Pendant des années, les robots ont surtout suscité la curiosité. On les croisait dans les grands salons technologiques, les foires ou les événements d’entreprise, où ils servaient essentiellement à attirer les visiteurs. Leur présence relevait davantage de la démonstration que de l’utilité. Aujourd’hui, les entreprises ne demandent plus seulement ce qu’un robot est capable de faire. Elles veulent savoir comment il peut accueillir leurs clients, orienter les visiteurs, assister leurs collaborateurs, transporter du matériel ou encore améliorer l’expérience utilisateur. Autrement dit, le robot n’est plus seulement un objet spectaculaire ; il devient progressivement un outil de travail. C’est le constat dressé par Marya Ayad, directrice générale d’Almaxyra & Company, société marocaine spécialisée dans l’intégration de solutions robotiques intelligentes. Pour elle, le marché marocain de la robotique se trouve à un moment charnière. L’intérêt est réel, les technologies sont disponibles et les usages commencent à se préciser. «Le passage à une adoption plus large dépendra cependant de notre capacité collective à former les compétences, structurer l’écosystème, sécuriser les investissements et démontrer la valeur concrète de chaque solution», résume la responsable.
Un marché qui commence à prendre formeLe Maroc ne part pas de zéro. La robotique industrielle est déjà bien implantée dans certains secteurs, notamment l’automobile, l’aéronautique et plusieurs activités manufacturières. En revanche, la robotique de service, celle qui interagit avec les usagers dans les hôtels, les commerces ou les administrations, reste un marché jeune. Mais ce marché change rapidement. «Nous sommes passés d’une phase essentiellement expérimentale à une phase d’adoption progressive», explique Marya Ayad. Là où les robots étaient auparavant perçus comme des objets futuristes destinés aux salons professionnels, ils commencent désormais à être considérés comme de véritables outils opérationnels. Les demandes des clients sont devenues plus précises et portent davantage sur l’intégration des robots dans les processus existants, leur connexion aux systèmes d’information ou leur capacité à générer une valeur mesurable. Cette évolution accompagne la transformation numérique engagée par les entreprises marocaines, mais aussi les ambitions affichées dans le cadre de la stratégie Digital Morocco 2030, qui place l’intelligence artificielle et les technologies innovantes parmi les leviers de modernisation des services publics et de l’économie. Cette analyse rejoint celle formulée il y a quelques années par Abdelilah El Attari, spécialiste du secteur, qui estimait déjà que toutes les entreprises marocaines seraient progressivement concernées par la robotique et l’automatisation, même si le Royaume avait pris du retard par rapport aux pays européens ou asiatiques.
Hôtellerie, santé, commerce... les secteurs se diversifientContrairement aux idées reçues, la robotique ne concerne plus uniquement les grandes usines. Selon Almaxyra, les projets concernent désormais les institutions publiques, les universités, les écoles d’ingénieurs, les agences événementielles, la grande distribution, mais aussi les banques, les télécommunications, les établissements de santé ou encore l’hôtellerie-restauration. Plusieurs enseignes utilisent déjà des robots pour animer des opérations commerciales, accueillir les visiteurs ou améliorer l’expérience client. Dans les établissements d’enseignement, les robots servent principalement à l’apprentissage de la programmation, de l’intelligence artificielle et de l’automatisation. Les entreprises privilégient, elles, des robots capables d’accueillir les visiteurs, de répondre aux questions les plus fréquentes, de présenter leurs services ou d’orienter le public. À moyen terme, Almaxyra identifie plusieurs secteurs particulièrement prometteurs : l’hôtellerie, la santé, le commerce, la logistique interne, le nettoyage professionnel, la sécurité et les services publics. L’organisation de grands événements internationaux, notamment la Coupe du Monde 2030, pourrait également accélérer l’adoption de ces technologies dans les infrastructures touristiques et les espaces accueillant un large public. Même les PME commencent à s’intéresser à ces solutions, notamment lorsque celles-ci sont proposées sous forme de location ou de projets pilotes, ce qui réduit l’investissement initial.
