Économie

Aquaculture : à Aoulouz, l’ANEF prépare un pôle de pisciculture pensé pour les zones arides

Nouveau projet structurant pour l’aquaculture au Maroc. L’Agence nationale des eaux et forêts prévoit, sur cinq hectares du domaine forestier de la commune d’Aoulouz (province de Taroudant), l’aménagement d’un pôle intégré de production et de formation consacré à l’aquaculture continentale. Fondée sur l’élevage de tilapia du Nil et de carpe argentée, et sur une circulation de l’eau entièrement gravitaire, la future plateforme se veut un modèle standardisé et reproductible pour les régions arides et semi-arides.

14 Octobre 2026 À 09:35

Le projet s’inscrit dans une ambition que l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) qualifie de priorité stratégique : développer l’aquaculture continentale pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire, de résilience face au changement climatique, de valorisation durable des ressources hydriques continentales et de dynamisation des économies locales et rurales. Cette orientation s’appuie sur la stratégie nationale «Forêts du Maroc» et sur le «Nouveau modèle de développement de la pêche et de l’aquaculture continentales» (NMD-PAC) 2023-2030, qui vise à concilier productivité aquacole, durabilité environnementale, inclusion sociale et attractivité territoriale. L’un des principaux leviers de ce modèle est la création de pôles aquacoles intégrés, conçus comme des centres multifonctionnels dédiés à la production piscicole, à la formation, à la démonstration et à l’innovation. L’Aquapôle de Taroudant en est la traduction dans le Souss-Massa. Élaboré à partir d’une étude technique préalable, il prévoit des infrastructures modernes adaptées aux conditions des zones arides et semi-arides : écloserie, unités de reproduction et de nurserie, bassins de pré-grossissement et de grossissement, module d’élevage en Raceways, système hydraulique gravitaire optimisé, ainsi que des espaces de formation technique et de démonstration.

Une chaîne d’élevage complète sur cinq hectares

Le pôle réunira, sur un seul site, tous les maillons de la production. Il reposera sur deux espèces : le tilapia du Nil (Oreochromis niloticus), destiné à la production commerciale, et la carpe argentée (Hypophthalmichthys molitrix), employée notamment pour le contrôle biologique du phytoplancton et l’amélioration de la qualité des eaux. Le cycle commencera à l’écloserie, un bâtiment modulaire préfabriqué à charpente métallique légère de 28 m sur 42 m (1.176 m²), prévu pour accueillir un système aquacole en recirculation (RAS). Ses surfaces indicatives comprendront environ 432 m² pour la reproduction, 192 m² pour l’incubation et 352 m² pour la nurserie et le pré-grossissement, ainsi qu’un coin laboratoire destiné au contrôle de la qualité de l’eau et au suivi zootechnique. Le choix du préfabriqué vise une mise en œuvre rapide, une grande flexibilité d’aménagement et des possibilités d’extension ou de reconfiguration. En aval, les poissons passeront par des bassins de nurserie, de pré-grossissement puis de grossissement.

Le module d’élevage en Raceways (IPRS) illustrera l’approche retenue pour limiter l’emprise : les poissons seront concentrés dans trois bassins en béton où les densités seront élevées et la gestion facilitée, tandis que l’étang qui les entoure servira de zone de traitement ; les déchets solides y seront acheminés pour décanter. Selon le schéma du dossier du projet, les Raceways ne représenteront qu’environ 3% du volume de l’étang. Chaque Raceway sera équipé d’un système air-lift qui met l’eau en mouvement et de portes en inox munies de grilles de confinement. Les bassins de reproduction seront installés sous serre pour une protection thermique passive. Le dossier en attend une limitation des variations de température, de meilleures conditions d’élevage et un allongement de la période de reproduction, notamment dans les zones aux hivers modérés. Les bassins seront dotés de pêcheries pour la récupération des poissons lors des vidanges, du tri ou des récoltes, de passerelles de service et de séparations amovibles.

