a ouvert ses travaux ce mercredi, sur le thème «Nouveaux services et couvertures : l’assurance à la conquête de nouveaux territoires». Organisé les 15 et 16 avril par la
, l'événement a réuni une audience record de 1.100 acteurs et partenaires du secteur, dont 240 participants étrangers, confirmant le rayonnement croissant de ce rendez-vous en tant que cadre de référence pour l'assurance en Afrique et dans le monde arabe.
, pays à l'honneur. Cette 12e édition a donné lieu à des annonces majeures sur la trajectoire du secteur et son cadre réglementaire.
Un secteur en forte croissance
Dans son allocution, Abderrahim Chaffai a dressé un tableau chiffré et ambitieux du
marché marocain de l'assurance. En dix ans, le chiffre d'affaires global du secteur a plus que doublé, atteignant 67,6 milliards de dirhams en 2025, avec une dynamique particulièrement soutenue du segment Vie. Le total du bilan dépasse désormais 331 milliards de dirhams, les provisions techniques s'élèvent à plus de 240 milliards de dirhams, et les prestations versées aux assurés ont atteint près de 56 milliards de dirhams en 2025.
Les
assureurs marocains s'affirment en outre comme des investisseurs institutionnels de premier plan, avec des placements affectés dépassant 244 milliards de dirhams, contribuant ainsi au financement à long terme de l'économie nationale.
Malgré ces performances, le président de l’
Acaps a tenu à souligner les marges de progression importantes qui subsistent, notamment en matière de taux de pénétration et d'inclusion assurantielle. Parallèlement,
l'assurance Takaful poursuit sa montée en puissance : les primes émises ont atteint 141,9 millions de dirhams en 2025, en progression de près de 50 % par rapport à 2024, avec une forte concentration sur l'assurance individuelle décès liée au financement participatif.
L'amendement du Livre IV : une réforme historique
L'annonce la plus attendue de cette cérémonie d'ouverture est sans doute celle relative à la refonte du
Livre IV du Code des assurances (Loi 17-99). Abderrahim Chaffai a confirmé que le projet de loi a été déposé auprès du
Secrétariat général du gouvernement (SGG) pour adoption dans les meilleurs délais.
Ce chantier réglementaire est particulièrement attendu par les professionnels du secteur. Depuis la publication du Code des assurances en novembre 2002, ce cadre n'a jamais fait l'objet d'une réforme aussi profonde de sa partie relative à la
distribution. Le nouveau texte, a précisé M. Chaffai, a été partagé et validé avec l'ensemble des partenaires et parties prenantes avant d'être transmis au SGG, garantissant ainsi une appropriation collective.
Cette refonte ambitionne de moderniser substantiellement le
cadre réglementaire : mieux structuré et plus équilibré, il entend tenir compte de l'évolution du secteur, de l'avènement des nouvelles technologies et corriger les insuffisances identifiées depuis plus de vingt ans d'application. La distribution digitale, l'encadrement des nouveaux canaux et la valorisation du rôle des
intermédiaires figurent parmi les enjeux centraux du texte.
Mohamed Hassan Bensalah, dans son allocution, a salué cette refonte très attendue comme une avancée majeure, témoignant d'une volonté claire d'adapter le cadre aux nouvelles réalités, tout en ouvrant la voie à davantage d'innovation.
Trois axes structurants pour l'action de l’ACAPS
Au-delà de cette réforme phare, Abderrahim Chaffai a articulé la Feuille de route de l’Acaps autour de trois axes complémentaires :
Premier axe : l'élargissement de l'accès à l'assurance. L’Acapsa mis en place un cadre dédié à la micro-assurance, permettant le développement de produits simples et accessibles, notamment via les établissements de paiement. En parallèle, l'amendement du Livre I du Code des assurances est actuellement dans une phase avancée du processus d'adoption. Toutefois, si ce cadre a permis de poser les bases, une mobilisation accrue reste nécessaire en matière d’innovation produit, de distribution et d’adaptation des offres aux besoins spécifiques des populations ciblées.
