Économie

PLF 2027 : les nouveautés et les enjeux de l’impôt sur le revenu expliqués par un universitaire

Exonération élargie, premiers gains sur les fiches de paie et baisse progressive des taux : le projet de loi de Finances 2027, présenté vendredi 23 octobre au Parlement par Fouzi Lekjaâ, engage une refonte de l’impôt sur le revenu sur cinq ans. Le gouvernement estime que 87,1% des salariés échapperont à cet impôt et annonce un gain d’environ 500 dirhams par mois pour la majorité des bénéficiaires dès 2027. Mais le barème promis pour 2031 ne s’appliquera pas d’un seul coup. Pour le professeur Mohammed Kadous, doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Meknès, l’enjeu dépasse la fiscalité : redonner de l’air aux ménages sans fragiliser les finances de l’État. «C’est toute la particularité de cette réforme : son effet sera immédiatement perceptible pour certains contribuables, mais son bilan économique se construira dans la durée».

26 Octobre 2026 À 17:15

À partir de janvier 2027, le gouvernement veut laisser davantage de dirhams sur les comptes des salariés sans que leurs employeurs aient à augmenter les salaires bruts. Présenté vendredi 23 octobre 2026 au Parlement par Fouzi Lekjaâ, ministre de l’Économie, des finances et de la performance publique, le projet de loi de Finances (PLF) propose un allégement de l’impôt sur le revenu (IR), dont la première étape doit entrer en vigueur l’année prochaine. La refonte complète du barème est, elle, programmée pour 2031. Dans l’exposé présenté devant la Commission des finances de la Chambre des représentants, le ministre avance une projection spectaculaire : 87,1% des salariés seraient exonérés d’IR. Pour la majorité de ceux dont le prélèvement diminuera, le gain mensuel devrait avoisiner 500 dirhams la première année. Derrière ces chiffres se pose la question qui intéresse les ménages : combien retrouveront-ils réellement à la fin du mois ?

Pour Mohammed Kadous, doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Meknès (FSJES), relevant de l’Université Moulay Ismaïl, le changement constitue un tournant. «La réforme de l’Impôt sur le Revenu au Maroc, qui sera déployée progressivement entre 2027 et 2031, peut à juste titre être qualifiée d’historique», estime-t-il dans ses réponses au «Matin». L’universitaire pointe un système à cinq tranches imposables, dont les taux s’échelonnent de 10 à 37%, et dont il juge la charge particulièrement lourde pour la classe moyenne.

Une première rupture sur les fiches de paie en 2027

La mesure la plus immédiate est le relèvement du plafond annuel de revenu net imposable exonéré, de 40.000 à 60.000 dirhams. S’y ajouterait, dès 2027, une déduction forfaitaire pour frais professionnels portée à 45%, avec un plafond annuel de 35.000 dirhams. La combinaison doit réduire le montant sur lequel l’impôt est calculé, puis élargir la fraction qui échappe au prélèvement. C’est sur cette base que Fouzi Lekjaâ a annoncé l’exonération des rémunérations mensuelles inférieures à 10.000 dirhams. Il faut toutefois distinguer ce repère salarial du seuil légal de 60.000 dirhams, exprimé en revenu net imposable annuel, après les déductions admises par la loi. Le montant d’IR dépend donc des éléments de rémunération et des déductions applicables à chaque situation. La projection ministérielle ne remplace pas une simulation individuelle.



Pour les salariés concernés, l’économie d’impôt devrait se traduire directement sur leur rémunération disponible. Pr Kadous y voit «une sortie immédiate de l’impôt et une bouffée d’oxygène pour leur reste à vivre». Il ne s’agit pas, à proprement parler, d’une augmentation de salaire : à rémunération brute inchangée, c’est la part prélevée par le fisc qui se réduit. Mais il serait trompeur de présenter les trois taux annoncés, 10, 20 et 30%, comme le barème applicable intégralement dès janvier 2027. Le PLF prévoit une transition : la première année, les revenus nets imposables annuels seraient exonérés jusqu’à 60.000 dirhams, puis taxés à 10% entre 60.001 et 80.000 dirhams, à 20% entre 80.001 et 100.000 dirhams, à 34% jusqu’à 180.000 dirhams et à 37% au-delà. Les taux supérieurs subsisteraient donc dans un premier temps.

Les seuils évolueront ensuite progressivement. En 2031, le barème cible comprendrait une tranche exonérée jusqu’à 60.000 dirhams, puis 10% jusqu’à 150.000 dirhams, 20% jusqu’à 500.000 dirhams et 30% au-delà. Ce dernier taux serait marginal : il ne frapperait que la part du revenu située au-dessus du seuil, et non la totalité de la rémunération.

