Le taux de chômage se maintient à 13% au Maroc malgré la reprise des créations d'emploi en 2025
Entre 2024 et 2025, l’économie marocaine a créé 193.000 postes d’emploi, indique le HCP dans sa dernière note sur le marché du travail. Malgré cela, le volume du chômage n'a reculé que de 17.000 personnes pour un total de 1,62 million. Le taux de chômage est ainsi passé de 13,3% à 13%, alors que le sous-emploi a augmenté pour passer à un taux de 10,9%.
LE MATIN
03 Février 2026
À 09:03
La quasi-stagnation du taux de chômage à 13% depuis 2023, son niveau le plus élevé au moins depuis 2017, et ce malgré un niveau de créations d'emploi en forte progression, s'explique par le maintien du taux d'activité de la population en âge de travailler à 43,5% (population qui travaille ou qui cherche un emploi), après plusieurs années de baisse qui soulageait artificiellement le marché de l'emploi. Autrement dit, les personnes en âge de travailler ne sortent plus autant du marché du travail, ce qui crée une pression sur la demande d'emplois. Ainsi, même avec la création de presque 200.000 postes, le Maroc peine à résorber le chômage structurel. Le taux d'emploi (population en âge de travailler qui travaille effectivement) a connu une légère amélioration, passant de 37,7% à à 37,8%. Mais l'on reste loin des niveaux supérieurs à 40% de la période d'avant pandémie de Covid-19.
Hausse du chômage de longue durée et de la proportion des primo-demandeurs d'emploi
Les 193.000 postes d’emploi créés en 2025, contre 82.000 postes en 2024, résultent d’une augmentation de 203.000 postes en milieu urbain et d’une diminution de 10.000 en milieu rural. Cette création est due à l'augmentation du volume de l’emploi rémunéré de 249.000 et à la diminution de l’emploi non rémunéré de 55.000 postes. Le secteur des services a contribué à la création de 123.000 postes d’emploi, celui des "BTP" 64.000 postes, celui de l’"industrie" 46.000 postes, alors que l’"agriculture, forêt et pêche" a perdu 41.000 postes.
Ces créations ont permis une baisse de 17.000 personnes du nombre de chômeurs, dont 9.000 en milieu urbain et 8.000 en milieu rural, pour un volume total du chômage de 1.621.000 personnes au niveau national. Le taux de chômage est ainsi passé de 13,3% à 13% au niveau national, de 16,9% à 16,4% en milieu urbain et de 6,8% à 6,6% en milieu rural. Le chômage reste plus élevé parmi les jeunes de 15 à 24 ans (de 36,7% à 37,2%), les diplômés (de 19,6% à 19,1%) et les femmes (de 19,4% à 20,5%).
Par ailleurs, le chômage a été marqué par la hausse de la proportion des primo-demandeurs d’emploi et du chômage de longue durée. La part des chômeurs n’ayant jamais travaillé s'est élevée de 49,3% à 52,9% et celle des personnes en situation de chômage depuis un an ou plus de 62,4% à 64,8%. La durée moyenne de chômage est passée de 31 mois à 33 mois.
D’un autre côté, 36,6% des chômeurs se sont retrouvés dans cette situation suite à l’arrêt ou à l’achèvement des études ou formation et 25,4% suite au licenciement ou à l’arrêt de l’activité de l’établissement.
Par ailleurs, 47,1% des chômeurs sont des chômeurs ayant déjà travaillé. Près de 81,3% de ces chômeurs résident en milieu urbain, plus de trois quarts sont des hommes (75,4%) et 58,1% d’entre eux sont des jeunes âgés de 15 à 34 ans. Près de trois quarts des chômeurs ayant déjà travaillé (75%) ont un diplôme ; 46% de niveau moyen et 29% de niveau supérieur.
En outre, 86,7% de ces chômeurs étaient des salariés et 12,2% des auto-employés. Près de 55,5% exerçaient dans le secteur des " services", 17,1% dans l’" industrie" et 15,5% dans les "BTP".
Cinq régions concentrent 72% des chômeurs
Cinq régions abritent 72,3% de l’ensemble des actifs âgés de 15 ans et plus. La région de Casablanca-Settat vient en première position avec 22,6% d’actifs, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (13,4%), de Marrakech-Safi (12,9%), de Fès-Meknès (11,9%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,6%).
Quatre régions ont enregistré des taux d’activité supérieurs à la moyenne nationale (43,5%). Il s’agit des régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (47,3%), du Sud (46,8%) de Casablanca-Settat (46,2%), et de Marrakech-Safi (43,6%). En revanche, les taux les plus bas sont enregistrés dans les régions de Béni Mellal-Khénifra (39,6%), de l’Oriental (40,1%), de Drâa-Tafilalet (40,1%) et de Souss-Massa (40,4%).
Par ailleurs, cinq régions concentrent 71,8% des chômeurs. La région de Casablanca-Settat vient en première position avec 25,5%, suivie de Fès-Meknès (13,8%), de Rabat-Salé-Kénitra (13,1%), de l’Oriental (11%) et de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (8,3%).
