Saïd Naoumi
10 Août 2026
À 11:23
Le constat ne laisse guère de place au doute : les
oasis du Sud, colonne vertébrale économique et culturelle des provinces d’
Ouarzazate, de
Zagora et d’une partie de
Tinghir, s’effondrent sous la pression conjuguée du réchauffement et de la raréfaction de l’eau. C’est dans ce contexte que l’
Agence pour le développement agricole (ADA) a sollicité un prêt de 20 millions de dollars auprès du
Fonds d’adaptation pour financer le projet intitulé «Renforcer la résilience des écosystèmes oasiens et améliorer les capacités d’adaptation des communautés du
bassin du Drâa aux changements climatiques». Il faut dire que le périmètre du Drâa est un territoire en première ligne du dérèglement climatique.
Le Maroc est, en effet, considéré comme l’un des «points chauds» du changement climatique, avec un réchauffement moyen observé de 0,6 à 1,4 °C selon les régions au cours des quarante dernières années, et un déficit pluviométrique de 32% depuis 2019. Les oasis du bassin du Drâa, qui couvrent les zones du Haut Drâa et du Moyen Drâa, concentrent l’essentiel de ces vulnérabilités : stress hydrique, salinisation des nappes, crues violentes, érosion des sols, dégradation des palmeraies et ensablement des barrages. À l’échelle nationale, les oasis couvriraient environ 48.000 hectares et abriteraient plus de 1,7 million d’habitants, mais deux tiers d’entre elles ont disparu au cours du siècle écoulé. Dans le bassin du Drâa en particulier, le pompage excessif des nappes dans les palmeraies de
Skoura, Nkob, Tazarine, Taghbalte, Fezouata ou
Ouhmidi a fait chuter le niveau des eaux souterraines et asséché certaines
khettaras, ces galeries traditionnelles qui drainent l’eau vers les palmeraies.
Quatre volets pour restaurer l’équilibre hydrique et économique des oasis
Le projet s’organisera autour d’une approche dite «fondée sur les écosystèmes», qui articule la santé biophysique des oasis et le bien-être socio-économique des populations, en particulier des femmes et des jeunes, jugés les plus exposés aux risques climatiques. Il se décline en quatre composantes complémentaires. Il s’agit d’abord de renforcer la résilience de l’écosystème oasien. Ce premier volet, le plus doté financièrement, vise à sécuriser l’accès à l’eau et à réduire la vulnérabilité des palmeraies aux incendies. Il prévoit la construction de quatre nouveaux seuils de dérivation et le renforcement de six ouvrages existants dans la
vallée du Drâa, l’installation de trente forages alimentés par l’énergie solaire, la réhabilitation des khettaras et seguias dégradées, la construction de seuils de recharge de nappe ainsi que l’édification de quinze kilomètres de murs de protection contre les crues, en maçonnerie ou en gabions. Le nettoyage de cent mille touffes de palmiers dattiers dans les six principales palmeraies de la vallée doit, par ailleurs, réduire la biomasse inflammable, tandis que des points d’eau d’urgence et un système pilote d’alerte précoce viendront renforcer la préparation aux incendies.
Le deuxième volet cible les éleveurs et les zones de parcours, avec la création ou la réhabilitation de vingt
points d’eau solaires et la construction de dix abris pour le bétail, ainsi que des actions de restauration foncière contre l’ensablement sur 1.000 hectares et la promotion de la culture de plantes aromatiques et médicinales adaptées aux conditions arides, comme le thym, le romarin, la lavande ou l’armoise. S’agissant du troisième volet, il consistera à accompagner la transition vers une agriculture oasienne biologique et résiliente, à renforcer les capacités des agriculteurs et de leurs organisations, ainsi qu’à promouvoir l’entrepreneuriat agricole chez les femmes et les jeunes.
Plus de 3.000 personnes devront ainsi bénéficier de formations en
gestion d’entreprise,
marketing et
gestion des risques climatiques, avec l’objectif de créer ou de renforcer au moins 150 coopératives et petites entreprises. Le dernier volet du projet, plus modeste en budget, vise à institutionnaliser un dispositif de suivi, d’évaluation et de gestion des connaissances, afin de documenter les enseignements du projet et de favoriser leur réplication dans d’autres zones oasiennes du Royaume.
Les enjeux pour un territoire fragilisé
Au-delà des infrastructures, l’enjeu du projet est aussi social. Le taux de
pauvreté parmi les habitants des oasis atteignait 16% en 2021, contre une moyenne nationale de 9%. Les femmes, qui représentent environ 51% de la population oasienne, restent largement exclues de la prise de décision et de l’emploi rémunéré, malgré un rôle central dans les activités agricoles et l’économie domestique. Le projet prévoit à ce titre qu’au moins 40% de ses bénéficiaires soient des
femmes et 20% des
jeunes, avec des quotas de représentation dans les groupes communautaires : brigades de lutte contre les incendies, associations d’usagers de l’eau et comités de planification locale. Sur le plan environnemental, le projet ambitionne d’accroître l’efficience de l’usage de l’eau de 30%, de protéger 5.000 hectares de
palmeraies grâce à la stabilisation des dunes sur mille hectares, et de contribuer à la lutte contre la maladie du Bayoud, un champignon tellurique responsable de la destruction de plus des deux tiers des palmiers dattiers de la zone du projet au cours du siècle écoulé.
Le projet certifié «priorité nationale»
Le projet porté par l’ADA est aligné sur le Plan national stratégique d’adaptation (PNSA 2020-2030), la Stratégie nationale de gestion des risques de catastrophes naturelles, la Contribution déterminée au niveau national révisée, le Programme national d’alimentation en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 2020-2027), la Stratégie forestière du Maroc et la stratégie «Génération Green 2020-2030». Il se veut complémentaire, sans chevauchement géographique, avec plusieurs initiatives antérieures dans la région, dont le projet «PACC-ZO» déjà financé par le Fonds d’Adaptation dans les bassins du Gheris intermédiaire et du Maïder, le projet «Oasil» financé par le Fonds pour l’environnement mondial, ou encore le programme de gestion durable des écosystèmes oasiens soutenu par la Banque mondiale. Le dossier du projet a déjà reçu l’aval du point focal marocain du Fonds d’adaptation, le ministère de la Transition énergétique et du développement durable, qui a certifié ainsi que le projet constitue une priorité nationale et s’inscrit dans le Plan national stratégique d’adaptation.