Économie

Batteries lithium-ion : voici la capacité de traitement des matériaux stratégiques du Maroc

Avec un potentiel industriel pouvant atteindre les 56.160 tonnes métriques de matériaux intermédiaires pour batteries lithium-ion, le Maroc dispose d’un levier stratégique rarement mis en chiffres avec autant de précision. Un document de travail publié sur «ScienceDirect» met en évidence trois trajectoires industrielles – 600, 9.305 et 56.160 tonnes – articulées autour du raffinage du nickel, du manganèse et du cobalt en sulfates de qualité batterie. Adossé à un socle minier majeur – dont 70% des réserves mondiales connues de phosphates – et à une proximité immédiate avec le marché européen, le Royaume pourrait ainsi se positionner sur les segments à plus forte valeur ajoutée de la chaîne des batteries, au cœur de la recomposition industrielle liée à la transition énergétique.

16 Février 2026 À 09:20

Le Maroc a la possibilité d’atteindre une capacité industrielle de 56.160 tonnes métriques dans le traitement de matériaux stratégiques pour batteries lithium-ion. C’est l’un des chiffres centraux d’un document d’analyse publié par la plateforme «ScienceDirect» (éditeur : Elsevier), consacré au développement d’un cadre stratégique d’investissement dans la transformation des matériaux pour batteries au Maroc.

L’étude met en avant un positionnement clair : le Royaume dispose, en effet, de ressources minérales, de la proximité géographique et des prérequis industriels nécessaires pour s’insérer progressivement dans la chaîne de valeur européenne des batteries, en particulier sur les segments du raffinage et des matériaux intermédiaires.

Le document souligne le contexte d’accélération soutenue du marché des batteries lithium-ion, porté par l’expansion des véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie. Cette dynamique entraîne une hausse continue de la demande en métaux critiques destinés aux cathodes, notamment le nickel, le manganèse et le cobalt.

Dans cette analyse, le Vieux Continent est identifié comme un pôle majeur de demande future, avec un besoin croissant de sécurisation des approvisionnements. La proximité géographique du Maroc avec l’Europe constitue, donc, un levier stratégique déterminant.

Le document rappelle que le Maroc détient environ 70% des réserves mondiales connues de phosphates. À ce socle s’ajoutent des ressources nationales en cobalt, manganèse et nickel. Ces trois métaux sont, d’ailleurs, essentiels à la production des cathodes de type NMC (nickel-manganèse-cobalt), largement utilisées dans les batteries lithium-ion. La disponibilité locale de ces ressources permettrait au pays de dépasser le simple rôle d’exportateur de minerai brut pour évoluer vers des segments à plus forte valeur ajoutée.

Trois trajectoires industrielles : 600, 9.305 et 56.160 tonnes

L’étude identifie trois scénarios de capacité industrielle pour le Maroc : 600 tonnes métriques, 9.305 tonnes et 56.160 tonnes métriques. Ces volumes correspondent à différents niveaux d’intégration industrielle, incluant la production de sulfates métalliques de qualité batterie et la fabrication de précurseurs cathodiques.

Le scénario maximal de 56.160 tonnes métriques constitue le niveau le plus ambitieux envisagé dans l’analyse. Il traduirait une montée en puissance industrielle significative, capable d’alimenter une part importante des besoins régionaux en matériaux intermédiaires.

Raffinage : le cœur du positionnement marocain

L’étude détaille les chaînes de transformation proposées. Pour le nickel, par exemple, les auteurs estiment que le Royaume pourrait produire du sulfate de nickel de qualité batterie en développant un procédé industriel incluant l’extraction, la concentration, la lixiviation, l’extraction par solvant et la cristallisation. Pour le manganèse, le pays a également l’opportunité de produire du sulfate de manganèse monohydraté (HPMSM), utilisé dans les cathodes NMC.

Le positionnement proposé est clair : le Maroc ne viserait pas, dans un premier temps, la fabrication de cellules, mais se concentrerait sur les segments intermédiaires à forte valeur ajoutée – raffinage et production de matériaux actifs – afin d’assurer une insertion ciblée dans la chaîne de valeur des batteries.

Cette chaîne comprend l’extraction minière, le raffinage, la production de sulfates, les précurseurs cathodiques, la fabrication de cathodes et de cellules ainsi que l’assemblage de packs. Dans cette configuration, le Maroc est identifié comme particulièrement compétitif sur les étapes 2 à 4.

Ce positionnement intermédiaire permettrait ainsi de capter davantage de valeur sans supporter l’intégralité des coûts et des risques associés à la production de cellules. L’analyse met en avant plusieurs atouts structurels, à savoir la proximité logistique avec l’Europe, les infrastructures portuaires existantes, l’écosystème automobile déjà implanté et les accords commerciaux avec l’Union européenne.

Ensemble, ces éléments renforcent la crédibilité d’une intégration rapide dans les chaînes d’approvisionnement régionales.

L’analyse insiste toutefois sur le caractère capitalistique des unités de raffinage à développer. La montée en puissance vers une capacité de 56.160 tonnes métriques impliquerait, en ce sens, des investissements industriels élevés, un transfert de technologies de raffinage avancées, une montée en compétences techniques spécialisées et une coordination stratégique nationale.

L’étude met, en outre, en évidence que l’enjeu dépasse la simple transformation minière : il s’agit d’un repositionnement industriel dans une filière stratégique mondiale.

En combinant ses 70% de réserves mondiales de phosphates et ses ressources en nickel, manganèse et cobalt, le Maroc dispose, selon les analystes, d’un levier stratégique tangible pour devenir une plateforme régionale de transformation des matériaux pour batteries. Ainsi, les trois scénarios de capacité identifiés par l’analyse ne constituent pas seulement des projections industrielles. Ils dessinent trois trajectoires possibles d’intégration dans une chaîne de valeur appelée à structurer l’économie énergétique des prochaines décennies.
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