La classe moyenne, principale bénéficiaire selon Mohammed Kadous

«La classe moyenne est la catégorie sociale qui ressentira le plus intensément les effets de ce nouveau barème», avance Mohammed Kadous. Le doyen de la FSJES de Meknès anticipe un double bénéfice : une amélioration du revenu disponible et, à terme, un soutien à la demande intérieure. Pour les salariés du secteur public comme pour ceux du privé, l’avantage serait visible sur la paie sans dépendre d’une nouvelle négociation avec l’employeur.

Les simulations présentées par le gouvernement donnent une idée des montants possibles, mais à l’issue de la réforme. À l’horizon 2031, le gain mensuel annoncé serait de 1.186 dirhams pour une rémunération de 11.829 dirhams, et de 3.079 dirhams pour une rémunération de 18.737 dirhams. Ces deux exemples ne doivent pas être confondus avec les gains attendus dès 2027, année durant laquelle les taux les plus élevés resteront en place. Le résultat individuel dépendra aussi de la base imposable et des déductions retenues.

L’amélioration ne sera pas uniforme. Les salariés déjà exonérés ne recevront pas mécaniquement un supplément de revenu du seul fait de cette réforme. Ceux qui paient aujourd’hui l’IR en profiteront à des degrés variables. À l’autre extrémité de l’échelle, les cadres supérieurs devraient tirer avantage de l’abaissement du taux marginal maximal de 37 à 30% à terme. Mohammed Kadous y voit aussi un argument pour «retenir ses talents et attirer les expertises internationales», même si la fiscalité ne représente qu’un des facteurs d’attractivité d’un emploi.

Il faut également distinguer une réduction d’impôt d’une hausse générale du pouvoir d’achat. Les personnes sans emploi, les travailleurs non déclarés et les ménages ne payant déjà pas l’IR ne verront pas leurs ressources augmenter grâce à cette seule mesure. La portée sociale du nouveau barème dépendra donc autant des situations de départ que des montants affichés par l’Exécutif.

5,5 milliards dès 2027 : le pari du retour sur l’économie



Une ligne de moins sur la fiche de paie signifie aussi des recettes en moins pour le Trésor. L’exposé ministériel chiffre l’effort budgétaire de la réforme à 5,5 milliards de dirhams pour l’année 2027. De son côté, Mohammed Kadous évoque un coût estimé à 20 milliards sur cinq ans. Les documents présentés vendredi ne détaillent pas le coût cumulé de toutes les étapes, ce qui appelle une clarification sur le périmètre et la trajectoire de ces évaluations.

L’universitaire estime néanmoins que la dynamique récente des recettes publiques offre des marges de manœuvre. Il cite une plus-value de 129 milliards de dirhams sur la période 2020-2025 et 30 milliards additionnels attendus en 2026. Dans la présentation du PLF, les recettes fiscales prévues pour 2027 atteignent 423,5 milliards de dirhams, contre 366,5 milliards inscrits dans la loi de Finances 2026, soit une hausse prévisionnelle de 15,6%. La progression attendue constitue un argument pour financer l’allégement, mais elle devra également couvrir d’autres priorités budgétaires.

M. Kadous défend un deuxième mécanisme : celui du retour indirect des sommes laissées aux salariés. «Ce surplus budgétaire agira comme un levier pour stimuler la consommation intérieure», affirme-t-il. Une partie de l’impôt économisé pourrait être dépensée dans les commerces et les services, puis revenir à l’État sous forme de TVA. Si la demande se maintient, les entreprises pourraient, à leur tour, investir et générer de nouvelles recettes fiscales. Le professeur y voit un cercle vertueux susceptible d’atténuer le manque à gagner initial.

L’équation n’a rien d’automatique. Tout le revenu supplémentaire ne sera pas nécessairement consommé au Maroc : les ménages peuvent aussi épargner, rembourser des dettes ou acheter des produits importés. Et les recettes de TVA récupérées ne compenseront pas forcément, dirham pour dirham, la baisse de l’IR. Le résultat dépendra des comportements des ménages, de la réaction des entreprises et de la conjoncture économique.

C’est toute la particularité de cette réforme : son effet sera immédiatement perceptible pour certains contribuables, mais son bilan économique se construira dans la durée. Les dispositions du PLF doivent encore être examinées et votées par le Parlement. Après cette étape, les premiers bulletins de salaire de 2027 permettront de mesurer les économies d’impôt réelles. Le reste du pari, celui d’une consommation plus dynamique sans déséquilibre budgétaire, ne pourra être jugé qu’à l’épreuve des prochaines années.
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