L’eau, ressource stratégique et contrainte première

Dans une zone aride, tout part de l’eau. Une ressource stratégique pour le fonctionnement du pôle. Le projet sera d’ailleurs organisé autour de sa disponibilité : les investigations géophysiques, géotechniques et hydrogéologiques sur l’emprise de 5 ha ouvriront le chantier, pour repérer les horizons aquifères, la profondeur probable de la nappe et les débits attendus. Le nombre de forages d’exploitation, de deux à cinq, dépendra du débit nécessaire. Le calendrier est volontairement séquentiel : la conception détaillée de l’Aquapôle ne sera lancée qu’une fois la ressource en eau validée. La conception hydraulique reposera ensuite sur un principe unique : la gravité. Le forage alimentera un réservoir tampon (un château d’eau) implanté au point culminant du site, avec un système de jet ou de cascade pour oxygéner l’eau avant sa distribution. Les unités de production seront étagées à des altitudes décroissantes, de sorte que l’eau s’écoulera naturellement de l’une à l’autre, sans pompage intermédiaire. Chaque bassin disposera d’une vidange autonome qui permettra de le vider complètement par gravité, ce qui facilitera l’entretien, la récolte et la gestion sanitaire. La performance du système dépendra donc directement de la qualité du nivellement topographique et de l’implantation altimétrique des ouvrages. Les eaux de sortie, riches en nutriments, seront collectées dans un bassin de décantation et de stockage étanchéifié par géomembrane, où les matières en suspension sédimenteront. Elles pourront être réutilisées pour l’irrigation des espaces verts, de cultures fourragères ou de zones de végétalisation, ce qui constituera une contribution à l’économie circulaire du site. Un bilan hydrique précis intégrera les apports des forages, les consommations (bassins, évaporation, pertes) et les sorties (effluents et valorisation).

Énergie, climat, matériaux : concevoir pour l’aride

Dans le dossier de consultation du projet, l’ANEF décline les contraintes du climat local : fortes chaleurs estivales, risques de gel hivernal, vents de sable et forte évaporation. Les matériaux devront ainsi résister aux UV, aux écarts thermiques importants, à la corrosion et à l’abrasion : acier inoxydable pour les vannes et les grilles, polyéthylène haute densité pour les conduites, béton hydrofuge pour les bassins. Les structures préfabriquées devront être modulaires, démontables et reconfigurables, afin que le projet puisse évoluer. L’isolation thermique des bâtiments et des serres sera étudiée pour maintenir des températures d’élevage de 24 à 30 °C pour le tilapia avec un minimum d’apport énergétique. La maîtrise de l’énergie est l’autre pilier. Le projet prévoit une étude de dimensionnement d’une centrale photovoltaïque, destinée à réduire les coûts énergétiques d’exploitation, ainsi que l’intégration de solutions solaires pour l’alimentation des équipements et le pompage. Un raccordement électrique sera étudié en concertation avec l’ONEE, avec bilan de puissance des besoins actuels et futurs, poste de livraison, transformateur et solutions de sécurisation de l’alimentation. Les aménagements extérieurs (voiries, clôtures, éclairage, signalétique, réseaux) et un plan paysager et environnemental compléteront l’ensemble, avec une préférence pour les matériaux locaux et écologiques dans les revêtements des allées et des aires de circulation.

Un lieu de formation autant qu’une ferme

L’Aquapôle ne se limitera pas à produire. Il comprendra des espaces de formation et de démonstration destinés à l’apprentissage pratique, au transfert de technologies et à la sensibilisation, ainsi que des structures préfabriquées pour la formation, l’administration et les services techniques. Cette dimension viendra répondre à l’intitulé même du projet, «pôle de production aquacole et de formation sur les métiers de l’aquaculture continentale», et à l’objectif, affiché par l’ANEF, de contribuer à la dynamisation des économies locales et rurales.

Les enjeux : eau, reproductibilité, ancrage local

Le premier enjeu est celui de la ressource. Un élevage piscicole implanté dans une zone aride dépend d’un débit stable et d’une eau de qualité ; c’est la raison pour laquelle le projet conditionnera sa phase de conception à la validation préalable des forages et fixe la gravité comme règle de conception. Le deuxième est la maîtrise des coûts d’exploitation : la gravité, le photovoltaïque et l’isolation des serres visent à limiter les besoins énergétiques et les coûts de fonctionnement. Le troisième enjeu tient à la vocation de modèle. En concevant un module standardisé, modulaire et reproductible, l’ANEF fait de Taroudant un prototype : sa réussite technique et économique conditionnera la possibilité de dupliquer le schéma dans d’autres territoires arides et semi-arides, conformément à la logique des pôles intégrés du NMD-PAC. Le quatrième, enfin, est l’ancrage local : la valeur du pôle dépendra de sa capacité à diffuser les savoir-faire auprès des acteurs de la filière et à générer de l’activité autour du site.
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