Culture

Tanger, l’éternelle muse se raconte autrement

De Paul Bowles aux Rolling Stones, de William Burroughs à Yves Saint Laurent, Tanger a longtemps nourri l’imaginaire des écrivains, musiciens et artistes venus du monde entier. Un nouvel ouvrage, «Tangier Tangerine», publié par Assouline, revisite cette ville insaisissable à travers son patrimoine, son architecture et sa scène créative contemporaine.

28 Juillet 2026 À 11:21

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Comment raconter une ville qui échappe depuis toujours aux catégories ? Porte entre l’Afrique et l’Europe, refuge d’écrivains, laboratoire artistique, escale de musiciens et terre d’inspiration pour des générations de créateurs, Tanger ne cesse de se réinventer sans jamais renier son histoire. C’est cette identité mouvante que cherche à saisir «Tangier Tangerine», le nouvel ouvrage publié par les éditions Assouline, qui propose moins un portrait figé de la cité du Détroit qu’une immersion dans ses multiples visages.

Peu de villes ont autant nourri l’imaginaire collectif. Chacun semble avoir sa propre Tanger. Pour William S. Burroughs, qui écrivait que la ville «s’étend dans une multitude de dimensions» où «objets et sensations frappent avec la force d’une hallucination», elle relevait presque de l’expérience sensorielle. Paul Bowles y a trouvé le décor de plusieurs de ses récits nord-africains. Les Rolling Stones y ont enregistré de la musique. Yves Saint Laurent y a découvert une lumière et une palette de couleurs qui qui influenceraient durablement son univers créatif. Plus qu’un simple décor, Tanger est devenue un personnage, une ville qui transforme le regard de ceux qui la traversent.



Cette fascination s’explique autant par son histoire que par sa géographie. À quelques kilomètres de l’Europe, la ville a longtemps été un carrefour où se sont rencontrées influences marocaines, andalouses, méditerranéennes et européennes. Son ancien statut de zone internationale continue d’imprégner son paysage urbain. Les immeubles Art déco côtoient les arches mauresques, les boulevards d’inspiration française débouchent sur les ruelles labyrinthiques de la médina, tandis que le Grand Socco, la Casbah ou encore le Café Hafa demeurent les témoins d’une mémoire collective où se mêlent habitants, voyageurs et artistes.

Mais si «Tangier Tangerine» revient sur cette histoire, l’ouvrage s’attache surtout à montrer une ville en mouvement. Loin de l’image romantique qui lui colle parfois à la peau, Tanger affirme aujourd’hui une nouvelle vitalité culturelle. D’anciennes demeures coloniales accueillent des galeries d’art contemporain, des riads restaurés réinventent l’architecture traditionnelle et une nouvelle génération de designers, d’architectes, de photographes, de cinéastes et de collectionneurs participe à redessiner le paysage créatif de la ville.

Cette évolution explique sans doute pourquoi Tanger suscite aujourd’hui un intérêt renouvelé à l’international. Alors que Marrakech reste largement associée à l’effervescence touristique et que Fès demeure le symbole du patrimoine savant du Maroc, la cité du Détroit affirme une identité différente : celle d’une métropole portuaire où les échanges culturels, les influences artistiques et les héritages historiques continuent de se croiser sans jamais se figer. En consacrant un volume à Tanger, Assouline s’inscrit dans ce regain d’attention porté à une ville qui ne se résume plus à son passé littéraire, mais s’impose comme l’un des foyers les plus dynamiques de la création contemporaine au Maroc.

Le texte qui accompagne les photographies est signé par Souleiman Berrada. Auteur de «Le Baigneur», publié en France en 2025, il a été, cette même année, le plus jeune écrivain choisi pour représenter le Maroc au Salon du livre de Paris. Secrétaire de la Fondation pour la photographie de Tanger depuis 2022, il apporte au livre un regard à la fois intime et documenté. Plutôt que d’expliquer Tanger, il en restitue les contrastes, les rythmes et les métamorphoses, invitant le lecteur à parcourir une ville qui se dévoile sans jamais se laisser entièrement saisir.

Au fil des pages, «Tangier Tangerine» rappelle finalement que la force de Tanger réside peut-être dans ce qu’elle refuse d’être : une cité enfermée dans sa propre légende. Entre mémoire et création, héritage et renouveau, elle continue d’inspirer ceux qui la découvrent comme ceux qui y reviennent, offrant à chaque génération une histoire différente à raconter.
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