L’annonce d’une exonération de l’impôt sur le revenu pour les salaires mensuels nets inférieurs à 10.000 DH a soulevé une série de questions depuis la présentation du
PLF 2027 devant le Parlement. Comment ce seuil est-il calculé ? Pourquoi le projet de loi prévoit-il une exonération à partir de 60.000 DH de revenu imposable annuel, soit
5.000 DH par mois ? Et quels seront les gains réels sur les fiches de paie ?
Interrogé sur ces différents points lors de son passage sur 2M,
Fouzi Lekjaa a expliqué que le gouvernement avait choisi d'engager une réforme progressive de l'IR afin d'alléger la pression fiscale sur les revenus du travail, particulièrement ceux de la classe moyenne. Selon lui, l'amélioration des recettes fiscales permet aujourd'hui d'envisager une redistribution d'une partie de ces ressources au profit des contribuables.
Le ministre a rappelé que le seuil annuel d'exonération serait relevé de
40.000 à 60.000 DH et que le barème évoluerait progressivement vers trois taux d'imposition de 10%, 20% et 30%, auxquels s'ajoute la tranche exonérée.
Cette explication ne signifie toutefois pas que les
60.000 DH de revenu imposable annuel correspondent à un salaire net mensuel de 10.000 DH. Le revenu imposable est déterminé après application des déductions prévues par la législation fiscale, notamment celles relatives aux cotisations sociales et aux frais professionnels. Le montant de l'impôt dépend également de la situation personnelle du contribuable.
C'est précisément cette distinction qui a alimenté les interrogations autour de l'annonce initiale. Lekjaa a maintenu, au cours de l'émission, son estimation selon laquelle 87% des salariés seraient exonérés d'IR grâce à la réforme. Il a également illustré les économies attendues par des exemples de rémunérations mensuelles, en insistant sur le caractère progressif des gains jusqu'à la fin du mandat gouvernemental.
Autre précision apportée par le ministre : le taux supérieur de 30% constitue une étape dans la réforme, alors que le programme électoral du Parti authenticité et modernité avait envisagé un taux de 20%. Le ministre a justifié cet arbitrage par la nécessité d'éviter des distorsions entre l'imposition des revenus des personnes physiques et celle des bénéfices des sociétés. Il a notamment évoqué les entreprises soumises à un taux d'IS de 20%, auquel s'ajoute la fiscalité des dividendes, portant selon son calcul la charge fiscale globale à environ 28%.
Le ministre a ainsi défendu une réforme étalée sur plusieurs exercices, dont les dispositions seraient adoptées dans un cadre législatif permettant de donner de la visibilité aux contribuables. Les économies d'impôt effectives devront néanmoins être appréciées selon les barèmes applicables à chaque année et la situation individuelle des salariés.
Soutien social direct : des aides plus élevées et un changement des critères d'éligibilité
Après les explications sur l'IR, l'autre volet important du débat concerne le soutien social direct. Lekjaa a annoncé que le montant minimal de l'aide, actuellement fixé à 500 DH, passerait à 600 DH en janvier 2027, avant de connaître de nouvelles augmentations annuelles de 100 DH. L'objectif affiché est d'atteindre progressivement un minimum de 1.000 DH à la fin du mandat.
Selon le ministre, le dispositif concerne plus de quatre millions de ménages, représentant plus de douze millions de personnes. Il a évalué à environ trois milliards de dirhams par an le coût supplémentaire de la hausse évoquée.
Mais au-delà de l'augmentation des montants, Lekjaa a surtout annoncé une révision du mécanisme de ciblage des bénéficiaires. Le gouvernement entend faire davantage reposer l'évaluation de la situation des ménages sur leurs revenus, plutôt que sur des indicateurs de consommation susceptibles de conduire à des exclusions injustifiées.
Pour illustrer les limites du système actuel, il a cité l'exemple d'une famille modeste qui effectue un achat exceptionnel, comme un téléphone nécessaire pour rester en contact avec un proche hospitalisé. Une telle dépense peut influencer son indicateur social sans pour autant traduire une amélioration durable de ses ressources.
Le ministre a également insisté sur un autre changement : la reprise d'une activité professionnelle par un membre du ménage ne devrait plus entraîner automatiquement la suppression du soutien. L'aide pourrait être maintenue tant que les revenus familiaux ne dépassent pas le niveau permettant de sortir de la précarité. L'objectif, selon lui, est d'encourager l'accès à l'emploi plutôt que de placer les bénéficiaires devant le risque de perdre immédiatement leur soutien.
Retraites : un minimum de 1.700 DH dès janvier 2027
Fouzi Lekjaa est également revenu sur le relèvement des pensions de retraite les plus modestes. À compter du 1er janvier 2027, le minimum annoncé serait porté à 1.700 DH par mois, avec une progression envisagée au cours des années suivantes pour atteindre 3.000 DH. Cette mesure concernerait environ 500.000 retraités. Le ministre a précisé que son financement serait assuré par l'État, dans le cadre d'un dispositif de soutien social, et non par les caisses de retraite elles-mêmes. Cette distinction lui a permis d'aborder la réforme structurelle des régimes de retraite. Il a indiqué que les travaux techniques avaient déjà avancé et que le gouvernement devait désormais progresser vers les décisions nécessaires, tout en préservant les droits acquis des affiliés.
Concernant les pensions de réversion, le ministre a confirmé le projet de porter de 50% à 100% la part de pension versée aux veuves concernées. Quelque 431.000 femmes seraient bénéficiaires de cette mesure, dont le coût annuel a été évalué à 7,3 milliards de dirhams.
Électricité : comment fonctionnera la prise en charge des factures de 100 DH ?
