le pari réussi de la diversité des styles
Au-delà du succès populaire, le festival a également permis de mettre en lumière la richesse de la scène humoristique marocaine. Les artistes ont salué une organisation favorisant la complémentarité des styles et des générations. Eko a souligné l’importance de construire un spectacle équilibré, capable d’alterner les rythmes et les sensibilités afin de maintenir une dynamique constante sur scène. Plusieurs humoristes ont insisté sur la qualité de l’accueil réservé par le public marrakchi, réputé exigeant mais particulièrement généreux lorsqu’il adhère à une proposition artistique.
Soufiane Figuigui a ainsi décrit Marrakech comme une ville où le rire fait partie du quotidien, tandis que Ghita Kitane a évoqué une expérience marquée par l’émotion et la bienveillance. De son côté, Azzedine Fetouhi a insisté sur l’esprit de solidarité qui régnait dans les coulisses, comparant l’ensemble des artistes à une véritable famille. Cette atmosphère conviviale a largement contribué au succès de la manifestation et à l’adhésion du public, venu autant pour découvrir de nouveaux talents que pour retrouver des figures déjà installées de l’humour marocain.
Malik Bentalha à la tête d’un gala francophone fédérateur
La dimension internationale du festival s’est affirmée vendredi soir avec le gala francophone présenté par Malik Bentalha. L’humoriste a imposé son rythme à travers un spectacle construit autour de l’interaction avec le public, de l’improvisation et de l’autodérision. Autour de lui, plusieurs représentants de la nouvelle scène francophone se sont succédé sur scène. Charlie Haid a proposé un numéro mêlant mentalisme et humour, tandis que Younes Hanifi a puisé dans les réalités du quotidien, de la famille et du logement pour construire ses sketches. Tom Baldetti et Paul de Saint Sernin ont complété cette programmation en explorant des situations ordinaires transformées en matière comique. Cette diversité d’écritures et d’univers a permis au festival de toucher un public large, composé aussi bien de spectateurs marocains que de visiteurs venus découvrir une programmation ouverte sur l’espace francophone.
Le week-end s’est poursuivi avec les spectacles solo de Nordine Ganso puis de Yassar, deux artistes très attendus, avant de s’achever sur une nouvelle représentation du spectacle de Malik Bentalha.
Au terme de cette première édition, le Marrakech Comedy Festival semble avoir trouvé sa place dans le paysage culturel marocain. Avec des salles pleines, des artistes satisfaits et un public au rendez-vous, l’événement a posé les bases d’un projet qui ambitionne de faire de Marrakech une destination majeure de l’humour francophone et arabophone. Pour les organisateurs comme pour les artistes, l’essentiel est désormais acquis : le premier rire a été lancé, et il a trouvé son public.
Entretien avec Malik Bentalha, initiateur du Marrakech Comedy Festival : Le public marocain m’a toujours donné de l’amour
À l’occasion de la première édition du Marrakech Comedy Festival, l’humoriste franco-marocain Malik Bentalha revient sur son attachement au Maroc, son regard sur la nouvelle génération d’humoristes et sa vision de l’intelligence artificielle dans le spectacle vivant. Entre émotion, transmission et authenticité, il livre un témoignage empreint de gratitude envers un pays qui a marqué son parcours.
Le Matin : Que représente pour vous la naissance du Marrakech Comedy Festival ?
Malik Bentalha : Je suis très fier et très heureux de voir naître le Marrakech Comedy Festival. D’abord parce que le Maroc est le pays de ma mère, c’est donc aussi mon pays d’origine. Je suis de Meknès et voir émerger aujourd’hui une scène humoristique aussi dynamique me remplit de joie. Ce festival met en lumière de nombreux talents émergents qui sont extrêmement enthousiastes à l’idée de monter sur scène à Marrakech. C’est une très belle initiative pour l’humour marocain.
Vous entretenez une relation particulière avec le public marocain. Pourquoi ?Le public marocain m’a toujours donné de l’amour. J’ai participé à toutes les éditions du Marrakech du Rire et j’y ai toujours été accueilli avec beaucoup de chaleur et de bienveillance. Le Maroc occupe une place très particulière dans mon parcours, car ma carrière a véritablement pris un tournant après mon passage au Marrakech du Rire. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à remplir de grandes salles en France et ailleurs. Revenir aujourd’hui avec un nouveau festival est donc à la fois un honneur, un immense plaisir et une grande fierté.
Comment décririez-vous l’humour marocain ?Pour moi, c’est tout simplement l’un des meilleurs humours du monde. J’ai grandi avec les spectacles de Gad Elmaleh, de Jamel Debbouze, mais aussi avec des figures emblématiques comme Abderraouf. L’humour marocain est extrêmement complet. Il ne repose pas uniquement sur les mots. Il y a la mimique, la gestuelle, le regard, la répartie et toutes ces subtilités qui rendent une situation drôle. Les plus grands fous rires de mon enfance, je les ai vécus à la maison en regardant ma mère imiter mes tantes. C’était extraordinaire. Cet humour est à la fois précis, juste et universel.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes humoristes qui rêvent de réussir ?Je pense qu’il existe une règle fondamentale : la sincérité. Quand on monte sur scène, il faut parler de ce qui nous touche réellement, de ce que l’on porte dans son cœur. Le public ressent immédiatement l’authenticité. À l’inverse, vouloir absolument suivre les tendances ou reproduire ce qui fonctionne à un instant donné est souvent le meilleur moyen de se perdre. Lorsque j’échange avec de jeunes humoristes, je leur dis toujours de rester fidèles à leur univers et à leurs émotions. C’est ce qui construit une identité artistique durable.
L’intelligence artificielle suscite de nombreux débats. Quel regard portez-vous sur son impact dans l’humour ?Je dirais qu’il faut adopter une position équilibrée. L’intelligence artificielle fait désormais partie de notre époque et son rôle va certainement continuer à grandir. Elle peut être un outil utile, capable d’accompagner ou de soutenir certaines démarches créatives. En revanche, je ne crois pas qu’elle puisse remplacer l’humain. Les émotions, le spectacle vivant, l’interprétation et la sensibilité restent profondément humains. L’IA doit être envisagée comme un complément à la créativité, jamais comme un substitut.
Pensez-vous qu’une intelligence artificielle pourra un jour écrire une meilleure blague qu’un humoriste ?Non, je ne le pense pas. Ce qui fait la force d’un artiste, c’est son identité, son vécu, sa manière d’interpréter le monde et surtout les émotions qu’il transmet. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle ne ressent pas les choses comme un être humain. Elle peut analyser, produire ou assister, mais elle ne transpire pas les émotions comme peut le faire un humoriste sur scène. Et c’est précisément cette dimension humaine qui crée le lien avec le public.
Un dernier mot pour le public marocain ?Je voudrais simplement lui dire merci. Merci pour cet amour et cette fidélité qui m’accompagnent depuis mes débuts. C’est toujours un bonheur de revenir au Maroc, de retrouver cette énergie, cette générosité et cette passion du rire. Vive le Maroc !