Économie

GITEX Africa 2026 : clap de fin à Marrakech sur fond d’ambitions numériques africaines

Au terme d’une troisième et dernière journée dense, la quatrième édition de GITEX AFRICA Morocco 2026 a recentré les débats sur les grands enjeux structurants du numérique africain : intelligence artificielle souveraine, cybersécurité et infrastructures critiques. Une clôture à forte portée stratégique, révélatrice des ambitions du continent dans un monde façonné par l’IA.

10 Avril 2026 À 14:35

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Dans les allées de Marrakech, le ton était à la fois lucide et résolument tourné vers l’avenir. Pour cette dernière journée, experts internationaux, décideurs publics et leaders technologiques ont convergé autour d’une même interrogation : comment faire du numérique un levier de transformation durable pour l’Afrique, sans renoncer à sa souveraineté ni à ses spécificités culturelles ?

Organisé sous l’égide du ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, avec le concours de l’Agence de Développement du Digital et de KAOUN International, l’événement s’est imposé comme une plateforme de convergence entre politiques publiques, investissements et innovation technologique.

Au cœur des discussions : l’intelligence artificielle, désormais perçue comme un moteur central de développement. Mais une IA à condition qu’elle soit pensée depuis le continent, pour le continent. Les échanges ont mis en lumière une nouvelle génération de modèles linguistiques et de systèmes d’IA capables d’intégrer les réalités africaines — diversité linguistique, contextes socio-économiques, usages locaux. Une approche qui vise à dépasser les biais des modèles globaux pour proposer des solutions réellement inclusives. « La souveraineté de l’IA doit être au cœur des stratégies nationales », a souligné Philipe Beaudoin, insistant sur la nécessité de concevoir des systèmes respectueux des cultures et des modes de vie locaux. Derrière cette ambition, un enjeu clé : la maîtrise des données. Les intervenants ont appelé à une mobilisation collective — États, entreprises et ONG — pour structurer des écosystèmes capables de produire, d’exploiter et de valoriser des données africaines.

Cybersécurité : vers une logique de résilience intégrée

Autre pivot des débats : la transformation des modèles de sécurité. À mesure que les infrastructures numériques se complexifient, la cybersécurité ne peut plus être une couche ajoutée a posteriori. Elle devient un principe fondateur. Les experts ont plaidé pour une approche "security by design”, intégrée dès la conception des systèmes. Une mutation stratégique qui implique une collaboration étroite entre équipes techniques, métiers et gouvernance. Dans cette dynamique, le rôle des responsables de la sécurité (CISO) évolue profondément. Ils ne sont plus seulement garants de la protection, mais acteurs à part entière de la stratégie d’entreprise, impliqués dans l’ensemble du cycle de vie des projets.

Dans un contexte marqué par la sophistication croissante des cyberattaques — souvent amplifiées par l’intelligence artificielle — les stratégies dites "Zero Trust” se sont imposées comme un référentiel central. Ce modèle repose sur un principe simple : ne faire confiance à aucun utilisateur ou système sans vérification continue. Une rupture avec les approches traditionnelles de sécurité périmétrique. Les discussions ont toutefois mis en évidence un paradoxe : à mesure que l’IA devient plus performante et convaincante, le risque de relâchement de la vigilance humaine augmente. D’où l’importance d’un cadre de régulation adapté, centré sur les usages réels et la responsabilité humaine.

Au-delà des aspects techniques, cette édition 2026 de GITEX AFRICA Morocco a confirmé une tendance de fond : l’Afrique ne se contente plus d’adopter les technologies, elle aspire à en devenir un acteur structurant.

Investissements coordonnés, coopération transfrontalière, gouvernance anticipatrice... les conditions d’une montée en puissance sont désormais clairement identifiées.

Reste à les concrétiser. Car dans un monde numérique en recomposition rapide, la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit, patiemment, à l’intersection de la technologie, de la politique et de la culture.

À Marrakech, cette conviction semblait largement partagée.
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