Économie

Le trio BCG–Novec–Agro-Concept pour affiner la stratégie agricole 2050 du Maroc

L’État s’apprête à affiner concrètement sa réflexion stratégique sur l’avenir de l’agriculture nationale. En effet, le département de l’Agriculture vient d’attribuer le marché d’évaluation à mi-parcours de la stratégie «Génération Green 2020-2030» et à la préparation d’une nouvelle vision agricole à l’horizon 2050. À l’issue de la procédure d’appel d’offres international, c’est le groupement constitué de The Boston Consulting Group, Novec et Agro-Concept qui a été retenu pour conduire cette mission structurante, pour un montant conséquent de 11,85 millions de dirhams.

L’étude devra mesurer l’impact du changement climatique aux horizons 2035, 2040 et 2050, tant sur les conditions hydroclimatiques que sur les besoins en eau, les rendements agricoles et la disponibilité des ressources.

01 Avril 2026 À 13:51

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L’offre du groupement BCG–Novec–Agro-Concept a été jugée «la plus avantageuse» et a obtenu la meilleure note globale à l’issue des évaluations technique et financière. La concurrence était pourtant significative sur ce marché stratégique. Plusieurs cabinets et groupements de référence étaient en lice, dont Capital RH, Inetum Consulting Maroc et Forvis Mazars. Un autre groupement réunissant SIS Consultants, Oréade-Brèche et Agri Consulting Europe avait également soumissionné, mais son offre, bien qu’admise avec réserve au départ, a été écartée lors de l’examen technique. Les autres concurrents, pourtant jugés recevables administrativement, n’ont pas franchi le seuil de qualification technique, laissant le groupement piloté par Boston Consulting Group seul admissible à l’issue de cette phase décisive.

Cette étude aux multiples enjeux s’inscrit dans une double logique. Elle vise, d’une part, à dresser un bilan approfondi de la mise en œuvre de Génération Green et à définir un plan opérationnel pour accélérer les chantiers prioritaires à l’horizon 2030. D’autre part, elle constitue le socle de réflexion pour la formulation d’une nouvelle stratégie agricole de long terme, projetée à l’horizon 2050.



Concrètement, la mission portera sur une évaluation fine des potentialités agricoles du Royaume, notamment en matière de sols et de ressources hydriques. Elle s’appuiera sur un large corpus de données et de documents de référence, incluant les plans nationaux de l’eau, les schémas directeurs des bassins hydrauliques ainsi que les projections climatiques issues des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

L’étude devra également mesurer l’impact du changement climatique aux horizons 2035, 2040 et 2050, tant sur les conditions hydroclimatiques que sur les besoins en eau, les rendements agricoles et la disponibilité des ressources. Une cartographie détaillée des potentialités agricoles actuelles et futures sera ainsi élaborée, en croisant les échelles régionales, les bassins de production et les bassins hydrauliques.

Au-delà du diagnostic, le prestataire sera chargé de construire un scénario tendanciel de développement du secteur agricole, en l’absence d’intervention publique, afin d’évaluer les performances attendues et les écarts à combler en matière de sécurité alimentaire. Sur cette base, plusieurs leviers d’ajustement seront analysés, allant de la réduction des pertes et de l’évolution des régimes alimentaires, au renforcement de la production nationale, en passant par le recours aux importations.

Enfin, deux grandes options stratégiques devront être proposées : l’une axée sur la maximisation de la valeur ajoutée et de l’autosuffisance pour les produits de base, l’autre privilégiant un équilibre entre souveraineté alimentaire et intégration aux marchés internationaux.

En amont de ces scénarios, une réflexion de fond devra être engagée sur les objectifs assignés à l’agriculture marocaine à long terme, dans un contexte marqué par la contrainte hydrique, les mutations climatiques et les exigences croissantes de sécurité alimentaire.

Structurellement exposée aux aléas climatiques, l’agriculture marocaine fait donc face à une tendance lourde à l’aridification. Les projections climatiques convergent vers une baisse des précipitations, une hausse des températures et une multiplication des épisodes extrêmes, autant de facteurs appelés à peser durablement sur les ressources hydriques, la biodiversité et les équilibres des systèmes de production. Cette vulnérabilité n’est pas nouvelle : au cours des sept dernières décennies, près d’une campagne agricole sur trois a été marquée par des épisodes de sécheresse.

Face à cette contrainte structurelle, la stratégie agricole s’est progressivement alignée sur les orientations nationales en matière de lutte contre le changement climatique et de développement durable. Elle repose désormais sur un double levier : l’adaptation, centrée en priorité sur l’optimisation et la sécurisation de l’eau d’irrigation, et l’atténuation, à travers notamment le développement des plantations afin de renforcer la séquestration du carbone et contenir les émissions de gaz à effet de serre.
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