Le deuxième axe porte sur l'extension des champs de couverture et la prise en charge de risques de plus en plus complexes. Parmi les dispositifs importants mis en place, figure le régime de couverture des événements catastrophiques qui garantit à toute personne présente sur le territoire national un droit minimal à l’indemnisation. Cette solution majeure s’inscrit dans une approche globale visant à structurer une architecture de couverture, clarifiant les rôles des acteurs, optimisant les mécanismes de transfert des risques et favorisant une mutualisation adaptée, avec un recours ajusté à la réassurance et à d’autres instruments tels que les mécanismes de pooling ou les garanties publiques.
Depuis l’entrée en vigueur de la Loi n°110-14, les actions engagées ont permis de renforcer l’analyse des risques, de développer la modélisation financière et de mettre en place des solutions de transfert, à travers un dispositif paramétrique adossé à la réassurance internationale, renforçant ainsi la capacité de réponse du système face aux événements majeurs. Pour Chaffai, les solutions paramétriques ont démontré leur efficacité et offrent des perspectives intéressantes en complément des approches indemnitaires. Leur pertinence a été d’ailleurs confirmée à la suite du séisme d’Al Haouz. Par ailleurs, l’Acaps travaille sur le projet d’instauration de l’assurance multirisque habitation obligatoire, visant à mieux protéger les biens et les personnes dans un pays où une part encore limitée des logements est couverte.
Le troisième axe concerne la transformation des modèles opérationnels et des modes de relation avec les assurés. La digitalisation de l'ensemble de la chaîne de valeur – de la souscription à l'indemnisation – est présentée comme un impératif. L’Acaps prévoit notamment la mise en place d'un dispositif digital de contrôle fondé sur l'intelligence artificielle, permettant de surveiller en continu les ventes en ligne, de détecter les pratiques non conformes et de renforcer la protection des assurés. Concernant l'assurance cyber, l’Acaps accompagne ce chantier par l’analyse des pratiques internationales, l’élaboration de clauses types et le renforcement de la coordination avec les acteurs du marché et de la réassurance. Des premières solutions devraient être lancées sur le marché dès ce trimestre.
Un nouveau cadre prudentiel pour renforcer la solidité du marché
M. Chaffai a également annoncé la publication imminente du cadre de solvabilité basée sur les risques (SBR), prévu ce trimestre. Ce dispositif, articulé en trois piliers combinant exigences quantitatives, qualitatives et de transparence, vise à adapter les exigences en capital au profil réel des risques de chaque entreprise. Il implique un pilotage financier plus fin et une montée en maturité des pratiques de gouvernance au sein du secteur. Dans la perspective de son entrée en application, ce dispositif appelle un renforcement des pratiques de gestion des risques et de gouvernance au sein des entreprises. L’Acaps accompagne ainsi les entreprises sur ce volet.
Un contexte mondial d'incertitude, une résilience à construire
Mohamed Hassan Bensalah a pour sa part ouvert son allocution sur le contexte géopolitique mondial, en particulier les tensions au Moyen-Orient depuis fin février, qui alimentent une nouvelle phase d'incertitude économique globale. Face à l'émergence de nouveaux risques – climatiques, cyber, géostratégiques – il a interrogé l'avenir du métier : «Sommes-nous à l'aube d'une assurance plus géopolitique ?» Les entreprises, les investisseurs, mais aussi les citoyens sont désormais exposés à des risques qui dépassent largement le cadre traditionnel de l'assurance.
Dans ce contexte, le rôle des États, des réassureurs et des partenariats publics et privés devient central. Parallèlement, le rôle de l'assureur lui aussi est appelé à évoluer, pour protéger le plus grand nombre de personnes et de biens.
Les assureurs sont également devenus des acteurs de la résilience économique et sociale. Le président de la FMA a insisté, ainsi, sur la nécessité de rendre l'assurance plus inclusive, notamment sur le continent africain, en s'appuyant sur le digital et les nouvelles technologies pour atteindre les populations encore non couvertes. Il a également abordé l'enjeu de l'attractivité des talents pour une industrie en pleine mutation, rappelant que les générations Y et Z représenteront bientôt plus de la moitié de la population active. À noter que la cérémonie d’ouverture a connu la signature d’un mémorandum d'entente de coopération entre la FMA et l’Association des assurances du Sultanat de Oman.