Des robots... mais pas pour remplacer les salariésL’une des principales craintes liées à la robotique reste la disparition des emplois. Les professionnels du secteur insistent pourtant sur un point : les robots actuellement déployés au Maroc ne remplacent pas les salariés ; ils prennent en charge des tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée. «Le robot ne prend pas la place de l’humain. Le robot collabore avec l’humain», résume Fahol Massouta, responsable du pôle Robotique chez Almaxyra & Company. Selon lui, les robots permettent surtout d’effectuer plus rapidement certaines tâches répétitives, laissant aux collaborateurs les missions qui nécessitent réflexion, empathie et prise de décision. Cette philosophie rejoint par ailleurs celle défendue par Abdelilah El Attari autour de l’automatisation des processus. Selon lui, la robotisation doit avant tout permettre de libérer du temps pour des tâches à plus forte valeur ajoutée et améliorer la compétitivité des entreprises, plutôt que de supprimer des emplois. Pour Marya Ayad, la robotique ne doit être envisagée ni comme un simple outil de communication ni comme une menace pour l’emploi. Bien intégrée, elle peut devenir un levier d’amélioration des services, de compétitivité et de montée en compétence.
Combien coûte un robot ?C’est souvent la première question que se posent les entreprises. Si les robots humanoïdes très sophistiqués peuvent représenter un investissement conséquent, la démocratisation progressive des technologies et l’apparition de nouvelles offres rendent désormais ces solutions plus accessibles qu’il y a quelques années. Selon Marya Ayad, le prix d’un robot dépend avant tout de sa mission, de son niveau d’autonomie et des développements logiciels qui l’accompagnent. Un robot éducatif destiné aux établissements scolaires ne répond pas aux mêmes besoins qu’un robot d’accueil capable d’interagir avec les visiteurs en plusieurs langues ou qu’un robot logistique chargé d’assurer des livraisons internes dans un hôpital ou un hôtel. À cela s’ajoutent les coûts liés à la personnalisation, à l’intégration avec les systèmes d’information, à la maintenance et à la formation des utilisateurs. Pour lever le frein de l’investissement initial, plusieurs opérateurs proposent désormais des formules de location ou de Robot-as-a-Service (RaaS). Ce modèle permet aux entreprises de tester la technologie avant un éventuel déploiement plus large et contribue à élargir progressivement la clientèle au-delà des grandes entreprises.
Le principal frein n’est plus la technologie, mais la cultureSi les solutions robotiques gagnent en maturité, leur adoption reste confrontée à plusieurs obstacles. Le premier est d’ordre culturel. Pour Fahol Massouta, beaucoup d’entreprises associent encore le robot à une menace pour l’emploi ou à un gadget technologique, alors que sa vocation est d’abord d’assister les équipes dans leurs tâches quotidiennes. «Il faut changer cette perception», explique-t-il, estimant que les robots sont appelés à devenir des collaborateurs capables d’exécuter les tâches répétitives, pénibles ou chronophages, pendant que les salariés se concentrent sur des activités nécessitant davantage d’expertise ou de relation humaine. À cette dimension culturelle s’ajoutent d’autres défis : le manque de compétences spécialisées, l’insuffisance de profils formés à la robotique et à l’intelligence artificielle, les enjeux de cybersécurité, mais aussi un cadre réglementaire qui devra évoluer au rythme des innovations. Marya Ayad souligne, par ailleurs, la nécessité de développer un écosystème capable d’accompagner les entreprises dans l’intégration de ces technologies plutôt que dans leur simple acquisition. «L’enjeu des prochaines années sera de transformer les expérimentations actuelles en usages durables, puis de faire émerger progressivement une véritable capacité marocaine d’innovation et d’intégration robotique», note-t-elle.
