CMR : Forvis Mazars remporte le marché d’évaluation actuarielle du régime «Attakmili»
La Caisse marocaine des retraites a désigné le cabinet Forvis Mazars pour conduire l’évaluation actuarielle et l’étude ALM de son régime de retraite complémentaire «Attakmili». Un chantier stratégique, à 858.600 dirhams, qui marque un tournant dans la gestion financière d’un portefeuille désormais supérieur à 1 milliard de dirhams.
Saïd Naoumi
28 Juin 2026
À 09:25
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Le verdict est tombé. La Caisse marocaine des retraites (CMR) a officiellement mandaté le cabinet Forvis Mazars pour réaliser l’évaluation actuarielle et l’étude d’Asset Liability Management (ALM) de son régime de retraite complémentaire «Attakmili». La Commission d’appel d’offres de la CMR a tranché en faveur du cabinet au terme d’une procédure ayant vu s’affronter deux candidats – ARM Consultants et Forvis Mazars – tous deux admis sans réserve à l’issue de l’examen des dossiers administratifs et techniques. C’est la meilleure note technico-financière qui a emporté la décision. Forvis Mazars, dont l’offre s’établit à 858.600 dirhams TTC, a été jugé techniquement conforme aux spécifications du cahier des prescriptions spéciales, et financièrement plus avantageux que son concurrent ARM Consultants, proposé à 852.000 dirhams. Un écart de moins de 1% entre les deux offres, qui illustre la compétitivité du marché de l’actuariat et du conseil en gestion actif-passif au Maroc.
Un régime à la croisée des chemins
Derrière ce marché de conseil se joue une question de fond pour la CMR : Comment piloter de manière optimale un régime de retraite complémentaire dont la nature est fondamentalement différente de celle des régimes de base qu’elle administre par ailleurs ? «Attakmili» fonctionne selon le principe de la capitalisation et non de la répartition provisionnée. Ce qui implique une logique d’investissement, de gestion des risques et d’allocation d’actifs radicalement distincte.
La taille du portefeuille «Attakmili», qui a franchi le seuil symbolique du milliard de dirhams, rendait l’exercice d’autant plus urgent. Les contraintes réglementaires héritées des régimes de base – plafonds par classe d’actifs, règles de dispersion – constituaient un carcan de moins en moins adapté aux ambitions du régime. La CMR en a pris acte. Depuis 2026, «Attakmili» dispose de son propre cadre réglementaire, fixé par l’Arrêté n° 1524.25, qui lui offre une plus grande souplesse dans la définition de son univers d’investissement, sans limites prédéfinies ni règles de dispersion contraignantes.
Quatre phases pour refonder la stratégie d’investissement
La mission confiée à Forvis Mazars s’articule autour de quatre phases distinctes, couvrant l’ensemble du spectre de la gestion actif-passif. Le cabinet sera d’abord chargé de concevoir un outil de projections actuarielles permettant de simuler, à long terme, l’évolution des agrégats démographiques et financiers du régime, d’établir un bilan actuariel rigoureux et de projeter l’évolution du Fonds de réserve sur la base d’hypothèses de placement cohérentes avec les objectifs du régime.
La deuxième phase portera sur la modélisation ALM proprement dite : appréciation de l’adéquation entre l’actif et le passif, optimisation du couple risque/rendement et identification du portefeuille optimal issu des modèles recommandés. Il s’agira, ensuite, de proposer une allocation stratégique d’actifs tenant compte des contraintes légales et des conditions d’implémentation à court et moyen termes – une Feuille de route que le Conseil d’administration de la CMR sera appelé à valider. Enfin, Forvis Mazars devra contribuer à l’élaboration d’un cadre structuré de pilotage et de maîtrise des risques financiers du Fonds de réserve, en s’inspirant des meilleures pratiques observées au sein des régimes gérés par capitalisation à l’international.
Un signal fort pour la place financière marocaine
Au-delà du seul régime «Attakmili», cette démarche révèle une montée en maturité de la CMR dans sa fonction d’investisseur institutionnel. En intégrant de manière structurante les études ALM dans son processus d’investissement, la Caisse s’aligne sur les standards des grands fonds de pension internationaux, pour lesquels la gestion actif-passif constitue la colonne vertébrale de toute stratégie de placement de long terme. Pour Forvis Mazars, dont la présence au Maroc est bien établie dans les domaines de l’audit et du conseil financier, ce mandat représente une référence de premier plan dans le segment, encore émergent localement, de l’actuariat des régimes de capitalisation. Un marché appelé à se développer, à mesure que le Maroc approfondit la réforme de ses systèmes de retraite.