Économie

Chaque hausse de 15$ du pétrole ajoute 0,5 point d’inflation (Coface)

Selon Coface, un scénario extrême dans lequel le prix du pétrole dépasserait durablement les 100 dollars le baril pourrait provoquer une nouvelle flambée de l’inflation mondiale et contraindre les banques centrales à revoir leur orientation monétaire. Dans cette hypothèse, les politiques d’assouplissement pourraient laisser place à un resserrement généralisé. L’assureur-crédit estime qu’une hausse durable de 15 dollars du Brent pourrait amputer la croissance mondiale et ajouter 0,5 point d'inflation.

10 Mars 2026 À 13:25

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Selon Coface, une hausse prolongée du Brent pourrait raviver l’inflation mondiale et peser sur la croissance, avec un risque accru de stagflation dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. L’assureur-crédit estime qu’une hausse prolongée de 15 dollars du Brent pourrait retrancher environ 0,2 point de croissance mondiale tout en ajoutant près de 0,5 point d’inflation. Dans un tel contexte, le risque de stagflation (combinaison de croissance faible et d’inflation élevée) redeviendrait une menace crédible pour l’économie mondiale, avec des conséquences potentiellement importantes pour les entreprises et le commerce international.



Cette analyse intervient dans un contexte de forte tension sur les marchés de l’énergie à la suite de l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Si aucune rupture majeure d’approvisionnement n’a encore été constatée, les risques liés au détroit d’Ormuz alimentent les inquiétudes en cas de prolongation du conflit.

Les frappes américaines et israéliennes menées en Iran ont marqué un tournant pour les marchés pétroliers. À l’ouverture des échanges lundi matin, le Brent a bondi de plus de 10%, une évolution principalement attribuée à la hausse de la prime de risque géopolitique plutôt qu’à des perturbations immédiates de l’offre.

Avant cette escalade, les marchés pétroliers évoluaient dans un contexte d’offre largement excédentaire. L’abondance de la production, notamment de la part des producteurs non membres de l’OPEP+, ainsi que la reconstitution rapide des stocks, maintenaient les prix sous pression, avec une moyenne de 68 dollars le baril en 2025. Le conflit réintroduit toutefois une forte incertitude quant à la sécurité des approvisionnements.

Le principal point de tension demeure le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole consommé dans le monde et près de 30% des flux maritimes de brut. Les capacités de contournement de cette voie stratégique restent limitées et insuffisantes pour absorber un choc majeur. Des perturbations durables pourraient ainsi propulser le Brent au-delà des trois chiffres, voire dépasser le pic de février 2022 (122 dollars le baril) et atteindre le record historique de 2008, à 147 dollars.

Même si l’Iran n’est pas le premier producteur régional, une perturbation de son offre pourrait avoir un effet immédiat sur les marchés. Le pays produit plus de 3 millions de barils par jour et en exporte près de 2 millions, principalement vers la Chine. Une interruption obligerait les acheteurs, notamment asiatiques, à se tourner vers des alternatives plus coûteuses, accentuant la pression haussière sur les prix.

Au-delà du risque de fermeture du détroit d’Ormuz, Coface évoque également la possibilité d’attaques visant des infrastructures pétrolières dans d’autres pays du Golfe. L’impact dépendrait alors de l’ampleur des dégâts et de la durée des perturbations, dans un contexte où les capacités de réserve de l’OPEP+ (estimées entre 4 et 5 millions de barils par jour) restent limitées et concentrées.

Les conséquences potentielles dépassent largement le seul marché pétrolier. Le détroit d’Ormuz joue également un rôle central dans le transport de gaz naturel liquéfié, d’engrais, de métaux industriels et de produits pétrochimiques. Plusieurs grandes compagnies maritimes ont déjà annoncé des suspensions ou des détournements de routes, notamment via le cap de Bonne-Espérance, ce qui allonge les délais de livraison de 9 à 14 jours et renchérit les coûts logistiques.

Cette désorganisation progressive des chaînes d’approvisionnement fait ainsi peser un risque croissant de pénuries et de tensions inflationnistes, en particulier pour les économies les plus dépendantes des importations énergétiques.
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