Rochdi Mokhliss
25 Mars 2026
À 14:30
Face au défi croissant de nourrir une population mondiale estimée à 10 milliards d’habitants à l’horizon 2050, la gestion durable de l’eau en agriculture s’impose comme un enjeu stratégique majeur. Dans son dernier
rapport intitulé « Nourrir et prospérer : des solutions hydriques pour nourrir 10 milliards de personnes sur une planète vivable », le Groupe de la
Banque mondiale met en lumière des solutions concrètes, dont une initiative marocaine présentée comme un modèle reproductible à l’échelle internationale.
Au Maroc, une facilité de partage des risques a été mise en place pour encourager le financement d’investissements agricoles liés à l’irrigation et à l’énergie solaire. Ce dispositif vise à
réduire le risque de crédit pour les institutions financières, tout en facilitant l’accès des agriculteurs aux technologies économes en eau.
Le mécanisme repose sur un partenariat entre la
Banque Centrale Populaire (BCP), la
Compagnie Marocaine de Goutte-à-Goutte et de Pompage (CMGP), principal acteur national dans les systèmes d’irrigation, et la
Société financière internationale (IFC). La BCP octroie des financements principalement aux agriculteurs ainsi qu’aux très petites, petites et moyennes entreprises du réseau de distribution de la compagnie.
L’objectif est de soutenir le déploiement de systèmes d’irrigation performants et d’installations solaires, permettant de remplacer les équipements fonctionnant aux carburants fossiles. Cette transition contribue à la fois à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à améliorer l’efficacité hydrique dans les exploitations agricoles.
Selon le rapport,
près de 30.000 agriculteurs devraient bénéficier de ces équipements d’ici 2027, illustrant le potentiel de ce modèle pour transformer durablement les pratiques agricoles.
En mettant en avant l’exemple marocain, la Banque mondiale souligne l’importance des mécanismes innovants combinant financement, technologie et partenariat public-privé. Le modèle de partage des risques mis en place au Maroc illustre une approche pragmatique, capable de concilier transition énergétique, efficacité hydrique et inclusion financière.
Dans un contexte mondial marqué par la rareté croissante des ressources en eau, ce type d’initiative pourrait jouer un rôle clé dans la transformation des systèmes agricoles, en particulier dans les régions confrontées à des contraintes similaires.
Au-delà de cet exemple, le rapport de la Banque mondiale souligne les déséquilibres actuels dans l’utilisation de l’eau à l’échelle mondiale. Dans certaines régions, la ressource est surexploitée, tandis que dans d’autres, elle reste sous-utilisée. Dans son état actuel, le système agricole mondial ne permettrait de soutenir durablement la production alimentaire que pour moins de la
moitié de la population actuelle.Pour répondre aux besoins futurs, il devient impératif de corriger ces déséquilibres en réduisant la surconsommation dans les zones en stress hydrique et mieux valoriser les ressources disponibles dans les régions plus riches en eau.
Un nouveau cadre pour concilier eau, production et commerce
Le rapport propose un cadre analytique inédit, qui met en relation la disponibilité de l’eau avec la production agricole et les flux commerciaux. En classant les pays selon leur niveau de stress hydrique et leur position d’importateur ou d’exportateur de produits alimentaires, cette approche permet d’identifier les stratégies les plus adaptées.
Dans certains territoires, l’expansion de l’agriculture pluviale pourrait accroître la production. Dans d’autres, des investissements ciblés dans l’irrigation pourraient stimuler la croissance économique et la création d’emplois. À l’inverse, dans les zones fortement contraintes, le recours accru aux importations peut constituer une solution plus durable.
Des investissements massifs à mobiliser
La transformation du système agricole mondial nécessitera des investissements significatifs. La Banque mondiale estime que l’extension et la modernisation des systèmes d’irrigation nécessiteront entre
24 et 70 milliards de dollars supplémentaires par an d’ici 2050.
À titre de comparaison, les gouvernements consacrent déjà près de 490 milliards de dollars par an au soutien de l’agriculture, principalement sous forme de subventions. Le rapport recommande de réorienter une partie de ces dépenses vers des investissements plus productifs, combinés à des réformes réglementaires, des financements mixtes et des partenariats public-privé.
Ces leviers devraient permettre de mobiliser davantage de capitaux privés, y compris des co-investissements des agriculteurs eux-mêmes, afin de renforcer la viabilité économique des systèmes alimentaires.
Une stratégie globale de la Banque mondiale
Dans cette dynamique, le Groupe de la Banque mondiale s’est engagé à doubler ses financements annuels en faveur de l’agroalimentaire, pour atteindre 9 milliards de dollars d’ici 2030, tout en mobilisant 5 milliards de dollars supplémentaires chaque année.
Ces efforts s’inscrivent dans le cadre de l’
initiative AgriConnect, destinée à accompagner les petits exploitants dans leur transition vers une agriculture commerciale. Parallèlement, la stratégie du Groupe pour l’eau vise à répondre simultanément aux enjeux de sécurité hydrique et alimentaire, en renforçant les systèmes de production et les moyens de subsistance des agriculteurs.