C’était une soirée où l’Afrique a mis en lumière ses propres capacités d’innovation, en donnant à voir des projets technologiques conçus sur le continent et portés par ses talents. À Marrakech, en marge du
GITEX Africa 2026, le gala de remise de prix de la troisième édition des
African CIO Awards a réuni, ce mercredi, des acteurs du numérique issus de plusieurs pays africains, ainsi que des représentants institutionnels et diplomatiques.
Les African CIO Awards constituent une initiative portée par leur fondateur,
Mohamadou Diallo, entrepreneur engagé dans la transformation digitale du continent. Le dispositif repose, selon lui, sur une vision clairement assumée, visant à identifier et accompagner des solutions technologiques développées en Afrique pour répondre à des besoins concrets et favoriser leur passage à l’échelle.
Les projets présentés et distingués s’inscrivent dans des domaines considérés comme stratégiques pour le développement numérique du continent, notamment
la fintech, l’intelligence artificielle, la santé numérique, l’éducation technologique, la cybersécurité ou encore
les services publics digitalisés.Interrogé par Le Matin sur la vocation de cette compétition africaine, lancés il y a trois ans, le fondateur évoque «
c'est pour accompagner les talents africains, en Afrique, avec l’Afrique et pour l’Afrique ». Il précise que cette ambition se traduit par « l’identification de solutions numériques développées sur le continent, capables de répondre à des besoins concrets, mais aussi par la volonté de leur offrir des perspectives de déploiement au-delà de leur marché d’origine, en les reliant à des partenaires techniques et financiers à même d’en soutenir la croissance et d’en accélérer le passage à l’échelle ».
Pour cette édition, des projets issus de
15 pays du continent ont été examinés. Plus de 60 candidatures ont été étudiées en amont, avant qu’une trentaine ne soit retenue pour la phase finale. Les porteurs de projets ont ensuite défendu leurs solutions devant le jury, lors de la première journée du GITEX Africa 2026, le mardi 7 avril, à travers
des sessions de pitch de trois minutes chacune, ouvertes au public.
Le jury était présidé par
Elisabeth Moreno, cheffe d’entreprise franco-capverdienne et ancienne ministre en France, aujourd’hui engagée dans des initiatives liées à l’investissement et au développement en Afrique. À ses côtés, plusieurs profils issus d’institutions africaines et d’organisations publiques et privées, dont
Lamia Benmakhlouf, directrice générale du Technopark Maroc, ont participé à l’évaluation des projets.
Lors de la cérémonie, la présidente du jury a livré une intervention largement saluée, centrée sur la place et le potentiel du continent africain dans la production technologique. Elle a rappelé que « la technologie n’est jamais seulement une affaire de machines », mais qu’elle repose avant tout sur « des femmes et des hommes qui portent des visions, qui décident et qui agissent ».
Insistant sur la dynamique en cours, elle a affirmé que « les talents, les compétences et le savoir-faire existent partout en Afrique », appelant à une meilleure reconnaissance et à un accompagnement renforcé. Elle a également élargi son propos à l’échelle continentale, évoquant les 54 pays africains et exprimant le souhait de voir cette diversité pleinement représentée, estimant que «
l’Afrique ne pourra être forte que si elle avance collectivement ».
Dans cette perspective, la présidente du jury a insisté sur la nécessité d’
un soutien accru à la jeunesse africaine, rappelant qu’« il ne suffit pas de dire aux jeunes que le monde leur appartient, encore faut-il leur donner les moyens de le construire ». Engagée de longue date en faveur de l’égalité, elle a également mis en lumière
la place des femmes du continent, saluant leur implication tout en soulignant que leur présence demeure encore insuffisante dans la compétition. Elle a par ailleurs relevé que cette édition compte
sept femmes parmi les candidats, un chiffre jugé encourageant, tout en appelant à renforcer leur représentation lors des prochaines éditions.
Le Maroc domine le palmarès des African CIO Awards 2026 !
Le palmarès de cette troisième édition esquisse une cartographie précise des dynamiques d’innovation à l’œuvre sur le continent, distinguant à la fois des startups, des institutions publiques et des acteurs technologiques engagés dans des usages concrets.
Dans
la catégorie Grand Prix, les distinctions reviennent à
AI Crafters au Maroc, porté par
Morad El Mazyani, à SPIRAW en Tunisie avec Insaf Ayari, ainsi qu’à l’Agence des Systèmes Informatiques et Numériques du Bénin, représentée par Kevin Degila.
Les trophées « IA for Good » mettent en avant des solutions à impact, notamment
IT Global Services au Maroc porté par
Sara Blouz, l’ANSUT en Côte d’Ivoire avec Patrick Somet, ainsi que le ministère ivoirien de la Justice et des Droits de l’Homme représenté par Auger Cadet Seoulou.
Les prix sectoriels confirment, quant à eux, la spécialisation progressive des innovations africaines. Dans la santé, l’ANIP du Bénin avec Adebissi Adedjouma est distinguée. L’edtech est représentée par EDUKIA, initiative transnationale entre le Sénégal et le Bénin portée par Abdoulaye Ba.
Le prix « Future of Work » revient à
KOP au Maroc avec
Amine Khayatei, tandis que la fintech est incarnée par
GUPPY, solution développée entre le Maroc et Ry Uni par Mehdi Bennani.
Un prix spécifique a été attribué à la jeunesse, revenant à
INBAT au Maroc, porté par
Ahmed Billa, ingénieur marocain, dont le projet consiste en une solution AgriTech fondée sur l’intelligence artificielle, visant à moderniser la gestion des exploitations agricoles à travers le suivi du bétail et l’exploitation de données en temps réel.
Le prix du public, introduit pour la première fois cette année, a distingué l’Agence nationale du registre des populations et des titres sécurisés en Mauritanie, représentée par Bebbe El Mane.
Dans le prolongement de ces distinctions, plusieurs
médailles de reconnaissance ont également été attribuées à des institutions et entreprises pour leurs initiatives numériques et leur contribution à la transformation digitale. Parmi elles figurent des acteurs marocains tels que
l’Agence nationale de la sécurité routière et
l’ONCF, ainsi que des structures issues d’autres écosystèmes africains, notamment Pulsar Technologies au Sénégal, Tesselate Africa au Maroc ou encore eSTEMate au Cameroun.