Farine de poisson : le Maroc double ses exportations vers l’UE
Alors que les importations européennes de farine de poisson ont reculé de 41% en volume en dix ans, le Maroc s’impose comme l’un des grands gagnants de la recomposition du marché. Les exportations du Royaume vers l’Union européenne sont ainsi passées de 29.500 tonnes en 2014 à 59.400 tonnes en 2024, soit une hausse de 101%, portant sa part de marché de 9 à 30%. En valeur, les ventes ont progressé encore plus vite, atteignant 73,3 millions d’euros en 2024 contre 30,5 millions dix ans plus tôt (+138%). Dans un contexte marqué par l’effondrement des exportations péruviennes et la contraction globale des volumes importés par l’Union européenne, cette progression propulse le Maroc parmi les trois principaux fournisseurs du marché européen, aux côtés de la Norvège et de l’Afrique du Sud.
Saïd Naoumi
11 Mars 2026
À 12:05
Le marché européen de la farine de poisson connaît depuis une décennie une transformation substantielle, marquée par une baisse globale des importations, mais aussi par une redistribution des fournisseurs. Dans cette nouvelle configuration, le Maroc apparaît comme l’un des grands gagnants. Selon les données de l’Observatoire du marché européen des produits de la mer (EUMOFA) consacrées à la production et aux flux commerciaux de farine et d’huile de poisson, l’Union européenne (UE) a importé 199.500 tonnes de farine de poisson en 2024, soit une baisse de 20% par rapport à 2023 et de 19% par rapport à 2022. Sur dix ans, les volumes importés ont reculé de 41%, tandis que la valeur totale des importations a diminué de 30%. Dans ce contexte de contraction du marché, trois pays dominent désormais l’approvisionnement européen : le Maroc, la Norvège et l’Afrique du Sud.
Concrètement, le Maroc a fortement consolidé sa présence sur le marché européen au cours de la dernière décennie. En 2014, les exportations marocaines de farine de poisson vers l’Union européenne s’élevaient à 29.500 tonnes. Dix ans plus tard, elles atteignent 59.400 tonnes en 2024, soit plus du double du niveau initial. Cette progression s’est faite par étapes.
En effet, après une montée rapide jusqu’à 50.600 tonnes en 2016, les volumes ont connu un ralentissement en 2017 et 2018, autour de 28.000 tonnes. Mais à partir de 2019, la dynamique repart nettement à la hausse, avec 39.500 tonnes, puis 46.600 tonnes en 2020 et 49.400 tonnes en 2021. La croissance se poursuit ensuite avec 56.600 tonnes en 2022, avant d’atteindre un pic de 62.900 tonnes en 2023, puis de légèrement se replier à 59.400 tonnes en 2024.
Sur l’ensemble de la période 2014-2024, les exportations marocaines vers l’Union européenne ont ainsi progressé de 101% en volume. Cette montée en puissance s’est traduite par un renforcement spectaculaire de la position du Royaume dans la structure d’approvisionnement européenne. Sa part de marché est ainsi passée de 9% en 2014 à 30% en 2024, faisant du Maroc l’un des principaux fournisseurs de l’Union européenne.
La dynamique marocaine apparaît encore plus nette lorsqu’on examine l’évolution des exportations en valeur. En 2014, les ventes marocaines de farine de poisson vers le Vieux Continent représentaient 30,5 millions d’euros. Elles atteignent 73,3 millions d’euros en 2024, après avoir culminé à 85 millions d’euros en 2023. Cette évolution correspond à une hausse de 138% sur la décennie, nettement supérieure à celle observée pour les volumes. Elle reflète à la fois l’augmentation des exportations marocaines et l’évolution des prix sur le marché international.
La part du Maroc dans la valeur des importations européennes est ainsi passée de 8% en 2014 à 27% en 2024. La montée en puissance du Royaume s’inscrit dans un contexte de transformation profonde de l’offre mondiale. Il y a dix ans, le Pérou dominait largement le marché européen, représentant 41% des volumes importés et 45% de la valeur en 2014. Mais les exportations péruviennes vers l’Union européenne ont chuté de 93% en volume et en valeur sur la période. En 2024, elles ne représentent plus que 9.500 tonnes, soit 5% des importations européennes. Cette chute a ouvert la voie à de nouveaux fournisseurs, dont le Maroc, qui a progressivement consolidé sa position dans l’approvisionnement européen.
La demande européenne de farine de poisson reste fortement concentrée. En 2024, près de 85% des volumes importés par l’Union européenne sont absorbés par l’Espagne, le Danemark, la Grèce et l’Allemagne, qui représentent également 84% de la valeur des importations. Ces pays disposent, en fait, de secteurs aquacoles et d’élevage intensif fortement consommateurs de farine de poisson, utilisée comme ingrédient riche en protéines dans les aliments pour poissons d’élevage et pour le bétail.
Au niveau mondial, la production de farine de poisson reste relativement stable, autour de 5,1 millions de tonnes par an, tandis que celle d’huile de poisson atteint environ 1,2 million de tonnes. Ces produits constituent des ingrédients stratégiques pour l’alimentation animale et l’aquaculture, en raison de leur forte teneur en protéines et en acides gras essentiels.
Huile de poisson : la présence marocaine est plus volatile sur le marché européen
Si le Maroc s’est imposé comme l’un des grands fournisseurs de farine de poisson du marché européen, sa position dans le segment de l’huile de poisson apparaît plus fluctuante au cours de la dernière décennie, selon les données de l’EUMOFA. En 2014, les importations européennes d’huile de poisson en provenance du Maroc atteignaient 21.500 tonnes, pour une valeur de 32,2 millions d’euros. Ce niveau a ensuite connu un recul progressif jusqu’en 2018, année où les volumes sont tombés à 7.300 tonnes et la valeur à 18,3 millions d’euros.
Une reprise notable intervient ensuite en 2020, avec 22.900 tonnes exportées vers l’Union européenne, soit le niveau le plus élevé de la période récente. Cette hausse s’accompagne également d’une progression de la valeur des exportations, qui atteint 40,4 millions d’euros cette année-là.
Cette dynamique reste toutefois irrégulière. Après un recul marqué en 2021 (9.400 tonnes), les volumes repartent à la hausse en 2022 (11.600 tonnes) et se maintiennent autour de 10.500 tonnes en 2023, avant de retomber à 6.000 tonnes en 2024.
En valeur, les exportations marocaines d’huile de poisson vers l’Union européenne ont atteint un pic récent de 45,3 millions d’euros en 2023, avant de revenir à 32,8 millions d’euros en 2024, soit un niveau proche de celui observé dix ans plus tôt.
Globalement, sur la période 2014-2024, les volumes exportés par le Maroc vers l’Union européenne reculent d’environ 72%, tandis que la valeur des exportations reste relativement stable. Cette évolution traduit à la fois la volatilité des flux commerciaux et l’effet de la hausse des prix internationaux, qui a partiellement compensé la contraction des volumes.
Dans la structure d’approvisionnement de l’Union européenne, le Maroc reste ainsi un fournisseur secondaire d’huile de poisson, loin derrière des acteurs majeurs comme le Pérou, la Norvège ou encore le Chili, qui dominent largement ce marché. Cette configuration contraste donc avec celle observée dans la farine de poisson, où le Royaume a, au contraire, considérablement renforcé sa présence sur le marché européen au cours de la dernière décennie. n