Un marché encore jeune face à une dynamique mondialeSi les professionnels interrogés se montrent optimistes, ils reconnaissent que le Maroc demeure loin des grands pays de la robotique. Le Royaume dispose de compétences reconnues dans l’ingénierie, d’une industrie automobile et aéronautique performante et d’une stratégie de transformation numérique ambitieuse. En revanche, la recherche et développement, la production locale de robots et les investissements spécialisés restent encore limités, comme le soulignait déjà Abdelilah El Attari en appelant à renforcer les moyens consacrés à la robotique et à l’intelligence artificielle. Pendant ce temps, le marché mondial poursuit son accélération. Selon Fortune Business Insights, le marché des robots intelligents devrait passer de plus de 24 milliards de dollars en 2026 à environ 125 milliards de dollars en 2034, porté par les progrès de l’intelligence artificielle, de la vision par ordinateur et des robots mobiles autonomes. De son côté, Mordor Intelligence anticipe une croissance annuelle proche de 20% pour la robotique de service, portée par les secteurs de la santé, de la logistique et des services. Pour Marya Ayad, le Maroc dispose néanmoins de plusieurs atouts : une jeunesse fortement sensibilisée aux nouvelles technologies, une montée en puissance des formations spécialisées, des infrastructures numériques en développement et l’organisation de grands événements internationaux qui devraient stimuler la demande en solutions intelligentes.
Les foyers, prochaine frontière de la robotique
Si les robots sont aujourd’hui principalement présents dans les entreprises, les établissements scolaires ou les infrastructures accueillant du public, leur arrivée dans les foyers marocains n’est plus un scénario de science-fiction. Les robots domestiques existent déjà à travers les aspirateurs autonomes, les tondeuses intelligentes ou certains assistants spécialisés. En revanche, les robots humanoïdes polyvalents restent encore peu accessibles en raison de leur coût élevé et de la maturité encore limitée de certaines technologies. Marya Ayad estime toutefois que cette situation devrait évoluer au cours des prochaines années, à mesure que les prix baisseront et que l’intelligence artificielle rendra ces machines plus performantes et plus utiles au quotidien. Pour les acteurs du secteur, la question n’est donc plus de savoir si les robots feront partie du paysage économique marocain, mais à quel rythme ils s’imposeront. Le marché reste émergent, mais les usages se multiplient et les entreprises commencent à considérer la robotique non plus comme une vitrine technologique, mais comme un véritable levier de performance.
Les robots s’installent progressivement dans le paysage marocain
La robotique de service ne se limite plus aux démonstrations technologiques. Plusieurs secteurs ont déjà commencé à intégrer ces solutions pour répondre à des besoins concrets. Dans la santé, les robots facilitent le transport de médicaments ou de matériel, accompagnent les patients et assistent le personnel dans certaines tâches logistiques. Dans l’hôtellerie et le tourisme, ils accueillent les visiteurs, renseignent les clients et participent à l’amélioration de l’expérience utilisateur. Le commerce et la grande distribution les utilisent pour orienter les consommateurs, présenter des produits ou animer des opérations commerciales, tandis que les banques et les administrations expérimentent des robots d’accueil capables de guider le public et de répondre aux questions les plus fréquentes. Le secteur de l’enseignement mise, quant à lui, sur les robots éducatifs pour initier les élèves à la programmation, à la robotique et à l’intelligence artificielle. Dans l’industrie, les robots collaboratifs et les solutions d’automatisation viennent compléter le travail des opérateurs sur les tâches répétitives, alors que l’événementiel fait appel à des robots d’animation pour accueillir les visiteurs et dynamiser les manifestations. À mesure que le marché se structure, les usages devraient continuer à se diversifier. Les professionnels anticipent notamment une montée en puissance des robots d’accueil, des robots serveurs, des robots de nettoyage autonomes, des robots logistiques destinés aux entrepôts et aux hôpitaux, ainsi que des robots d’assistance hospitalière. À plus long terme, les robots domestiques, déjà présents à travers les aspirateurs ou les tondeuses autonomes, pourraient, eux aussi, trouver progressivement leur place dans les foyers marocains.
Marya Ayad, directrice générale d'Almaxyra & Company : «Les robots ne sont plus des vitrines technologiques, mais des outils de travail»
Le Matin : Pouvez-vous nous présenter Almaxyra & Company et expliquer son positionnement sur le marché marocain de la robotique de service ?
