Zina Daoudia, une voix pour les femmes et le patrimoine populaire
À l'affiche de la 55ᵉ édition du Festival national des arts populaires de Marrakech, où un hommage lui sera rendu, Zina Daoudia a profité de sa rencontre avec la presse pour livrer une réflexion sur la place des femmes dans les arts populaires. Entre transmission du patrimoine, évolution de la Aïta et encouragement aux nouvelles générations, la chanteuse a défendu une vision où l'émancipation féminine passe aussi par la culture.
Nadia Ouiddar
06 Juillet 2026
À 17:43
À la veille de l'hommage qui lui est consacré dans le cadre de la 55ᵉ édition du Festival national des arts populaires (FNAP), Zina Daoudia affiche une émotion qu'elle ne cherche pas à dissimuler. Pour l'artiste, cette distinction représente autant une reconnaissance qu'une responsabilité envers le patrimoine musical marocain et ceux qui le font vivre.
«Un hommage est une responsabilité avant d'être une récompense», a-t-elle confié lors de sa rencontre avec les médias, estimant que cette reconnaissance revient à l'ensemble des artistes qui œuvrent avec sincérité pour faire rayonner la chanson populaire marocaine. Elle a aussi salué les efforts déployés par Mohamed Knidiri, président du Festival national des arts populaires, et par toute son équipe pour préserver, depuis des décennies, un rendez-vous devenu une référence dans la valorisation du patrimoine immatériel du Royaume.
Une création collective au cœur des traditions marocaines
Cette édition marque aussi une étape particulière dans le parcours de Zina Daoudia. Habituée à se produire avec son propre orchestre, elle participe cette fois à une création réunissant plusieurs troupes folkloriques représentant différentes régions du Maroc.
Une expérience qu'elle décrit comme inédite, mêlant son univers artistique aux répertoires des Gnaoua, des traditions orientales et d'autres expressions populaires. À travers cette rencontre, elle souhaite illustrer la richesse et la complémentarité des différentes composantes du patrimoine musical marocain.
Une parole engagée pour les femmes
Si la musique reste au cœur de son parcours, Zina Daoudia a surtout fait de cette conférence de presse une tribune en faveur des femmes. Pour elle, la présence féminine dans les arts populaires ne devrait plus susciter de débat. Elle rappelle que les Marocaines ont démontré leur capacité à s'imposer dans tous les domaines, y compris la culture et les arts.
Selon elle, les mentalités ont évolué et une femme peut aujourd'hui mener une carrière artistique tout en restant fidèle à ses valeurs. «Une femme qui respecte son métier, son parcours et ses objectifs sera toujours respectée par le public marocain», affirme-t-elle, rejetant les préjugés qui entourent encore certaines artistes populaires.
Elle considère que le véritable enjeu n'est plus d'autoriser les femmes à chanter, mais de leur permettre d'exercer leur métier dans des conditions de respect et de professionnalisme.
Redonner sa noblesse au mot «Cheikha»
L'un des temps forts de son intervention a porté sur le terme «Cheikha», qu'elle estime injustement dévalorisé. Pour Zina Daoudia, les grandes Cheikhates étaient avant tout des artistes accomplies, reconnues pour leur maîtrise du chant, de la poésie et de la scène. Elle appelle ainsi les jeunes chanteuses à ne pas fuir cette appellation, mais à lui rendre toute sa dignité.
«Être Cheikha, c'est être forte, sérieuse et professionnelle», résume-t-elle. Elle s'est aussi réjouie de voir de nouvelles voix féminines émerger grâce à des émissions de découverte de talents, espérant que davantage de jeunes femmes investiront la chanson populaire.
Préserver la Aïta sans la figer
Interrogée sur l'évolution de la Aïta, Zina Daoudia défend une approche conciliant fidélité et innovation. Selon elle, il est possible d'intégrer de nouveaux instruments ou des arrangements contemporains sans dénaturer l'essence de ce patrimoine. Les règles fondamentales, la structure musicale et l'identité poétique de la Aïta doivent, en revanche, être préservées. L'objectif est de rendre ce répertoire accessible à un public plus large, y compris à l'international, tout en conservant son authenticité.
«La Aïta est une grande école», rappelle-t-elle, plaidant pour un véritable travail de transmission auprès des jeunes générations afin qu'elles puissent en comprendre l'histoire, les codes et la richesse.
Un appel à la relève
Au-delà de son propre parcours, Zina Daoudia a adressé un message aux jeunes artistes. Elle les encourage à faire preuve de patience, de persévérance et de travail, tout en construisant leur propre identité plutôt qu'en cherchant à reproduire celle de leurs aînés. Surtout, elle les invite à rester profondément attachés au patrimoine marocain. «Même si vous connaissez le succès, n'oubliez jamais que votre identité marocaine est votre première richesse», insiste-t-elle.
À travers sa participation à cette 55ᵉ édition du Festival national des arts populaires, Zina Daoudia apparaît ainsi comme bien plus qu'une artiste invitée. Elle incarne une génération qui revendique la place des femmes dans les arts populaires, défend la transmission d'un patrimoine vivant et affirme que tradition et modernité peuvent avancer ensemble, sans jamais renoncer à l'identité culturelle marocaine.