Économie

Commerce extérieur : Bank of Africa décrypte les nouvelles règles de change pour accompagner l’internationalisation des entreprises

Start-up, investisseurs, exportateurs et entreprises engagées à l’international disposent désormais de davantage de flexibilité. Présentées lors d’une rencontre organisée par Bank of Africa, les nouvelles dispositions de l’Instruction générale des opérations de change 2026 s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à renforcer l’attractivité du Maroc dans un contexte mondial marqué par le nearshoring, la réorganisation des chaînes de valeur et la montée en puissance des échanges africains.

10 Juin 2026 À 09:50

À l’occasion de la troisième édition des Business Meetings organisée par Bank of Africa à Casablanca, les acteurs économiques ont pu discuter les principales nouveautés introduites par l’Instruction générale des opérations de change (IGOC) 2026, un texte qui vise à faciliter les opérations internationales des entreprises tout en renforçant leur compétitivité.

Fruit d’une large concertation associant notamment les banques, la CGEM, les fédérations professionnelles et plusieurs institutions publiques, cette nouvelle version de l’IGOC ambitionne de rendre la réglementation plus lisible, plus souple et davantage adaptée aux besoins des opérateurs économiques.



Selon Abdelmouttalib Berrada, chef de la division Réglementation et Affaires juridiques à l’Office des Changes, la réforme introduit plusieurs mesures de simplification destinées à fluidifier les investissements et les opérations transfrontalières. Parmi les évolutions majeures figurent notamment l’élargissement des possibilités d’investissement à l’étranger pour les start-up labellisées, l’allègement des procédures liées aux prestations de services ainsi que l’assouplissement de certaines dispositions applicables aux investisseurs étrangers.

Un contexte mondial favorable au Maroc

Au-delà des aspects réglementaires, cette réforme intervient dans un contexte international qui pourrait offrir au Maroc de nouvelles opportunités de croissance. Pour Mohammed Benjelloun, consultant expert à l’AMDIE, plusieurs transformations majeures redessinent actuellement les flux mondiaux d’investissement. La guerre commerciale entre les grandes puissances économiques, les relocalisations industrielles post-Covid, la montée du nearshoring ainsi que la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) créent un environnement particulièrement favorable au Royaume.

Le Maroc bénéficie notamment d’un avantage stratégique unique en Afrique grâce à son accord de libre-échange avec les États-Unis. Selon l’expert, les exportateurs marocains profitent désormais d’un différentiel de compétitivité pouvant atteindre 10 à 12% sur certains produits agroalimentaires et textiles, tandis que certains concurrents sont soumis à des droits de douane pouvant aller jusqu’à 60%.

La proximité géographique avec l’Europe constitue un autre atout majeur. Dans un contexte où de nombreuses entreprises cherchent à rapprocher leurs unités de production de leurs marchés de consommation, le Royaume apparaît comme une destination privilégiée pour les projets industriels destinés au marché européen.

Parallèlement, la montée en puissance de la ZLECAf ouvre de nouvelles perspectives commerciales sur le continent. Depuis le lancement effectif de l’accord en 2021, vingt-quatre pays africains ont déjà commencé à appliquer leurs engagements en matière de réduction des droits de douane.

Une économie qui renforce son attractivité

Ces évolutions internationales s’appuient sur des fondamentaux économiques jugés solides. Le Maroc a enregistré une croissance de 4,9% en 2025, son meilleur niveau depuis 2017. Les flux d’investissements directs étrangers ont atteint un record en 2024, tandis que les investissements globaux ont atteint 422,5 milliards de dirhams, en progression de 14% par rapport à l’année précédente. Le Royaume bénéficie également d’une inflation maîtrisée et de réserves de change équivalentes à 5,5 mois d’importations, un niveau considéré comme confortable par les investisseurs internationaux.

À cela s’ajoutent des atouts structurels importants : un accès préférentiel à plus de 100 marchés grâce à 13 accords commerciaux en vigueur, une stratégie ambitieuse dans les énergies renouvelables, un environnement politique stable et un capital humain jeune avec plus de 12.000 ingénieurs formés chaque année.

Les secteurs où investir

Lors de cette rencontre, l’AMDIE a également dressé une cartographie des opportunités industrielles les plus prometteuses. Dans l’automobile, dont le taux d’intégration locale approche désormais 70%, le Royaume vise 85% à l’horizon 2030. Les besoins concernent notamment les batteries, les composants pour véhicules électriques, les capteurs électroniques, les systèmes de freinage et la fonderie aluminium.

L’aéronautique offre également des perspectives dans les composites avancés, la maintenance aéronautique, l’avionique ou encore l’ingénierie.

Dans l’agroalimentaire, les opportunités concernent les produits à forte valeur ajoutée, les chaînes du froid intégrées et les solutions destinées à renforcer la souveraineté alimentaire du continent africain.

Le numérique constitue également un chantier majeur. L’AMDIE identifie notamment un besoin important en centres de données, en solutions cloud souveraines, en intelligence artificielle adaptée à la langue arabe et en cybersécurité industrielle.

Même constat dans la santé et la pharmacie, où la production locale de principes actifs, de médicaments complexes ou de dispositifs médicaux demeure encore largement sous-développée.

Jusqu’à 30% de soutien à l’investissement

Pour accompagner cette dynamique, les pouvoirs publics renforcent également leurs dispositifs d’appui. La Charte de l’investissement, entrée en vigueur en 2023, permet désormais de soutenir des projets allant de 1 million à plus de 2 milliards de dirhams. Les aides peuvent atteindre jusqu’à 30% du montant investi, auxquelles s’ajoutent diverses exonérations fiscales et douanières. En trois ans, près de 250 projets ont déjà bénéficié de ce dispositif, représentant un volume d’investissement supérieur à 440 milliards de dirhams.

L’AMDIE déploie également plusieurs programmes dédiés à l’export. Les dispositifs « Export Morocco Now » et « Export Morocco Women » proposent des services d’intelligence économique, de veille réglementaire, de participation aux salons internationaux et de mise en relation commerciale.

Le programme « Go To Export », lancé dans le cadre du Pacte du commerce extérieur, prévoit quant à lui une prise en charge publique pouvant atteindre 80% de certaines dépenses, ainsi que des subventions allant de 1 à 2 millions de dirhams pour accompagner les entreprises dans leur développement à l’international.

La gestion du risque de change au cœur des préoccupations

Dans ce contexte d’ouverture accrue, la maîtrise du risque de change devient un enjeu central pour les entreprises. Bank of Africa a ainsi présenté ses différentes solutions d’accompagnement couvrant le financement du commerce extérieur, la gestion des opérations internationales, la couverture contre les fluctuations des devises et la digitalisation des flux financiers.

Pour la banque, les nouvelles dispositions de l’IGOC, les mécanismes d’appui à l’investissement et les outils de couverture des risques constituent désormais un triptyque essentiel pour permettre aux entreprises marocaines de profiter pleinement des opportunités offertes par la nouvelle configuration du commerce mondial.
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