Marya Ayad : Fondée en 2017, Almaxyra & Company est une entreprise marocaine spécialisée dans l’intégration de solutions robotiques intelligentes. Nous accompagnons les entreprises, les institutions publiques et les établissements d’enseignement dans le choix, l’intégration et le déploiement de technologies robotiques adaptées à leurs besoins. Notre expertise couvre la robotique de service, la robotique éducative et les robots collaboratifs destinés aux environnements professionnels et industriels. Notre valeur ajoutée ne réside pas uniquement dans la fourniture des équipements. Nous intervenons sur l’ensemble de la chaîne de valeur : analyse des besoins, intégration, personnalisation, formation des utilisateurs, assistance technique et suivi opérationnel. Dans la robotique de service, nous privilégions une approche fondée sur l’usage. Un robot n’a de valeur que s’il répond à un besoin concret : accueillir, orienter, informer, assister les équipes ou améliorer l’expérience des visiteurs. Notre ambition est de faire de la robotique un véritable outil de performance et de création de valeur, au service des organisations.
Peut-on aujourd’hui parler d’un véritable marché de la robotique au Maroc ou sommes-nous encore dans une phase d’émergence ? Comment ce marché a-t-il évolué ces dernières années ?Le Maroc dispose déjà d’un marché structuré de la robotique industrielle, notamment dans l’automobile, l’aéronautique et certaines activités manufacturières. En revanche, le marché de la robotique de service reste encore émergent. Nous sommes toutefois passés d’une phase essentiellement expérimentale à une phase d’adoption progressive. Il y a quelques années, les robots de service étaient principalement perçus comme des objets futuristes, utilisés lors de salons ou d’événements. Aujourd’hui, les entreprises commencent à les envisager comme de véritables outils opérationnels. Les demandes sont aussi devenues plus précises. Les clients ne nous interrogent plus seulement sur ce qu’un robot est capable de faire. Ils souhaitent savoir comment il peut s’intégrer à leur organisation, se connecter à leurs systèmes d’information, interagir avec leurs visiteurs et produire une valeur mesurable. Cette évolution est soutenue par la transformation numérique des entreprises, la démocratisation de l’intelligence artificielle (IA) et l’amélioration des performances des robots. La stratégie nationale Digital Morocco 2030 accorde d’ailleurs une place importante à l’intelligence artificielle et aux technologies innovantes dans la modernisation de l’économie et des services publics.
Quels sont aujourd’hui les principaux secteurs qui investissent dans des robots de service au Maroc ? Lesquels affichent le plus fort potentiel de développement ? À travers les projets que nous accompagnons et des sollicitations que nous recevons, les projets les plus visibles concernent aujourd’hui les grandes entreprises, les institutions publiques, les établissements d’enseignement, l’événementiel ainsi que, de plus en plus, la grande distribution, où plusieurs marques, notamment de l’agroalimentaire, utilisent des robots de service pour animer leurs opérations promotionnelles et enrichir l’expérience client. Nous observons aussi un intérêt croissant de secteurs tels que l’hôtellerie, la restauration, les télécommunications, les banques et la santé, où plusieurs acteurs explorent activement le potentiel de la robotique de service, même si les déploiements restent encore limités. Cette dynamique pourrait aussi concerner les gestionnaires de grandes infrastructures accueillant du public, notamment les aéroports, où la robotique de service offre un fort potentiel pour améliorer l’accueil, l’orientation et l’expérience des visiteurs. Au-delà des secteurs concernés, les usages de la robotique varient fortement selon les besoins des organisations. Les établissements d’enseignement et de formation investissent principalement dans des solutions robotiques pédagogiques, tandis que les entreprises et les institutions publiques privilégient davantage les robots d’accueil, d’orientation et d’information. À moyen terme, nous sommes convaincus que les perspectives de développement les plus importantes se situeront dans l’hôtellerie et le tourisme, la santé, le commerce, la logistique interne, le nettoyage professionnel, la sécurité et les services publics. Le développement des infrastructures touristiques et événementielles, notamment à l’approche de grands rendez-vous internationaux (Coupe du monde 2030), devrait accélérer l’adoption de ces technologies, en particulier pour améliorer l’accueil, l’orientation multilingue et l’expérience des visiteurs.
