Ayda Benyahia
19 Octobre 2026
À 17:31
Le Matin : Après deux années de recherche et de développement, vous présentez au Marrakech Air Show un premier prototype de munition rôdeuse autonome. Quelles avancées technologiques ce système introduit-il, notamment en matière de navigation sans GPS et d’autonomie opérationnelle ?
Fahd Laamoumi : Nous avons consacré deux ans à la R&D et à la Deep Research pour développer notre premier robot autonome. Ces travaux nous ont permis de mettre au point un prototype capable de naviguer sans connexion GPS dans un espace aérien contesté, de détecter et d’identifier une cible, puis de plonger sur celle-ci en totale autonomie. Nous disposons aujourd’hui d’un prototype fonctionnel, testé sur le terrain et prêt à être proposé à nos forces armées, si elles le souhaitent.
Anass Yatim : Notre drone repose sur la vision par ordinateur. Grâce à ses multiples caméras et capteurs, il est capable de reconnaître la topographie de son environnement et de déterminer sa position sans recourir au GPS. Cette technologie lui confère une capacité de navigation entièrement autonome, lui permettant de parcourir de longues distances et de poursuivre sa mission jusqu’à son terme.
Entre les exigences du développement technologique et les réalités du terrain, quels obstacles ont marqué la mise au point de votre système ?Fahd Laamoumi : En tant qu’entrepreneurs, nous avons appris à considérer les contraintes comme des défis auxquels il faut trouver des solutions. La première difficulté à laquelle nous avons été confrontés concernait les autorisations de vol. Au Maroc, les démarches se sont révélées relativement complexes, alors même que les essais en vol constituent une étape indispensable au développement d’un drone. Nous avons donc choisi de réaliser nos essais en Belgique. La vidéo de démonstration publiée la semaine dernière a notamment été tournée dans la région de Chimay. Une autre difficulté tient aux procédures d’achat et d’approvisionnement au sein des forces armées, que nous jugeons peu adaptées aux petites entreprises. Nous espérons qu’elles pourront évoluer pour permettre aux startups de faire valoir leurs solutions et de bénéficier de davantage d’opportunités.
Dans quelle mesure l’appui des acteurs institutionnels a-t-il contribué à faire avancer votre projet et quelles perspectives se dessinent aujourd’hui à l’issue de vos échanges avec eux ?
Fahd Laamoumi : Depuis le lancement du projet, nous bénéficions de l’accompagnement du ministère de l’Industrie. Nous tenons à exprimer notre reconnaissance au ministère dans son ensemble, et particulièrement à notre ministre de tutelle, M. Ryad Mezzour, pour le soutien et les encouragements qu’il nous a témoignés dès le premier jour. Nous sommes également en contact avec l’Administration de la défense nationale et les Forces Armées Royales, avec lesquelles plusieurs réunions de travail ont été organisées. Ces échanges progressent et témoignent d’un intérêt pour notre projet. Nous souhaitons désormais franchir une étape décisive en passant du dialogue institutionnel à la contractualisation avec les forces armées.
Au-delà de la présentation de votre prototype, qu’attendez-vous de votre participation au Marrakech Air Show 2026 ?
Anass Yatim : Notre première ambition est de faire connaître le travail accompli au cours de ces deux dernières années et de montrer qu’une équipe marocaine, malgré des moyens limités, est capable d’aboutir à des résultats concrets. Nous voulons également apporter la preuve du caractère opérationnel de notre technologie. Nous maîtrisons aussi bien le développement logiciel que la conception matérielle et sommes prêts à réaliser une démonstration en conditions réelles avec les forces armées. À travers ce projet, nous entendons contribuer au développement d’une industrie de défense marocaine souveraine. Notre participation au salon suscite par ailleurs un intérêt au-delà de nos frontières : plusieurs pays étrangers ont manifesté leur intérêt pour notre technologie et sollicité des démonstrations.