Le ministre a également détaillé le dispositif annoncé pour les petites factures d'électricité. Selon les chiffres avancés pendant l'émission, près de six millions d'abonnés, représentant environ 60% des clients, disposent de factures mensuelles inférieures à 100 DH. Lekjaa a expliqué que le gouvernement entendait accorder un soutien de 100 DH aux consommateurs concernés, avec un double objectif : alléger leurs dépenses et encourager une consommation plus modérée d'électricité.
Interrogé sur les différences entre les régions côtières et les territoires intérieurs, où les besoins de chauffage et de climatisation peuvent être plus importants, il a reconnu l'existence de disparités territoriales, tout en défendant le choix d'un dispositif initial fondé sur le niveau de consommation. Les modalités précises de calcul et d'attribution de cette aide devront toutefois être clarifiées dans les textes d'application.
Prix alimentaires : les intermédiaires dans le viseur du gouvernement
La question de la
cherté de la vie a occupé une place importante dans les échanges. Lekjaa a défendu la création de sociétés régionales de collecte et de commercialisation destinées à rapprocher les bassins agricoles des marchés de consommation et à réduire les marges excessives de certains intermédiaires.
Initialement fixé à six, le nombre de ces sociétés pourrait évoluer selon les besoins des territoires et l'organisation des bassins de production. Le ministre a indiqué que le gouvernement travaillait à la préparation du cadre juridique nécessaire à leur mise en place. Il a dénoncé les écarts importants qui peuvent exister entre les prix perçus par les agriculteurs et ceux payés par les consommateurs, estimant que certains circuits de commercialisation captent une part disproportionnée de la valeur.
Le gouvernement prévoit également la modernisation de douze marchés de gros, ainsi que des mesures concernant les circuits de distribution des viandes et des poissons. Une enveloppe d'un milliard de dirhams a été évoquée pour accompagner ces interventions, notamment les infrastructures nécessaires au stockage et à la réfrigération des produits.
Sur les viandes, le ministre a défendu l'ouverture à de nouveaux marchés d'approvisionnement et les mesures douanières destinées à faciliter les importations lorsque l'offre nationale est insuffisante.
Carburants : pourquoi les grandes entreprises seront davantage imposées
Interrogé sur la fiscalité des sociétés pétrolières, Lekjaa a expliqué la décision de relever de 35% à 40% le taux d'imposition applicable à certaines grandes entreprises du secteur. Selon lui, cette orientation s'inscrit dans la réforme fiscale qui prévoit une imposition plus élevée de certains secteurs économiques caractérisés par une forte concentration. Il a cité les banques, les assurances et les télécommunications parmi les activités concernées par cette logique.
Les journalistes l'ont également interrogé sur l'opportunité de plafonner les marges des distributeurs ou de réduire la taxe intérieure de consommation sur les carburants. Le ministre a exprimé ses réserves sur les mécanismes de soutien généralisé des prix, en soulignant que leurs avantages ne bénéficient pas nécessairement en priorité aux ménages les plus modestes.
Emploi des jeunes : six milliards de DH pour améliorer l'insertion professionnelle
Sur le volet de l'emploi, Lekjaa a présenté les orientations d'un programme doté de six milliards de dirhams, destiné notamment à améliorer l'employabilité des jeunes et à rapprocher les compétences disponibles des besoins des entreprises. Le dispositif prévoit des formations complémentaires et des parcours de reconversion, notamment dans les métiers technologiques, l'informatique, les langues et l'intelligence artificielle.
Le ministre a évoqué des formations de six à huit mois susceptibles d'offrir de nouvelles perspectives à des diplômés dont les cursus initiaux ne correspondent pas directement aux besoins du marché du travail. Il a également insisté sur le rôle des investissements privés dans la création d'emplois et sur la nécessité de soutenir les très petites, petites et moyennes entreprises, notamment en matière de financement, d'accès aux marchés publics et de délais de paiement.
Développement territorial : 25 milliards de DH et une répartition selon les besoins
Les
disparités territoriales ont constitué un autre sujet du débat. Interrogé sur le risque de concentration des investissements dans les grandes villes, notamment à l'approche du Mondial 2030, Lekjaa a défendu le programme de développement territorial intégré, doté de 25 milliards de dirhams pour 2027. Il a précisé que la répartition des ressources ne devait pas se faire de manière uniforme entre les douze régions, mais en fonction des besoins identifiés localement, notamment en matière d'infrastructures, de santé, d'éducation et d'accès aux services essentiels.
Cette approche vise, selon lui, à réduire les écarts entre les territoires et à améliorer les conditions de vie dans les zones rurales, montagneuses et insuffisamment équipées.
Dépenses publiques : un contrôle renforcé des coûts et des résultats
Enfin, Lekjaa a présenté les nouvelles orientations en matière de performance publique. Il a défendu la nécessité de mieux relier les budgets alloués aux administrations aux résultats effectivement obtenus.
Parmi les pistes évoquées figure la définition de références de coûts pour les équipements publics et les infrastructures, afin de disposer de bases de comparaison dans la programmation et l'exécution des projets.
Le ministre a également insisté sur l'importance du suivi des dépenses et de l'évaluation des politiques publiques, dans un contexte où les engagements sociaux, les investissements territoriaux et les réformes fiscales mobilisent des ressources budgétaires importantes.
Au fil de l'émission, Fouzi Lekjaa a ainsi cherché à préciser les modalités des principales mesures du PLF 2027 et à défendre les arbitrages du gouvernement. Leur portée concrète dépendra désormais de l'adoption des dispositions budgétaires, de leurs modalités d'application et de leur traduction effective dans les revenus et les dépenses des ménages.