Qui sont vos principaux clients ? Les grandes entreprises restent-elles les plus demandeuses ou les PME commencent-elles aussi à s’équiper ?Nos interlocuteurs sont principalement des institutions publiques, de grandes entreprises, des universités, des écoles d’ingénieurs, des centres de formation professionnelle, des agences événementielles et des acteurs souhaitant moderniser leur relation avec le public. Les grandes organisations restent aujourd’hui les plus actives, car elles disposent généralement de budgets d’innovation, d’équipes techniques et d’une capacité plus importante à mener des projets pilotes. Les PME commencent néanmoins à s’intéresser à ces solutions, particulièrement lorsqu’elles sont proposées sous forme de location, de démonstration ou de déploiement progressif. Elles recherchent des applications directement liées à leur activité : accueil, communication, animation commerciale, automatisation d’une tâche répétitive ou amélioration de leur visibilité. Le développement de modèles économiques plus souples sera déterminant. La location, la robotique à la demande et les offres intégrant l’équipement, le logiciel et la maintenance permettront à un nombre plus important d’entreprises de franchir le pas sans supporter immédiatement la totalité de l’investissement. Pour des raisons de confidentialité, nous ne communiquons pas systématiquement le nom de nos clients. Nous avons néanmoins accompagné des institutions publiques, des universités, des établissements d’enseignement supérieur, des entreprises privées et plusieurs événements professionnels d’envergure nationale.
Quels types de robots sont aujourd’hui les plus recherchés sur le marché marocain ? Les robots humanoïdes représentent-ils une demande significative ou restent-ils principalement des outils d’animation et de démonstration ? Les robots les plus recherchés sur le marché marocain sont aujourd’hui les robots de service intelligents (robots d’accueil et d’orientation, robots mobiles de service), les plateformes éducatives et les robots collaboratifs destinés à l’industrie. Leur succès s’explique par leur capacité à répondre à des besoins concrets d’accueil, d’assistance, de logistique, de formation et d’automatisation. Il est toutefois important de distinguer les véritables robots humanoïdes des robots de service à apparence humaine. Les premiers reproduisent la morphologie humaine, avec des jambes, des bras et la capacité de se déplacer en marchant. Les seconds, bien qu’ils disposent souvent d’un écran, d’une voix, d’un visage stylisé ou de bras articulés, évoluent sur une base roulante. Leur conception privilégie avant tout l’interaction avec le public et l’exécution de missions de service. À ce jour, la demande pour les véritables robots humanoïdes reste limitée et essentiellement ponctuelle. Ils sont principalement déployés lors de salons professionnels, d’événements ou d’opérations de communication, où ils contribuent à attirer l’attention du public, à créer un effet de surprise «Buzz» et à renforcer l’image d’innovation d’une entreprise ou d’une institution. À l’inverse, les robots de service à apparence humaine répondent à des besoins beaucoup plus concrets. Correctement intégrés, ils peuvent accueillir et orienter les visiteurs, répondre à leurs questions, présenter une organisation, diffuser des contenus multimédias et interagir naturellement avec le public grâce aux grands modèles de langage (LLM) qui les équipent. Leur design moderne et leur apparence technologique contribuent à renforcer l’image d’innovation d’une entreprise ou d’une institution, tandis que leur véritable valeur réside dans leur capacité à offrir un service utile, fluide et personnalisé. Les robots humanoïdes capables d’accomplir des tâches physiques complexes restent, quant à eux, encore peu accessibles commercialement. Leur coût, leur autonomie et les contraintes liées à leur exploitation limitent encore leur déploiement à grande échelle.
