Économie

Transition énergétique : comment les tensions sur l’eau affectent les renouvelables au Maroc

Une étude publiée en 2026 dans Future Business Journal met en évidence une relation plus complexe qu’attendu entre eau et transition énergétique au Maroc. Sur la période 1990-2021, les variations des prélèvements d’eau douce n’ont pas d’effet significatif à long terme sur la part de l’électricité renouvelable. En revanche, leur baisse est associée à un impact nettement plus marqué à court terme, plaidant pour une planification plus intégrée de l’eau et de l’énergie.

21 Septembre 2026 À 10:30

La transition énergétique marocaine semble relativement résistante aux variations de la ressource en eau sur le long terme, mais elle n’est pas pour autant à l’abri des tensions hydriques. C’est le principal enseignement d’une étude de Mohamed Naouri et Aicha El Alaoui, de l’Université Sultan Moulay Slimane de Béni Mellal, consacrée aux effets des ressources en eau sur l’électricité renouvelable au Maroc.

Les chercheurs se sont penchés sur la période 1990-2021, en croisant les prélèvements annuels d’eau douce avec la part des renouvelables dans la production d’électricité. Le PIB ainsi que le poids de l’agriculture et de l’industrie ont également été intégrés à l’analyse. Les données proviennent principalement des indicateurs de développement de la Banque mondiale.

L’intérêt de l’étude réside surtout dans la distinction entre les effets d’une hausse et ceux d’une baisse des prélèvements d’eau, plutôt que de supposer que les deux évolutions produisent des conséquences symétriques.

Pas d’effet significatif à long terme

Premier constat : sur le long terme, l’étude ne trouve pas d'effet statistiquement significatif des variations des prélèvements d’eau sur la part de l’électricité renouvelable. Les coefficients associés aux hausses comme aux baisses des prélèvements ne permettent donc pas de conclure à une influence directe et persistante de cette variable sur le développement des renouvelables. Ce résultat est confirmé par plusieurs méthodes économétriques utilisées par les auteurs.

Pour les chercheurs, cette absence de relation significative ne signifie cependant pas que l’eau n’est pas un enjeu pour la transition énergétique marocaine. Elle peut notamment s’expliquer par la structure du parc renouvelable développé au Maroc. Le solaire photovoltaïque et l’éolien, qui ont pris une place croissante, présentent des besoins opérationnels en eau relativement faibles par rapport à l’hydroélectricité, à certaines installations solaires thermodynamiques ou à la bioénergie.

Les auteurs avancent également le rôle joué par les politiques publiques, les programmes d’investissement de long terme et les choix technologiques. Ces facteurs auraient contribué à rendre le développement de l’électricité renouvelable moins dépendant des fluctuations globales des prélèvements d'eau.

La situation change lorsqu'on regarde le court terme. L’étude identifie alors une asymétrie marquée : une baisse des prélèvements d’eau est associée à une diminution beaucoup plus forte de la part de l’électricité renouvelable qu’une hausse des prélèvements ne contribue à l’augmenter.

Dans le modèle utilisé, le coefficient associé à une variation négative atteint -5,28, contre +1,04 lors d’une variation positive. Il ne faut toutefois pas lire ces chiffres comme une prévision directe de baisse de 5,28 points de la production renouvelable : il s’agit de coefficients issus du modèle économétrique.

L'analyse de causalité statistique renforce ce résultat : les auteurs observent une relation prédictive allant des baisses des prélèvements d’eau vers l’évolution de la part de l’électricité renouvelable, et non l’inverse. Autrement dit, le système énergétique apparaît plus sensible aux épisodes de contrainte sur l’eau qu’aux périodes où les prélèvements augmentent.

Une nuance reste essentielle. Les auteurs précisent que les prélèvements d’eau ne constituent pas une mesure directe de la pénurie ou du stress hydrique. Leur diminution peut résulter d’une sécheresse, mais aussi de restrictions, de gains d’efficacité ou de changements structurels dans les secteurs consommateurs. L’étude mesure donc des variations dans l'utilisation de l'eau, et non directement le niveau de rareté de la ressource.

Le photovoltaïque et l’éolien privilégiés pour limiter la pression sur l’eau

À partir de ces résultats, les auteurs plaident pour une coordination plus étroite entre politique énergétique et gestion de l’eau. Ils recommandent notamment de continuer à développer les technologies renouvelables relativement peu consommatrices d’eau, en particulier le solaire photovoltaïque et l’éolien.

Ils préconisent également d'améliorer l'efficacité de l'utilisation de l'eau à travers l'irrigation efficiente, la réduction des pertes dans les réseaux, la réutilisation des eaux usées et les technologies économes. Autre piste : renforcer le couplage entre dessalement et énergies renouvelables, alors que le Maroc développe parallèlement ses capacités de dessalement pour répondre au stress hydrique.

L'industrie constitue un autre chantier identifié par l'étude. Contrairement au PIB et à l'activité agricole, son évolution ne présente pas de relation significative à long terme avec la part des renouvelables. Les chercheurs y voient une marge pour accélérer l'intégration des énergies propres dans les processus industriels.

Des résultats à interpréter avec prudence

L'étude comporte néanmoins plusieurs limites reconnues par ses auteurs. Elle repose sur seulement 32 observations annuelles, de 1990 à 2021. Elle mesure par ailleurs la transition énergétique à travers la seule part des renouvelables dans la production électrique, ce qui ne couvre pas l'ensemble des usages énergétiques. Enfin, les prélèvements d'eau utilisés comme variable principale ne mesurent directement ni la rareté de l'eau, ni le stress hydrologique, ni la vulnérabilité climatique.

Le principal enseignement est donc plus nuancé qu'une relation mécanique entre sécheresse et renouvelables : à long terme, le développement de l’électricité renouvelable au Maroc apparaît relativement découplé des variations globales des prélèvements d’eau, mais à court terme, les épisodes de contraction de ces prélèvements peuvent produire des ajustements beaucoup plus sensibles. Un constat qui renforce, selon les auteurs, la nécessité de penser conjointement les politiques de l’eau et de l’énergie.
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