L'emploi précaire toujours prédominant
En ce qui concerne la population active occupée, qui totalise 10.867.000 personnes, 37,5% d’entre eux résident en milieu rural et 20,3% sont de sexe féminin. Les jeunes âgés de 15 à 34 ans constituent 33,5% du volume total de l’emploi. Près de 46,4% des actifs occupés n’ont aucun diplôme, 33,5% ont un diplôme moyen et 20,1% un diplôme supérieur.
Le secteur des "services" emploie 49,7% des actifs occupés, suivi de l’"agriculture, forêt et pêche" avec 25,5%. L’"industrie", contribue, de son côté, pour 12,8% et le secteur des BTP emploie, quant à lui, 12% des actifs occupés. Près de 6 actifs occupés sur 10 en milieu rural (60,5%) exercent dans le secteur de l’"agriculture, forêt et pêche", et les deux tiers des actifs occupés citadins (66,5%) travaillent dans le secteur des "services".
L'emploi salarial concerne plus de 6 actifs occupés sur 10 (61%). Il reste plus fréquent parmi les femmes citadines actives occupées avec 84,8% contre 67,1% parmi leurs homologues hommes. Les indépendants, quant à eux, représentent 26,2% des actifs occupés, 29,5% parmi les hommes et 13,3% parmi les femmes. Les aides familiales représentent 8,9%, avec une forte concentration chez les femmes rurales (64,8%). Le statut d'employeur représente 1,7% de l’ensemble des actifs occupés.
Selon la profession, les actifs occupés exercent principalement en tant que manœuvres non agricoles, manutentionnaires et travailleurs des petits métiers (19,6%), suivis des artisans et ouvriers qualifiés des métiers artisanaux (18,6%) et des ouvriers et manœuvres agricoles et de la pêche (16,3%). Les employés, quant à eux, représentent 14,2 % de l’ensemble des actifs occupés.
Près de 9,3% des actifs occupés exercent un emploi non rémunéré, avec une proportion plus élevée chez les ruraux (21,6%) que chez les citadins (2%), et chez les femmes (24,6%) que chez les hommes (5,4%). Près de 12,3% des actifs occupés exercent un emploi de type occasionnel ou saisonnier, 18,8% en milieu rural et 8,4% en milieu urbain.
Environ 33% des actifs occupés travaillent plus de 48 heures par semaine (34,7% parmi les citadins et 30,1% parmi les ruraux). La durée excessive de travail concerne les hommes (38,1%) beaucoup plus que les femmes (12,8%).
Plus de trois actifs occupés sur dix (31,6%) bénéficient d’une couverture médicale liée à l’emploi (43% en milieu urbain et 12,4% en milieu rural). Les actifs occupés exerçant dans l’"industrie" enregistrent le taux de couverture médicale liée à l’emploi le plus élevé (49,4%), suivis de ceux relevant du secteur des "services" (43,5%), des BTP (13,5%) et de l’"agriculture, forêt et pêche" (7,8%).
Au niveau national, 47% des salariés bénéficient d’une couverture médicale liée à l’emploi ; 55% en milieu urbain et 26,1% en milieu rural ; 64,2% parmi les femmes et 42,7% parmi les hommes.
Plus de la moitié des salariés (54%) disposent d'un contrat formalisant leur relation avec l'employeur. Plus du quart (28,2%) disposent d'un contrat à durée indéterminée, 14,7% d'un contrat à durée déterminée et 11% d’un contrat verbal. Les salariés exerçant dans les "services" enregistrent le taux de contractualisation le plus élevé (67,1%), suivis de ceux relevant du secteur de l’"industrie" (66,9%), de l’"agriculture, forêt et pêche" (25,5%) et des BTP (23,1%).
Le sous-emploi prédominant dans le secteur du BTP
Enfin, le volume du sous-emploi est, de son côté, passé, durant la même période, de 1.082.000 à 1.190.000 personnes au niveau national, de 585.000 à 652.000 en milieu urbain et de 496.000 à 538.000 en milieu rural. Le taux de sous-emploi a ainsi augmenté de 10,1% à 10,9% au niveau national, de 8,9% à 9,6% en milieu urbain et de 12,2% à 13,2% en milieu rural. Tous les secteurs d’activité économique ont connu une hausse du taux de sous-emploi. Le secteur des "BTP" enregistre la hausse la plus importante, avec +2,1 points (de 19,6% à 21,7%), suivi du secteur de l’"agriculture, forêt et pêche" avec +0,8 point (de 12,1% à 12,9%), du secteur de l’"industrie" avec +0,8 point (de 6,3% à 7,1%) et du secteur des "services" avec +0,5 point (de 7,9% à 8,4%).
La population active occupée en situation de sous-emploi lié à la durée de travail, a atteint, en 2025, 617.000 personnes au niveau national contre 595.000 une année auparavant. Le taux correspondant a augmenté de 5,6% à 5,7% au niveau national, de 4,3% à 4,4% en milieu urbain et de 7,7% à 7,8% en milieu rural. La population active occupée en situation de sous-emploi lié à l’insuffisance du revenu ou à l’inadéquation entre la formation et l’emploi exercé est passée, au niveau national, de 486.000 personnes en 2024 à 573.000 en 2025. Le taux correspondant a augmenté de 4,6% à 5,3% au niveau national, de 4,6% à 5,2% en milieu urbain et de 4,5% à 5,4% en milieu rural.