Pour quels usages les entreprises marocaines font-elles le plus souvent appel à la robotique ?Dans la robotique de service, les usages les plus fréquents au Maroc concernent actuellement l’accueil, l’orientation, l’information, la communication et l’animation événementielle. Les robots sont notamment sollicités pour accueillir les visiteurs, présenter les services d’une organisation, diffuser du contenu, accompagner les participants lors d’un événement ou guider le public à l’intérieur d’un bâtiment. Dans l’enseignement, les usages sont davantage liés à l’apprentissage de la programmation, de la robotique, de l’intelligence artificielle appliquée et de l’automatisation. Nous observons aussi un intérêt croissant pour le transport autonome de petits objets, la livraison interne, le service en salle, la surveillance, le nettoyage et l’assistance dans les établissements de santé. Cependant, tous ces segments ne se situent pas au même niveau de maturité. L’accueil et la communication sont déjà relativement accessibles, tandis que la santé, la sécurité et la logistique nécessitent davantage d’intégration, de tests et de conformité aux procédures propres à chaque environnement.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins au développement de la robotique au Maroc ?Le premier frein demeure le coût initial, même si les prix ont progressivement diminué et si les solutions sont devenues plus performantes. Le client ne doit pas uniquement financer le robot. Il doit aussi prendre en compte l’intégration, la personnalisation, la formation, la maintenance et parfois l’adaptation de son infrastructure. Le deuxième frein est la difficulté à définir un usage suffisamment précis. Certaines organisations souhaitent acquérir un robot avant même d’avoir identifié les missions qu’elles souhaitent lui confier. Or, sans scénario d’utilisation clair, le risque est de disposer d’un équipement innovant mais insuffisamment exploité. Le manque de compétences spécialisées représente aussi un enjeu. La robotique exige des profils capables de comprendre à la fois le matériel, le logiciel, l’intelligence artificielle, l’expérience utilisateur et les contraintes métiers. Il existe aussi un frein culturel. Certains collaborateurs peuvent percevoir le robot comme une menace pour leur emploi. Il est donc essentiel d’expliquer que, dans la majorité des projets actuels, le robot ne remplace pas les équipes. Il prend en charge certaines tâches répétitives ou standardisées et permet aux collaborateurs de se concentrer sur les situations qui nécessitent du jugement, de l’empathie ou une expertise particulière. Enfin, la maintenance, la disponibilité des pièces, la protection des données, la cybersécurité et l’absence d’un cadre réglementaire spécifiquement consacré à certains usages robotiques peuvent ralentir les décisions.
Disposez-vous d’estimations sur la taille actuelle du marché marocain de la robotique ?À ce jour, il n’existe pas, à notre connaissance, de statistiques publiques suffisamment exhaustives permettant d’isoler précisément le marché marocain de la robotique de service. Les données disponibles portent généralement sur l’ensemble du marché de la robotique ou se concentrent sur les robots industriels. Or, ces deux univers sont très différents en matière de volumes, d’investissements et d’usages. La Fédération internationale de la robotique publie des données mondiales détaillées. Son rapport de 2025 indique que plus de 199.000 robots de service professionnels et près de 16.700 robots médicaux ont été enregistrés et vendus à l’échelle mondiale en 2024. Ces chiffres montrent la dynamique internationale du secteur, mais ils ne permettent pas d’établir directement la taille du marché marocain. Au Maroc, il serait donc imprudent d’avancer un nombre précis de robots de service installés ou un chiffre d’affaires national sans méthodologie partagée entre les fabricants, les intégrateurs, les importateurs et les utilisateurs finaux. Les indicateurs les plus pertinents sont aujourd’hui qualitatifs : augmentation du nombre de consultations, multiplication des projets pilotes, intégration de la robotique dans les établissements d’enseignement, participation croissante aux salons professionnels et intérêt accru des entreprises pour des applications permanentes. La mise en place d’un observatoire ou d’une association professionnelle permettrait de mieux mesurer le marché et de suivre son évolution.
