Intelligence artificielle : le Maroc parmi les leaders régionaux des exportations technologiques
Le Maroc s’impose, avec la Tunisie, parmi les principaux pôles régionaux d’exportation de produits technologiques liés à l’intelligence artificielle, selon le dernier rapport économique de la Banque mondiale sur la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MENAAP). Les produits de haute technologie représentent désormais plus de 5% des exportations manufacturières du Royaume, signe, selon l’institution, d’une montée progressive dans les chaînes de valeur technologiques mondiales.
S.Ba.
07 Octobre 2026
À 09:00
Le Maroc gagne du terrain dans les exportations à forte composante technologique. Dans son MENAAP Economic Update d’octobre 2026, la Banque mondiale relève la progression des exportations de haute technologie dans plusieurs économies importatrices de pétrole de la région et place le Royaume, aux côtés de la Tunisie, en tête de cette dynamique.
Le constat est particulièrement marqué pour les produits liés à l’intelligence artificielle. La Banque mondiale relève que le Maroc et la Tunisie sont devenus les principaux exportateurs de produits liés à l’IA dans la région, plaçant ainsi les deux pays nord-africains en tête sur ce segment.
Cette évolution s'inscrit dans une progression plus large des exportations de haute technologie. Au Maroc, celles-ci représentent désormais plus de 5% des exportations de produits manufacturés, selon les données reprises par l'institution internationale. Le Royaume arrive derrière la Tunisie, où cette proportion dépasse 7%, mais devant l'Égypte et le Pakistan.
La Banque mondiale y voit le signe d'une évolution progressive vers des activités davantage fondées sur la connaissance et d'une participation croissante aux chaînes de valeur technologiques mondiales, notamment dans les segments associés à la production de biens numériques et liés à l'IA.
Maroc et Tunisie tirent leur épingle du jeu en Afrique du Nord
À l'échelle de l'Afrique du Nord couverte par les données du rapport, la Tunisie et le Maroc se détachent ainsi sur les exportations de haute technologie, tandis que l'Égypte arrive derrière eux. La progression marocaine intervient dans un contexte où les exportations de haute technologie augmentent plus généralement parmi les économies en développement importatrices de pétrole de la région MENAAP. Leur poids est passé de moins de 2% des exportations manufacturières en 2012 à environ 3,5% en 2024, selon l'agrégat calculé par la Banque mondiale. Le Maroc, avec plus de 5%, se situe donc au-dessus de cette moyenne. La Banque mondiale souligne d'ailleurs explicitement que les exportations liées à l'IA progressent rapidement au Maroc et en Tunisie, contribuant à soutenir l'activité dans ces économies importatrices d'énergie.
Cette avance dans les exportations ne signifie cependant pas que le Maroc domine l'ensemble de l'écosystème régional de l'intelligence artificielle. Le rapport fait apparaître une spécialisation différente selon les pays. Alors que le Maroc et la Tunisie se distinguent dans les exportations de produits liés à l'IA, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis concentrent une part importante des investissements dans les infrastructures numériques et les centres de données. Ces deux économies du Golfe sont également les seules de la région à figurer parmi les 25 premiers pays mondiaux à la fois pour le développement de modèles d'IA et pour les capacités de calcul à haute performance.
Le Maroc appartient, lui, à un autre groupe identifié par la Banque mondiale, aux côtés notamment de l'Égypte, de la Jordanie, du Pakistan et de la Tunisie : des économies à revenu intermédiaire disposant de compétences techniques et d'écosystèmes numériques en développement, mais qui présentent encore d'importants écarts en matière de préparation à l'IA.
Cette distinction est importante. Exporter davantage de produits technologiques ne signifie pas nécessairement que l'IA est largement diffusée dans l'économie nationale. Le rapport montre au contraire que la région connaît plusieurs transitions numériques à des vitesses très différentes, en fonction de la qualité des infrastructures, des compétences, de la réglementation et de la capacité des entreprises à adopter effectivement ces technologies.
C'est précisément ce paradoxe qui apparaît dans le cas marocain : le Royaume se positionne favorablement dans les exportations technologiques, alors que l'utilisation de l'IA au sein de ses entreprises reste encore limitée. Un décalage que la Banque mondiale documente avec des chiffres particulièrement révélateurs.
Une numérisation avancée des entreprises, mais l’IA encore peu adoptée
L'enquête sur l’adoption des technologies, réalisée auprès des entreprises marocaines en 2024, montre que 98,8% d’entre elles utilisent des outils numériques de base et qu’environ un tiers ont adopté des logiciels avancés.
Le passage à des usages plus sophistiqués reste toutefois beaucoup plus lent. Seuls 4,3% des établissements marocains déclarent avoir adopté l’analyse des mégadonnées (big data) ou l’intelligence artificielle, alors que 40% utilisent déjà le cloud. La Banque mondiale relève également que, parmi les entreprises ayant adopté des logiciels avancés, moins de la moitié les utilisent de manière intensive, c’est-à-dire comme un outil central de leurs activités plutôt que pour des fonctions périphériques.
Or, c’est précisément cette intensité d’utilisation qui fait la différence en matière de productivité. Selon l’analyse de l’institution, l’adoption d'une technologie avancée ne suffit pas à elle seule à générer des gains significatifs : ceux-ci apparaissent surtout lorsque les entreprises l’intègrent réellement dans leurs processus et leurs fonctions essentielles.
Pour les entreprises marocaines, le principal frein identifié est le coût de l’adoption technologique. Le défi n’est donc plus seulement celui de l’accès au numérique, largement diffusé, mais celui du passage à des usages avancés capables d’améliorer effectivement la productivité.