Rochdi Mokhliss
16 Février 2026
À 11:31
La
manipulation de cours consiste, pour une personne, à agir ou à tenter d’agir sur le prix d’un ou de plusieurs instruments financiers, ou plus généralement à entraver le fonctionnement régulier du marché en induisant les autres investisseurs en erreur. Autrement dit, il s’agit de provoquer artificiellement une variation de prix, sans justification économique réelle, afin d’influencer la perception du marché et d’en tirer éventuellement un avantage. Entre 2020 et 2024, l’AMMC indique avoir transmis 5 dossiers à la justice, après avis de son collège des sanctions, pour des suspicions de manipulations de cours. Ces affaires représentent près de 50% des dossiers ayant fait l’objet d’enquêtes en matière d’abus de marché sur la période.
Manipuler un cours, c’est quoi ?
Détecter ce type de pratiques reste toutefois complexe. Les manipulations reposent souvent sur des montages combinant plusieurs techniques et exploitant les spécificités de certains titres, notamment les actions peu liquides. Le régulateur s’appuie ainsi sur une série d’indicateurs permettant d’identifier des situations suspectes. Parmi ces signaux figurent la concentration inhabituelle de transactions sur un instrument financier donné, la répétition d’opérations similaires entre un nombre restreint d’investisseurs, ou encore des variations importantes de cours provoquées par des acteurs détenant des positions significatives. D’autres comportements peuvent alerter, comme l’introduction d’ordres aux meilleurs cours puis leur annulation avant exécution, l’enchaînement rapide d’achats et de ventes sur une courte période, ou des transactions n’entraînant aucun changement réel de propriétaire mais ayant pour effet d’afficher un nouveau prix.
Trois scénarios typiques, expliqués simplement
Le guide illustre ces pratiques par des cas concrets. Dans un
premier scénario, un investisseur introduit, à quelques secondes de la fin du fixing d’ouverture, un ordre d’achat sur une seule action, ce qui suffit à faire ouvrir le titre à un cours supérieur de 2% par rapport à la veille. Or, l’analyse montre que cette personne détient déjà un volume important de titres et place ensuite des ordres de vente dans les minutes suivantes. Ce type de comportement peut être interprété comme une tentative de « marquage » du cours, c’est-à-dire une action destinée à fixer artificiellement un prix de référence plus élevé afin de vendre dans de meilleures conditions. Un schéma similaire peut se produire à la clôture, lorsqu’un ordre minime, introduit dans les dernières secondes, fait varier le dernier cours traité, influençant ainsi la perception globale de la séance.
Un
troisième exemple met en évidence une situation où un même intervenant se retrouve simultanément acheteur et vendeur sur une transaction de faible volume, provoquant une variation de près de 2% du cours. L’intérêt économique d’une telle opération étant inexistant, l’objectif pourrait être de créer un prix de référence artificiel pour influencer d’autres investisseurs. Ce type de comportement, dénué de justification financière rationnelle, constitue un indice fort de manœuvre visant à induire le marché en erreur.
Quelles sanctions ?
Les abus de marché sont des infractions pénales. Ils sont passibles de peines d’emprisonnement (de 3 mois à 2 ans) et d’amendes, ou de l’une de ces deux sanctions. Le montant de l’amende peut être porté jusqu’au quintuple du profit éventuellement réalisé, sans pouvoir être inférieur à ce profit en cas de manipulation de cours ou de diffusion d’informations trompeuses. Pour le délit d’initié, l’amende ne peut être inférieure à 200.000 dirhams. Le profit est calculé comme la différence entre le prix de l’opération initiale et le cours moyen du titre constaté durant les quinze jours de Bourse suivant la rectification de l’information ou l’événement concerné. Les sanctions peuvent être aggravées, notamment en cas de dissimulation des profits à des fins de blanchiment.
À travers ce guide, l’AMMC entend rappeler que la formation des prix en Bourse doit refléter des échanges sincères et transparents. En clarifiant les mécanismes de manipulation et les indicateurs d’alerte, le régulateur cherche à renforcer la confiance des investisseurs et à préserver l’intégrité du marché financier, dans un contexte où la participation des particuliers et la profondeur du marché connaissent une dynamique croissante.