Économie

BAD : Le Maroc sur une trajectoire de croissance économique solide à l’horizon 2027

La Banque africaine de développement prévoit une consolidation de la croissance marocaine à 4% en 2026, puis 4,3% en 2027, après 4,4% en 2025. Portée par le rebond agricole, les investissements publics, le tourisme et les exportations industrielles à plus haute valeur ajoutée, cette dynamique s’inscrit dans un contexte de stabilisation macroéconomique, marqué notamment par une inflation maîtrisée et des équilibres extérieurs relativement contenus.

À l'échelle du continent, la BAD estime la croissance africaine à 4,2% en 2025 et projette 4,3% en 2026 et 4,5% en 2027. L'Afrique devrait ainsi demeurer parmi les régions du monde à la croissance la plus rapide.

31 Mars 2026 À 19:19

La Banque africaine de développement table sur une croissance économique au Maroc de 4% en 2026 et 4,3% en 2027, après une performance estimée à 4,4% en 2025, selon le Rapport «Performance et perspectives macroéconomiques de l’Afrique» publié par l’institution panafricaine.

Cette dynamique favorable s’appuie sur plusieurs moteurs identifiés par la BAD : l’augmentation de la production agricole, rendue possible par des précipitations plus favorables et un programme gouvernemental de reconstitution du cheptel après des années de pertes liées à la sécheresse, la hausse des recettes touristiques, des investissements publics soutenus dans la modernisation des systèmes de transport, ainsi que l’accroissement de la productivité manufacturière, tirée par la production de phosphate et les exportations à plus haute valeur ajoutée des secteurs automobile et aéronautique.



Sur le plan monétaire, le Rapport note que la Banque centrale du Maroc a maintenu son taux directeur stable après plusieurs baisses successives, signe d’une inflation maîtrisée. Le pays affiche d’ailleurs une inflation projetée à 1,9% en moyenne sur 2026-2027, parmi les plus basses du continent, et un déficit budgétaire attendu à 3,1% du PIB sur la même période. Le solde du compte courant devrait s’établir à -2,5% du PIB, reflet d’une position extérieure globalement contenue. Sur le plan des changes, la Banque relève que la solidité des réserves de change du Maroc a contribué à atténuer les pressions extérieures et à soutenir la stabilité financière. Ces prévisions restent toutefois à lire avec prudence. Le Rapport de la BAD ne semble pas intégrer les développements liés au conflit déclenché au Moyen-Orient en février. Or, cette nouvelle donne géopolitique pourrait entraîner une hausse des prix de l’énergie, renchérir les coûts de transport et raviver les pressions inflationnistes, avec des implications potentielles sur les équilibres macroéconomiques et les conditions financières.

L’Afrique du Nord en nette reprise

À l’échelle régionale, l’Afrique du Nord s’inscrit dans une trajectoire de redressement prononcé. La BAD estime la croissance de la région à 4,1% en 2025, contre seulement 2,7% en 2024, et projette une poursuite de l’accélération à 4,2% en 2026, puis 4,4% en 2027.

Cette reprise régionale est portée par plusieurs économies. La Libye affiche la performance la plus spectaculaire, avec une croissance estimée à 12,4% en 2025 grâce à la forte remontée de sa production pétrolière – proche de 1,3 million de barils par jour contre 1,1 million en 2024 – avant un ralentissement à 5,2% en 2026. L’Égypte, de son côté, enregistre une croissance estimée à 4,1% en 2025, attendue à 4,4% en 2026, portée par de solides investissements directs étrangers (IDE) dans les infrastructures portuaires, la création de zones industrielles et l’expansion manufacturière. La Mauritanie devrait connaître une reprise de 4% en 2025 à 5,2% en 2026, grâce à l’expansion de sa production de gaz naturel liquéfié et de minerai de fer. L’Algérie progresse plus modestement, de 3,3% en 2025 à 3,9% projeté en 2026. La Tunisie, enfin, affiche une croissance plus timide, estimée à 2,5% en 2025 et attendue à 2,8% en 2026, grâce à l’allègement progressif de l’inflation, à la reprise du tourisme et à l’amélioration des performances agricoles.

La région bénéficie, par ailleurs, d’un positionnement géostratégique croissant dans le contexte de la mondialisation fragmentée. L’Afrique du Nord a capté 52,1 milliards de dollars d’IDE en 2024, soit plus de la moitié du total du continent, notamment à travers des projets d’énergies renouvelables en Tunisie et au Maroc, et le gigantesque projet de développement de Ras El-Hekma en Égypte (un partenariat de 35 milliards de dollars). Les flux d’IDE ont augmenté de 21,2% pour atteindre 936 millions de dollars en Tunisie et de 55,4% pour atteindre 1,6 milliard de dollars au Maroc.

Un continent résilient, mais des disparités persistantes entre régions

À l’échelle continentale, la BAD estime la croissance africaine à 4,2% en 2025, en hausse de 0,7 point par rapport à 2024, et projette une stabilisation à 4,3% en 2026 puis une accélération à 4,5% en 2027. L’Afrique devrait ainsi demeurer parmi les régions du monde à la croissance la plus rapide, abritant 12 des 20 économies les plus dynamiques du globe en 2025.

Les disparités régionales restent toutefois marquées. L’Afrique de l’Est conserve son rang de région la plus dynamique, avec une croissance estimée à 6,4% en 2025 – portée notamment par l’Éthiopie (9,8%), le Rwanda (7,5%) et l’Ouganda (6,4%) –, un rythme maintenu en 2026 avant un léger fléchissement à 6,3% en 2027. L’Afrique de l’Ouest affiche une croissance estimée à 4,7% en 2025, tirée par le Sénégal (8,1%), le Niger (7,8%), la Guinée (7,2%), le Bénin (7,1%) et la Côte d’Ivoire (6,4%), avant une légère modération à 4,6% en 2026 et un rebond à 4,8% en 2027. L’Afrique centrale connaît un léger ralentissement à 3,9% en 2025, mais devrait retrouver 4,2% en 2026 et 4,3% en 2027, portée par la République démocratique du Congo et ses investissements miniers. L’Afrique australe demeure la région la moins performante du continent, avec une croissance estimée à seulement 2% en 2025, plombée par les contraintes structurelles de l’Afrique du Sud (1%), la contraction du Botswana (–0,8%). La région devrait néanmoins s’améliorer graduellement à 2,4% en 2026 et 2,6% en 2027.

La BAD souligne que si les perspectives macroéconomiques africaines se consolident, des risques substantiels demeurent : surendettement, instabilité géopolitique, chocs climatiques et réduction des flux d’aide publique au développement. L’institution appelle à des réformes structurelles audacieuses, à une mobilisation accrue des ressources nationales et à un approfondissement de l’intégration régionale dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine pour consolider durablement cette dynamique de croissance. n
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