Toutefois, le Royaume dispose de plusieurs atouts pour devenir un marché de référence en Afrique grâce notamment à une base industrielle solide, notamment dans l’automobile et l’aéronautique, un réseau d’universités et d’écoles d’ingénieurs, des infrastructures numériques en développement et une proximité importante avec les marchés européens et africains. Mais, pour devenir une véritable référence continentale, le Maroc devra aller au-delà de l’importation d’équipements. Il devra développer davantage de compétences locales, de logiciels, de contenus multilingues, de laboratoires d’essai, de programmes de recherche et, à terme, de composants ou de solutions conçus localement.
Comment imaginez-vous le marché marocain de la robotique à l’horizon 2030 ? Les robots de service sont-ils appelés à devenir un équipement courant dans les entreprises marocaines ?À l’horizon 2030, nous pensons que le robot de service ne sera plus systématiquement considéré comme un objet exceptionnel. Dans certains secteurs, il deviendra un équipement professionnel parmi d’autres, au même titre qu’une borne interactive, un système de gestion de files d’attente ou un outil de relation client. Cette généralisation ne concernera pas tous les métiers ni toutes les entreprises. Elle se fera d’abord dans les environnements où la robotique est susceptible d’apporter une forte valeur ajoutée : les hôtels, les grands établissements hospitaliers, les plateformes logistiques, les établissements d’enseignement et les grandes infrastructures accueillant du public, notamment les aéroports, les grandes infrastructures sportives et les pôles commerciaux. Les robots seront aussi plus étroitement associés à l’IA. Ils pourront mieux comprendre le langage naturel, accéder aux bases de connaissances des entreprises, reconnaître le contexte d’une demande et adapter leurs réponses. Le Maroc ambitionne parallèlement de renforcer ses capacités en intelligence artificielle, dans les infrastructures numériques et dans la formation. Les objectifs annoncés en 2026 comprennent notamment la formation de 200.000 diplômés aux compétences liées à l’IA et la création de 50.000 emplois dans ce domaine à l’horizon 2030. (Reuters) Le défi ne sera donc plus uniquement de disposer d’un robot, mais de construire autour de lui un écosystème intelligent, sécurisé et parfaitement intégré aux processus de l’organisation.
Les particuliers marocains commencent-ils à s’intéresser aux robots domestiques ?Oui, la robotique domestique est déjà présente dans les foyers marocains, même si les consommateurs ne perçoivent pas toujours ces équipements comme des robots. Les appareils les plus répandus sont les robots aspirateurs et laveurs de sols. Leur succès repose sur une fonction simple, identifiable et directement utile au quotidien. Les robots de piscine, les tondeuses autonomes et certains équipements de surveillance domestique commencent également à susciter de l’intérêt, mais restent moins répandus. Les robots domestiques capables d’interagir verbalement, d’assister les personnes âgées ou de réaliser plusieurs tâches physiques demeurent encore très peu accessibles. Leur coût demeure élevé et leur niveau de fiabilité ne permet pas encore une adoption massive dans les foyers. Néanmoins, à l’international, de nouveaux modèles économiques émergent. À titre d'exemple, certains fabricants proposent l'achat de leurs robots à 20.000 dollars, ou sous la forme d'un leasing de 499 dollars par mois. Cette approche de type Robot-as-a-Service (RaaS) pourrait contribuer à démocratiser progressivement l'accès aux robots domestiques tout en accompagnant l'amélioration continue de leurs capacités grâce aux mises à jour logicielles et à l'IA. Les principaux freins sont le prix, la qualité du service après-vente, la disponibilité des pièces détachées, l’adaptation à l’environnement du domicile et les inquiétudes relatives au respect de la vie privée. Pour se démocratiser, un robot domestique doit avant tout prouver son utilité. Le consommateur accepte plus facilement d’investir lorsque le gain de temps est évident, que l’appareil est simple à utiliser et que le service après-vente est disponible localement. À terme, les progrès de l’intelligence artificielle, de la vision artificielle, des batteries et de la mobilité permettront de développer des robots domestiques plus polyvalents. Mais leur adoption se fera progressivement, fonctionnalité par fonctionnalité, plutôt que par l’arrivée immédiate d’un robot universel capable de tout faire.