Économie

Energie propre pour l’industrie : la GIZ lance une grande analyse du marché

Dans le cadre de la coopération maroco-allemande, la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit mandatera prochainement une étude stratégique sur le potentiel des solutions énergétiques décarbonées dans le secteur commercial et industriel. Une mission qui arrive à point nommé, alors que le Maroc s’affirme comme terrain privilégié de la transition énergétique en Afrique.

04 Juin 2026 À 12:36

Le Maroc a officiellement intégré, depuis janvier dernier, les marchés cibles du Programme de développement de projets (PDP), l’initiative phare de la coopération énergétique germano-africaine. Ce positionnement n’est pas anodin : il consacre la reconnaissance internationale du Royaume comme l’un des marchés émergents les plus prometteurs pour le déploiement des technologies énergétiques propres. Et pour préparer le terrain à une offensive commerciale structurée des acteurs allemands, l’Agence allemande de coopération internationale (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit – GIZ) s’apprête à lancer une étude d’envergure portant sur l’analyse du marché des solutions énergétiques respectueuses du climat pour le secteur commercial et industriel (C&I).

Une méta-étude orientée vers l’action

L’ambition affichée tranche avec les études de marché classiques. Il ne s’agit pas de produire un énième rapport académique sur la demande énergétique marocaine - le pays en compte déjà plusieurs – mais de synthétiser intelligemment les données existantes pour les transformer en opportunités commerciales concrètes, directement exploitables par les fournisseurs de solutions allemands présents ou souhaitant s’implanter sur le marché.

La mission est conçue comme une méta-étude avec validation ciblée, maximisant l’utilisation des ressources tout en garantissant une profondeur analytique suffisante pour orienter les décisions. Quatre grands domaines technologiques structurent le périmètre d’investigation : la production d’électricité renouvelable, la chaleur de procédé renouvelable et efficace, l’efficacité énergétique dans les systèmes industriels, et l’hydrogène vert – ce dernier restant toutefois en marge du périmètre détaillé de cette étude.

Le secteur C&I sous la loupe

Le cœur du travail consistera à identifier les sous-secteurs industriels et commerciaux marocains présentant le plus fort potentiel technique et économique pour l’adoption de ces technologies. L’analyse s’intéressera notamment aux structures de coûts énergétiques – électricité, chaleur, vapeur – et aux économies potentielles que permettrait le déploiement à grande échelle de solutions renouvelables ou d’efficacité énergétique. Parmi les technologies scrutées : le photovoltaïque solaire sur toiture et au sol avec stockage, l’éolien en autoconsommation, les systèmes à biomasse et biogaz, le solaire thermique à concentration, les pompes à chaleur haute température, mais aussi les technologies transversales d’efficacité énergétique – moteurs haute performance, compresseurs, systèmes CVC, échangeurs de chaleur.

L’étude devra également cartographier avec précision la présence et les offres des fournisseurs allemands de solutions actifs au Maroc, identifier les croisements entre la demande locale et les capacités industrielles allemandes, et générer ainsi une base stratégique pour l’entrée sur le marché, le Matchmaking B2B et la génération de prospects qualifiés.

Sept entreprises marocaines dans le viseur

L’un des volets les plus opérationnels de la mission – et sans doute le plus attendu par les industriels allemands – concerne l’identification d’opportunités concrètes au niveau de l’entreprise. Le prestataire retenu devra repérer cinq entreprises marocaines spécifiques répondant à des critères précis : perspective d’investissement à long terme, chaîne d’approvisionnement internationale intégrant des exigences RSE (responsabilité sociale de l’entreprise) et de décarbonation, propriété des installations, forte intensité énergétique et capacité à envisager un retour sur investissement à horizon de cinq ans ou plus.

Ces prospects seront ensuite orientés vers le pipeline de développement de projets du PDP, avec l’ambition d’aboutir à des études de préfaisabilité techno-économiques, préalables à une mise en relation avec des fournisseurs technologiques allemands. Une approche résolument business-driven, qui distingue ce programme des démarches d’aide au développement traditionnelles.

Une fenêtre d’opportunité pour le Royaume

Pour le Maroc, l’enjeu dépasse la simple attraction de capitaux étrangers. L’industrie nationale textile, agroalimentaire, chimie, ciment, automobile – est confrontée à une double pression : la hausse des coûts énergétiques d’une part, et les exigences croissantes de ses donneurs d’ordre européens en matière d’empreinte carbone d’autre part. L’intégration de solutions EnR (énergies renouvelables) et d’efficacité énergétique n’est plus un choix de politique industrielle, mais une condition de compétitivité à l’export.

L’étude devra être livrée entre juin et octobre 2026. Ses conclusions alimenteront directement la stratégie d’engagement du PDP sur le marché marocain, et pourraient accélérer la concrétisation de partenariats industriels franco-allemands dont le Royaume a tout à gagner.
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