Nadia Ouiddar
24 Juin 2026
À 17:06
La 21e édition du
Festival Mawazine-Rythmes du monde continue d’enchanter la capitale. La soirée du mardi 23 juin courant, au Théâtre national Mohammed V, a été un véritable hymne à la richesse et à la diversité de la culture marocaine, servi par deux artistes d’exception.
Le voyage a débuté avec la sublime voix de
Sanae Marahati. L’artiste originaire de Sefrou a immédiatement captivé l’auditoire par son élégance scénique, arborant un caftan d’une beauté raffinée. Pour cette occasion mémorable, elle a choisi d’interpréter des qasidas, plongeant le public dans les profondeurs du
Malhoun marocain.
Un plaidoyer pour le Malhoun et l’ouverture aux jeunes
Au-delà de sa prestation scénique,
Sanae Marahati a marqué les esprits par un engagement fort en faveur du patrimoine national. Lors d’une conférence de presse tenue avant son concert, elle a tenu à saluer l’initiative du Festival visant à préserver, valoriser et transmettre ce pilier de la culture immatérielle du Royaume. Pour sa deuxième participation à
Mawazine, l’artiste a rappelé le caractère précieux du Malhoun, le comparant au port du caftan : un trésor que l’on honore lors de moments d’exception. Pour elle, défendre ce patrimoine est un «devoir national» qui incombe tant aux artistes qu’aux producteurs, exhortant ces derniers à oser organiser des spectacles dédiés.
Soucieuse de l’avenir de cet art, elle a également profité de cette tribune pour annoncer le lancement de son nouveau projet intitulé «
Arassi Toub». Il s’agit d’une adaptation contemporaine d’une
qasida de Malhoun vieille de plus de deux siècles et demi, condensée dans un format moderne, spécialement pensée pour rapprocher ce patrimoine ancestral de la jeune génération.
La fresque vivante de Nouamane Lahlou
L’ambiance, déjà habitée par la tradition, a atteint son paroxysme avec l’arrivée de
Nouamane Lahlou, qui déploie une fresque musicale en quatre tableaux. Cette seconde partie de la soirée a été également portée par plus de 70 artistes, musiciens, chanteurs, danseurs et membres de troupes folkloriques. Pensé comme une véritable fresque scénique, son spectacle s’est articulé autour de plusieurs tableaux successifs retraçant différentes facettes de l’identité culturelle marocaine. Parmi les moments forts de l’ouverture, l’incontournable «Bladi Ya Zine Al Bouldane» a résonné avec ferveur, avant de laisser place à une séquence consacrée à ce que l’artiste qualifie d’«anthropologie des villes». Accompagné de troupes folkloriques en costumes traditionnels, il a mis à l’honneur plusieurs régions et cités du Royaume, de Chefchaouen à Zagora, en passant par Ouazzane, le Tafilalet, Marrakech et Fès, dans une succession de tableaux mêlant musique, danse et patrimoine populaire.
La troisième partie du spectacle a rendu hommage à
Abdelwahab Doukkali. À travers un medley dédié à l’une des figures majeures de la chanson marocaine, Nouamane Lahlou a salué l’apport d’un artiste qui a marqué plusieurs générations de mélomanes.
Nouamane Lahlou a également proposé une immersion dans l’âge d’or de la chanson arabe en faisant cohabiter les patrimoines égyptien et marocain. Les spectateurs ont ainsi vibré au rythme d’un dialogue instrumental et vocal associant les répertoires de Brahim El Alami, Mohamed Fouiteh et Mahmoud El Idrissi à une œuvre intemporelle d’Oum Kalthoum.
Très réceptif, le public a également participé au déroulement de la soirée en choisissant plusieurs titres interprétés en fin de concert, notamment «Lmdina Lkdima», «Radia» et «Jbal Al Atlas». C’est finalement sous les couleurs nationales, en interprétant «Nabd Al Bilad», que Nouamane Lahlou a conclu cette célébration musicale, saluée par une salle acquise à sa cause.