Yousra Amrani
21 Avril 2026
À 16:40
À l’heure où la compétition économique mondiale se joue désormais sur le terrain des infrastructures numériques,
la 5G s’affirme comme bien plus qu’une avancée technologique. Elle devient un véritable
levier de puissance industrielle et de souveraineté. C’est le message fort qui a émergé de l’édition 2026 de
l’Africa Executive Roundtable, organisée mardi à Rabat par One Africa Forums en partenariat avec Ericsson, sous l’égide du ministère de la Transition énergétique et du développement durable.
Au fil des échanges entre décideurs publics, opérateurs télécoms, industriels et investisseurs, une conviction s’est imposée avec clarté : la 5G ne relève plus d’une simple évolution technologique, mais constitue désormais
une infrastructure critique, au cœur de la compétitivité des nations.
Des transitions profondes qui redessinent l’économie
Cette prise de conscience s’inscrit dans une dynamique plus large, marquée par les profondes mutations que traversent
les économies africaines. Dès l’ouverture des travaux, les intervenants ont souligné que
les transitions numérique, industrielle et énergétique redessinent les équilibres économiques du continent, imposant de nouveaux cadres de réflexion et d’action.
Dans cette perspective, Khadija Laraqui, directrice Développement de One Africa Forums, a rappelé que l’accompagnement de ces transformations constitue un axe structurant du développement africain. La 5G s’impose ainsi comme la colonne vertébrale de ces nouvelles trajectoires, au croisement des enjeux de performance, d’innovation et de durabilité.
La 5G au service de la transition énergétique
Cette vision trouve un écho particulier du côté des pouvoirs publics. Pour
Mohamed Ouhmed, Secrétaire général du ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, la 5G représente un levier essentiel à la fois pour
la performance industrielle et pour
l’optimisation de la gestion énergétique. Une ambition qui ne saurait être dissociée des impératifs environnementaux, cette technologie étant appelée à s’inscrire pleinement dans la trajectoire de transition verte du Royaume.
Souveraineté numérique : un enjeu central
À mesure que les discussions progressaient, un autre enjeu s’est imposé avec force : celui de
la souveraineté numérique. Au-delà des performances techniques, la 5G pose la question du contrôle des infrastructures critiques et de la maîtrise des flux de données.
Badr Ndour, Head of Networks chez Ericsson pour l’Afrique de l’Ouest et australe, a ainsi insisté sur la nécessité de s’appuyer sur
des partenaires de confiance, capables de garantir le respect des cadres réglementaires et la protection des données.
Dans un environnement géopolitique marqué par
des tensions croissantes, la donnée devient en effet un actif stratégique. Sa sécurisation et son traitement dans un cadre souverain apparaissent comme des conditions essentielles pour préserver
l’autonomie des États. Mais cette souveraineté ne saurait se limiter à la seule dimension technologique. Elle repose également sur la capacité à bâtir un écosystème national intégré, mobilisant compétences locales, innovation et développement de services à forte valeur ajoutée.
Compétitivité et création de valeur
Cette articulation entre souveraineté et compétitivité a d’ailleurs été au cœur des interventions consacrées aux usages économiques de la 5G. Pour
Amine El Rhayour, vice-président de l’OMSN (Observatoire marocain de la souveraineté numérique), la technologie ouvre une nouvelle étape dans la transformation des modèles industriels. Il souligne que la 5G, et plus particulièrement la 5G privée, constitue un levier clé pour améliorer la performance et renforcer l’ancrage local de la valeur.
L’exemple de la logistique illustre concrètement ces enjeux. Des systèmes intelligents capables de piloter en temps réel les flux de marchandises permettent d’optimiser les opérations. Toutefois, lorsque ces plateformes sont hébergées à l’étranger, la valeur générée échappe au territoire national. D’où l’importance, selon lui, de développer des solutions de cloud souverain afin de conserver la maîtrise des données et des richesses qu’elles produisent.
Des usages concrets au cœur de l’économie réelle
Dans le prolongement de ces réflexions, les intervenants ont multiplié les exemples d’applications concrètes. De l’industrie 4.0 aux villes intelligentes, en passant par la santé connectée, la 5G ouvre des perspectives inédites pour améliorer la productivité, renforcer la résilience des systèmes et transformer les services rendus aux citoyens.
C’est précisément cette diversité d’usages qui fait la singularité de la 5G. Comme l’a rappelé Jawad Benslimane, directeur Déploiement réseau chez Maroc Telecom, cette technologie repose sur une architecture capable de répondre simultanément à des besoins très variés, allant du très haut débit pour le grand public à des communications ultra-fiables pour les applications critiques, sans oublier la connectivité massive d’objets à grande échelle.
Ainsi, la 5G ne se contente pas d’améliorer l’existant. Elle redéfinit les contours de l’économie réelle en permettant l’émergence de nouveaux modèles productifs. L’agriculture intelligente, par exemple, combine capteurs, drones et intelligence artificielle pour optimiser les rendements, illustrant parfaitement la convergence entre connectivité et innovation.
Le défi des modèles économiques
Toutefois, au-delà des promesses technologiques, un défi majeur demeure : celui de la création de valeur. Les échanges ont mis en évidence que la réussite de la 5G dépendra de la capacité des acteurs à construire des modèles économiques durables. Il ne s’agit plus seulement de déployer des infrastructures, mais de développer des services différenciés, d’ouvrir les réseaux à l’innovation et de favoriser des logiques de co-construction entre opérateurs, industriels et développeurs.
Dans ce cadre, la 5G apparaît de plus en plus comme une plateforme d’innovation à part entière, capable de catalyser de nouveaux usages et d’accélérer l’émergence d’écosystèmes collaboratifs. Elle ouvre un cycle inédit de création de valeur, fondé sur l’interconnexion des technologies, des compétences et des marchés.
Un tournant stratégique pour le Maroc
Pour le Maroc, ce tournant est décisif. L’enjeu dépasse largement l’adoption d’une nouvelle technologie. Il s’agit de transformer la connectivité en avantage compétitif durable, d’accélérer la modernisation des secteurs productifs et de renforcer l’intégration du Royaume dans l’économie numérique mondiale.
Au croisement de la souveraineté numérique, de la transition énergétique et de l’industrialisation, la 5G s’impose ainsi comme le point de convergence des ambitions nationales. Plus qu’une évolution, elle incarne l’entrée dans une nouvelle ère, où la maîtrise des infrastructures numériques conditionne désormais la capacité des nations à innover, produire et rayonner.